Le bourgeois « parisien » manque de rythme
Exhumer deux pièces méconnues de Labiche et les monter dans une continuité cohérente, voilà un défi à la hauteur de Gloria Paris, artiste associée au Théâtre du Nord, dont la science comique a été admirablement démontrée dans son exaltante mise en scène des « Amoureux » de Goldoni, présentée à Lille en 2007. Pourquoi alors rit-on si peu devant « C’est pas pour me vanter… » ?
e propos n’est pourtant pas
sans intérêt, les deux textes présentant une caricature du bourgeois fin de siècle, inculte et veule, qui cherche à justifier sa position sociale grâce à l’instruction : celle qu’il
prétend avoir – en soudoyant son entourage – et celle qu’il vend à la société – en achetant ses bonnes grâces… La Grammaire nous présente le cas épineux du notable
Caboussat, qui rêve de se faire élire à la présidence du comice agricole de son village. Seul problème : il ne maîtrise ni l’orthographe ni la grammaire… 29 degrés à l’ombre
est une histoire plus classique d’épouse séduite et de ménage à trois, triangle résolu dans la bonne humeur grâce à une souscription de l’amant en faveur de la « maison d’école ».
Alors, d’où vient le mal ? Une première chose, flagrante dès le début, pose problème : c’est la scénographie. Dans une volonté d’actualisation des propos de Labiche (il n’est en effet pas difficile de trouver dans la société civile – voire dans le gouvernement ! – des avatars de Caboussat et de Pomadour), Gloria Paris monte ces deux pièces dans un décor ultra-stylisé, fait de panneaux de bois mobiles troués de « portes » et de « fenêtres », créant un espace nu, soit pièce à vivre doublée d’un invisible jardin pour la Grammaire, soit cour caniculaire pour 29 degrés à l’ombre. Même si ce choix est comparable à celui qu’elle avait fait pour le décor des Amoureux, grandiose et mystérieux espace de jeu burlesque, le résultat est ici bien différent. La froideur et l’aridité de la scénographie sont malheureusement peu propices à l’imagination, et les comédiens semblent très seuls entre ces hauts murs qui ne leur offrent que bien peu de ressources de jeu.
« C’est pas pour me vanter » | © Pidz
Et c’est dommage pour eux et pour le spectacle, car ces acteurs sont excellents. À l’aise dans la gymnastique comique, ils ont en plus le mérite d’interpréter deux rôles différents dans le spectacle. Parfois, cela relève du grand écart. Comme la double composition d’Anne-Laure Tondu, qui passe en un tournemain du « type » de la jeune fille niaise et exaltée à celui de la femme mariée qui s’ennuie en ménage, et donc séduite par le premier venu (interprétation qui offre un savoureux pastiche de celle de Bardot dans le Mépris).
Malgré leur abattage et malgré l’intervention musicale de Django Reinhardt (d’ailleurs, pourquoi choisir la Marseillaise ?), le rythme s’épuise, surtout à partir de 29 degrés à l’ombre. Le vide terrifiant du plateau y est sans doute pour quelque chose. Surtout, ce thème assez jouissif du bourgeois inculte, donnant lieu à quelques scènes vraiment drôles dans la première partie, est beaucoup plus métaphorisé dans la seconde, qui met en vedette le traditionnel couple adultère sans vraiment en renouveler la vision. Le fil rouge s’effiloche, hélas, et le sens originel, fort et critique, se perd… ¶
Sarah Elghazi
Les Trois Coups
C’est pas pour me vanter…, deux pièces en un acte d’Eugène Labiche
La Grammaire et 29 degrés à l’ombre, tous deux édités à la Librairie théâtrale
Mise en scène : Gloria Paris
Avec : Bruno Fleury, Stephen Szekely, Pascal Ternisien, Anne-Laure Tondu et Serge Tranvouez
Collaboration dramaturgique : Yannic Mancel
Scénographie : Laurent P. Berger
Son : Christophe Delforce
Lumières : Gilles Gentner
Costumes : Axel Aust, assisté de Camille Penager
Maquillages, perruques : Cécile Kretschmar, assistée de Marie Messian et Rujimete Karunayaghaj
Régie générale : Bruno Lequenne, François Gauthier Lafaye (Chant V)
Régie lumière : Hugues Espalieu
Électriciens : Serge Salban, Patrick Duquesnoy, Cathy Nowak
Régie son : Arnaud Pouzin
Régie plateau : Jean Daniel Coussement
Accessoiriste : Saïd Azni
Machiniste : Frédéric Honoré
Habilleuses : Évelyne Prengarbe, Claire Villermaux, Emmanuelle Geoffroy
Coproduction : Chant V, Théâtre du Nord, Théâtre de Vienne, Arc en ciel Théâtre de Rungis, L’Avant Seine-Théâtre de Colombes
Production exécutive : Prima Donna, avec le soutien du Crédit du Nord
Théâtre du Nord, grande salle • 4, place du Général-de-Gaulle • 59026 Lille
Réservations : 03 20 14 24 24, de 13 heures à 18 h 30 et sur www.theatredunord.fr
Du 20 novembre au 3 décembre 2009 à 20 heures, sauf les jeudis à 19 heures et les dimanches à 16 heures
Durée : 1 h 45
23 € | 20 € | 16 €| 10 € | 7 €
Tournée
– Les 11 et 12 décembre 2009 au Théâtre de Rungis
– Le 18 décembre 2009 à L’Avant-Seine de Colombes
– Le 12 janvier 2010 au Théâtre de Saint-Germain-en-Laye
– Le 30 janvier 2010 au Théâtre de Dourdan
– Les 4 et 5 février 2010 au Théâtre de Vienne
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