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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 18:51

Même pas peur !


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Dans l’espace intimiste du Théâtre des Marronniers à Lyon, L’Équipe Rozet présente un spectacle réjouissant et malin en forme de variations « à la découpe » sur nos peurs refoulées.

cabaret-cannibale-visuel phasme.com

« Cabaret cannibale » | © www.phasme.com

Avertissement au lecteur : Cabaret cannibale, adaptation du répertoire du Théâtre du Grand-Guignol, n’a rien à voir avec le théâtre de Guignol, spectacle de marionnettes lyonnaises plutôt destiné aux enfants. Inventé au xixe siècle par un assistant de police chargé d’accompagner les condamnés à mort, ce type de représentations, où venaient essentiellement des bourgeois en mal de morbidité, a connu ses heures de gloire jusqu’au début des années soixante. Antonin Artaud et André Breton furent au nombre de ses amateurs, avides de pièces sanglantes poussées à l’extrême pour provoquer un rire libérateur de toutes les angoisses.

D’entrée de jeu : frissons. Une comédienne s’apprête à quitter le théâtre. Un bruit insolite l’inquiète. Le tueur en série de Scream, film d’horreur, surgit de derrière le rideau de scène. Panique. Et c’est parti pour une heure trente d’histoires à mourir de peur et de rire. Intelligemment, Bernard Rozet, le metteur en scène, conjugue une reconstitution de courtes pièces du Théâtre du Grand-Guignol avec la chronique de la vie quotidienne de ses interprètes. Ce qui se précise de séquence en séquence, c’est la confusion permanente entre la réalité et la fiction. Pris dans la contradiction entre les horreurs qu’ils interprètent et les angoisses personnelles qu’ils éprouvent, les comédiennes et les comédiens ironisent ou s’affolent, provoquent ou s’apaisent.

À la vitesse d’un train-fantôme

Il y a de l’enfance dans leur jeu, où ils manifestent à l’envi leur trouble plaisir d’avoir peur. Œil arraché avec les dents, main coupée d’un corps démembré, giclées de sang à répétition, les horreurs se multiplient. Jouissance perverse à faire toujours pire. Et puis, scandant le spectacle, une jolie mélodie, une chanson épouvantablement humoristique, une adresse émouvante au public. Le spectacle circule à la vitesse d’un train-fantôme, embarquant tout le monde dans un tohu-bohu émotionnel, qui parvient à chaque fois à s’arrêter sur une halte où le soulagement et le rire reprennent le dessus. Pour être plus précis, disons que ce désopilant train-fantôme circule sur des montagnes russes.

Construit comme une revue, cabaret oblige, le spectacle dépasse les références anciennes du Théâtre du Grand-Guignol enrichi qu’il est, musicalement surtout, de citations plus contemporaines : chansons d’Ouvrard ou de Boris Vian, par exemple. À ne pas oublier, mais chut !, le rôle du téléphone qui, comme chacun le sait, peut être l’ambassadeur des meilleures comme des plus épouvantables nouvelles. Avec deux rideaux, dont l’un palpite, un piano, quelques accessoires tranchants et des lumières glauques, L’Équipe Rozet réussit le tour de force de mettre sur scène, avec des moyens simples, une reconstitution, fidèle mais renouvelée, d’un théâtre aujourd’hui disparu.

Mourir en scène

Bernard Rozet et Pascal Hild, tous deux excellents, ne sont pas jaloux au point de vouloir égorger ou éviscérer leurs partenaires féminines ! Il faut dire que Marie-Jeanne Lévy et Corinne Méric atteignent des sommets de cette forme théâtrale parodique lorsqu’elles meurent interminablement dans une extravagante transposition de leurs querelles d’actrices. La première, comme la Léonora de la Force du destin de Verdi, la seconde comme la victime massacrée d’un fait-divers. L’une avec une voix superbe, l’autre avec des râles et des suffocations indescriptibles.

Joué jusqu’au 25 mars au Théâtre des Marronniers, Cabaret cannibale mérite de voir se mettre en place son planning de tournée. Il serait dommage que soit étranglée la réussite d’une compagnie à qui le projet de divertir intelligemment ne fait pas peur. 

Michel Dieuaide


Cabaret cannibale, d’après le répertoire du Théâtre du Grand-Guignol

L’Équipe Rozet • 31, rue des Charmettes • 69100 Villeurbanne

Frank Pey-Hugonin, chargé de production | 06 86 06 92 53

Conception, mise en scène : Bernard Rozet

Jeu et chant : Jeanne-Marie Lévy, Corinne Méric, Bernard Rozet, Pascal Hild

Lumière : Pascal Nougier

Costumes : Éric Chambon

Décor : Bernard Rozet

Construction : Jérôme Sauvion

Théâtre des Marronniers • 7, rue des Marronniers • 69002 Lyon

Réservations : 04 78 37 98 17

http://www.theatre-des-marronniers.com/spectacles.html

Métro : Bellecour

Du 7 mars au 25 mars 2013, les jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30, dimanche à 17 heures, lundi à 19 heures

Tarif des places : 15 €, étudiants et moins de 25 ans : 11 €, jeunes moins de 16 ans : 8 €, le jeudi : 11 € et 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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