Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 18:48

Carmen et les sables émouvants


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Deux ou trois poupées, quelques poignées de sable et une foultitude de minuscules accessoires, et voilà une « Carmen » plus vraie que nature, par la compagnie Karyatides.

carmen-615 michel-boermans

« Carmen » | © Michel Boerrmans

Après une excellente Madame Bovary, voici une autre héroïne de la littérature, Carmen, dépoussiérée par la compagnie Karyatides. Ou plutôt ensablée, car c’est dans un fort astucieux décor de sable, façonné successivement de multiples façons, qu’évoluent les minuscules protagonistes du fameux drame. Première riche idée que ce matériau tout simple qui se fait tantôt chemin, tantôt colline, tantôt arène… Ces manipulations, il y en a beaucoup au cours du spectacle : mise en place et rangement méthodique d’accessoires, positionnement des figurines…

C’est peut-être cela, cette présence particulière dans le temps et dans l’espace, qui contribue à donner à Carmen son charme si particulier : dans le temps, car chaque opération (tourner délicatement la tête d’un personnage, lui mettre le bras dans la bonne position) prend quelques secondes, un temps qui lui est propre et absolument nécessaire. Pas question de bâcler le placement d’un Don José qui risquerait de choir lamentablement, face contre terre. Présence dans l’espace aussi, car tout est fait à vue.

Aussi, tout comme les petits accessoires sont délicatement suspendus au cadre métallique qui encadrent la miniscène, le spectateur se retrouve suspendu, lui aussi, au fil de ces moments fragiles, à la matérialité étrange de la narration qui s’égrène ainsi, oscillant sans cesse entre tragédie et moments cocasses.

Le sens explose à la figure

En effet, le recours aux objets autorise toutes les disproportions, toutes les associations insolites. Quelle amusante trouvaille que ces petits taureaux dont la tête dodeline comiquement et qui deviennent les spectateurs de l’ultime corrida entre Carmen et Don José ! Et voilà qu’ailleurs le sens explose à la figure, comme une évidence, telle cette fleur jetée par Carmen à un Don José terrassé par l’amour, et qui lui recouvre tout le visage, faisant de sa tête une fleur énorme. À bas le réalisme, bonjour la fantaisie et les symboles, bien plus évocateurs.

Aussi la noirceur du récit est-elle un peu gommée par ces doses d’humour. C’est ainsi que le repère de Lillas Pastias se transforme en dancing ringard avec boule à facettes et que Carmen s’improvise leader syndical à la tête des cigarières de Séville. Heureusement, le spectacle ne verse tout de même pas dans le registre de la parodie grâce à l’engagement des comédiens – car, si Marie Delhaye tient le haut du pavé, il faut rendre hommage aux interventions de Vincent Cahay dont la voix suave d’amoureux transi donne merveilleusement la réplique à sa partenaire. Les voix se fondent d’ailleurs dans une bande-son subtile, qui puise largement dans l’opéra de Bizet, en le malaxant, en le triturant parfois avec bonheur. 

Céline Doukhan


Carmen, de Karine Birgé, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée et l’opéra de Georges Bizet

Cie Karyatides

www.karyatides.net

karyatides09@gmail.com

Conception : Karine Birgé

Adaptation : Félicie Artaud, Karine Birgé

Mise en scène : Félicie Artaud

Avec : Marie Delhaye

Assistante mise en scène : Marie Delhaye

Création sonore : Guillaume Istace

Création lumière : Dimitri Joukovsky

Régie lumière : Dimitri Joukovsky

Régie, jeu et son : Vincent Cahay

Costumes : Françoise Colpé

Décor : Mathieu Boxho

Marionnette Carmen : Toztli Godinez de Dios

Ombre : Marie Delhaye

Accompagnement artistique : Agnès Limbos

Illustrations et visuels : Antoine Blanquart

La Fonderie • 2, rue de la Fonderie • 72000 Le Mans

02 43 24 93 60

http://www.lafonderie.fr/la-fonderie/ouvertures-publiques/article/carmen-de-et-par-karine-birge

Les 15 et 16 avril 2014 à 19 heures

Durée : 55 minutes

22 € | 13 € | 11 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher