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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un enfant si je veux, quand je veux ?
Dans « Ce soir, j’ovule », les mots claquent, mais peinent à frapper l’imaginaire. Mise en scène par Nadine Trintignant, Catherine Marchal, seule en scène, offre malgré tout une interprétation lumineuse et touchante d’une femme confrontée à l’infertilité.
Les mots de Clara sont durs et crus, aussi implacables que sa stérilité. Trentenaire moderne et brillante, bien décidée
à faire un bébé avec l’homme qu’elle aime, la jeune femme raconte son incrédulité face à ce ventre qui, les mois passant, s’obstine à rester vide. Alors viennent les examens, les diagnostics et
les traitements ; et puis l’espoir, le sexe sur commande, l’attente, la déception, l’obsession dévorante. Dans le décor immaculé d’un loft parisien, l’aspirante maman conte par le menu les
tortures infligées à son joli corps pour qu’enfin il enfante. Tout au long de la pièce, les noms barbares des médicaments injectés et ingurgités reviennent comme une litanie. D’un cabinet
médical à l’autre, les pieds dans les étriers… En vain, jamais l’enfant ne paraît.
Ce soir, j’ovule est un récit touchant, teinté d’autodérision, parfois percutant, mais en définitive anecdotique. Clara a beau ôter progressivement ses vêtements, jamais elle ne se met à nu. Ici, pas d’idées noires, de colère, de culpabilité ou d’aigreur. On pense aux romans à la mode chick lit… Vous savez, ces histoires de filles écrites pour les filles. Un peu comme si Bridget Jones, enfin heureuse et casée, n’arrivait pas à faire un bébé. Du coup, tout le monde s’en mêle, les copines défilent avec leurs conseils maladroits, et Marc Darcy se prête de mauvaise grâce au spermogramme.
Nourrie de sa propre expérience de femme stérile, Carlotta Clerici évoque avec subtilité son combat, sans toutefois parvenir à en interroger véritablement les enjeux. Entre droit et devoir, la quête de l’enfant à tout prix place pourtant la société moderne face à ses paradoxes. En dépit de la libération sexuelle, dans quelle mesure sommes-nous encore conditionnés par le mythe de la maternité ? Peut-on se réaliser femme sans être mère ? Jusqu’à quel point la médecine doit-elle forcer la nature ? Les questions sont esquissées, mais elles restent en suspens.
Du rire aux larmes, Catherine Marchal fait corps avec le texte, bien qu’elle peine parfois à donner de l’épaisseur à son personnage. Il faut dire que, pour sa première mise en scène, Nadine Trintignant semble tellement soucieuse d’occuper l’espace et de faire parler les mots qu’elle impose une cadence effrénée à la comédienne. À certains moments pourtant, le texte, la mise en scène et l’interprète fusionnent. Alors, l’espace d’un instant, dans la toute petite salle des Mathurins, le temps s’arrête, le rire fuse et l’émotion s’installe. ¶
Sophie Lecerf
Les Trois Coups
Ce soir, j’ovule, de Carlotta Clerici
Mise en scène : Nadine Trintignant
Assistante à la mise en scène : Vincent Trintignant
Avec : Catherine Marchal
Décors : Ambre Sansonetti
Lumières : Ricardo Casas
Théâtre des Mathurins • 38 , rue des Mathurins • 75008 Paris
Réservations : 01 42 65 62 46
Du 13 janvier au 3 avril 2010, du mardi au samedi à 19 h 30
Durée : 1 heure
24 €
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