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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Un duo prometteur
Dans le cadre du Théâtre des Trois‑Soleils, une chanteuse-pianiste et un pianiste-chanteur rodent un nouveau spectacle. Dressez l’oreille, les choses s’annoncent bien.
« Chanson puzzle » | © Fabienne Muller
Les dimensions modestes de la salle nº 2 du Théâtre des Trois‑Soleils s’adaptent parfaitement au concert intime, un concert privé en quelque sorte, au cours duquel, chaque soir la chanteuse Noga et Patrick Bebey peaufinent leur jeune collaboration.
La chanteuse israélienne domiciliée en Suisse et le pianiste-chanteur français Patrick Bebey, fils du regretté Francis, viennent de former un duo pour interpréter des compositions de Noga et de nouvelles chansons dans un esprit d’ouverture aux sons du monde. Quand nous l’avons vu, il y a quelques jours, le spectacle manquait encore de rythme. Noga parlait trop : elle aurait pu, par exemple, laisser son partenaire présenter les nombreux instruments dont il se sert. D’autre part, la gestion du temps entre les morceaux laissait à désirer. Les artistes en étaient d’ailleurs conscients.
L’aspect duo gagnerait aussi à être développé. Actuellement, on a surtout l’impression que Noga s’est offert un accompagnateur de luxe en la personne de celui qui a souvent joué en compagnie de grands artistes, comme les maîtres africains Miriam Mabeka et Papa Wemba. C’est d’autant plus souhaitable que, dans certains morceaux, la voix de Noga, une voix curieuse et intéressante qui fait penser à une voix de tête, mais possède néanmoins chaleur et force, se marie admirablement à la voix grave de Patrick Bebey.
Tout semble faire musique pour ces deux‑là
Ce sont d’ailleurs deux vrais duos, Stabat mater dolorosa et Amo, mas, ama, qui sont nos préférés dans ce spectacle. Le premier morceau évoque irrésistiblement un rythme afro‑cubain, et c’est dans tout ce qui rappelle de près ou de loin le jazz que le duo devrait creuser sa collaboration. Aussi bien cette musique semble‑t‑elle native chez Bebey, ça swingue dès qu’il touche un piano, même électrique ! Noga elle‑même a donné des exemples semblables comme dans Sankaya, où elle vocalise et accompagne parfois Bebey dans ses percussions corporelles. Moi, noir d’ébène est une pièce agréable qui allie l’humour et le rythme. Tout semble faire musique pour ces deux‑là, qui chantent en français, en anglais, en hébreu, en dialecte africain, en latin et dans une sorte de volapük, un idiome qu’ils se sont forgé, l’essentiel étant que ça sonne.
La voix naturelle de Noga nous semble être une voix d’alto et, quand elle s’en sert dans des morceaux rythmés et/ou dramatiques, le résultat est toujours intéressant. Outre Sankaya, on retrouve dans ce spectacle, qui compte Birago Diop et Francis Bebey parmi ses auteurs, des chansons du précédent album de Noga comme les Loups et la Guerre des poils. Le regard toujours sensible sur notre monde est souvent malicieux, parfois acide comme dans cette chanson (Lulu ?) qui évoque des parents ne se résignant pas à avoir engendré un bébé qui ne correspond pas à leurs rêves.
Après ce concert de travail, pour ainsi dire, déjà fort plaisant, nous ne doutons pas que Noga et Patrick Bebey ne nous fignolent rapidement un beau bébé musical réellement commun. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Chanson puzzle, de Noga et Patrick Bebey
Théâtre des Trois‑Soleils • 4, rue Buffon • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 25 57
Du 7 au 28 juillet 2012 à 21 h 35
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