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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 15:43

Le triomphe du charme

et du talent


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La jeune chanteuse Cécile McLorin Salvant faisait l’ouverture de la saison 2013-2014 au Théâtre national de Bretagne (Rennes), le 17 septembre. Le choix était fort judicieux puisque la talentueuse artiste franco-haïtienne a remporté un grand triomphe devant une salle Jean-Vilar comble.

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Cécile McLorin Salvant | © Jean-François Picaut

Cécile McLorin Salvant n’est pas une inconnue pour les lecteurs des Trois Coups. Nous l’avions découverte en 2011 à Vienne avec Jean-François Bonnel et avec Rhoda Scott. Nous avons également dit tout le bien que nous pensons de son album Cécile (2010).

Sur la scène du T.N.B., la chanteuse était accompagnée d’un trio mené par le guitariste Dave Blenkhorn avec Sébastien Girardot (contrebasse) et Guillaume Nouaux (batterie). Nous étions curieux de revoir, deux ans plus tard, celle dont la renommée n’a fait que croître : c’est encore plus beau que dans notre souvenir ! On ne sait comment mais Cécile McLorin Salvant a trouvé le moyen de progresser.

Un vrai festival vocal

Lover Come Back to Me (Sigmund Romberg / Oscar Hammerstein II), le titre inaugural du concert – qui compte parmi ses interprètes Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Liza Minelli, Barbara Streisand mais aussi Nat King Cole et Frank Sinatra, entre autres –, est déjà un festival des qualités vocales de Cécile McLorin Salvant. Elle passe sans effort apparent du grave profond et charnu à l’aigu d’une voix enfantine, du fortissimo au pianissimo et termine même par quelques vocalises. Yesterdays qui suit, illustré également par Billie Holiday et Ella Fitzgerald, est introduit par un duo avec la contrebasse comme le précédent l’avait été avec la guitare. Cécile en donne une interprétation pleine de charme qui révèle encore une fois tout le velours de sa voix dans les graves et les médiums. Elle y ajoute quelques mesures de scat pour faire bon compte. Plus rythmé, You’re Getting to Be a Habit with Me, chanté par Diana Krall, Peggy Lee…, est ici interprété sur un tempo bien marqué qui lui confère une agréable légèreté. C’est un des sommets du concert qui lui succède avec Down Here Below de la grande Abbey Lincoln. Cécile choisit un tempo très lent et le chante presque a cappella avec un soupçon de contrebasse à l’archet, quelques notes légères à la guitare et un délicat manège de balais à la batterie. L’émotion est palpable dans la salle.

La rupture de ton est complète avec Growlin’ Dan de Blanche Calloway, la grande sœur de Cab, la première femme à avoir dirigé un orchestre de jazz entièrement masculin. Cécile McLorin Salvant endosse à la perfection le costume de Blanche pour interpréter l’histoire de Minnie the Moocher avec toute la flamboyance de son aînée. Elle alterne les inflexions canailles, la grosse voix, la voix mutine, imite la trompette bouchée et termine en voix lyrique ! Nouvelle rupture avec la délicate ballade I Didn’t Know What Time It Was (encore un titre interprété par Billie) où elle offre deux beaux solos à Dave Blenkhorn et Sébastien Girardot. La première partie s’achève avec The Trolley Song, une adorable chansonnette rendue célèbre par Judy Garland.

Bouleversant

Après Nuages (Django Reinhardt), interprété par le trio seul et qui permet à Dave Blenkhorn de montrer tout son talent, Cécile revient avec un morceau plein de fantaisie où elle met ses pas dans ceux de la reine du blues, Bessie Smith : The Haunted House Blues. Le public est conquis et découvre une autre facette de la jeune artiste, son talent de comédienne et l’expressivité de son visage qui ne le cède en rien à sa voix. Et c’est le moment où un doute nous assaille : et si avec tous ses dons, si jeune, Cécile allait se contenter d’être une technicienne virtuose ? Justement, elle annonce le Mal de vivre de Barbara. Avec un accompagnement d’une grande délicatesse, Cécile interprète ce monument de la chanson française avec une grande sensibilité. Le rythme est très lent, au bord de la rupture, toutes les inflexions du texte sont rendues avec justesse et finesse, l’articulation est parfaite. La réponse à la question tient en un mot : bouleversant. I Get a Kick out of You (Cole Porter) est l’occasion d’un solo de Guillaume Nouaux (batterie) : vitesse, polyrythmie, musicalité, tout y est. Il est temps maintenant de dire goodbye, avec un clin d’œil. Cécile McLorin Salvant, devant la chaleur des applaudissements, ne se fait pas prier pour accorder deux rappels : un titre acidulé, Mean to Me, du répertoire de Billie et Body and Soul, la superbe ballade chantée par tant de grands artistes après Louis Armstrong, ici accompagnée à la seule guitare.

Avec ce concert de Cécile McLorin Salvant, le Théâtre national de Bretagne a inauguré en beauté la nouvelle saison. Un seul détail donnera la mesure du succès remporté : plus de trois quarts d’heure après le concert, il y avait encore des spectateurs qui attendaient pour acquérir un album (le dernier, remarquable, s’intitule Woman Child, Mackavenue 2013) et obtenir une dédicace. Ceux qui connaissaient et aimaient la jeune chanteuse sont partis renforcés dans leur conviction. Ceux qui l’ont découverte à cette occasion ont été à leur tour séduits par cette artiste volontiers comparée à ses grandes aînées et qui a toute une vie devant elle pour confirmer ces comparaisons. 

Jean-François Picaut


Cécile McLorin Salvant en concert

Avec : Cécile McLorin Salvant (chant), Dave Blenkhorn (guitare), Sébastien Girardot (contrebasse) et Guillaume Nouaux (batterie)

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Le 17 septembre 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 11 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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