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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 21:42

Le bourgeois « parisien » manque de rythme


Par Sarah Elghazi

Les Trois Coups.com


Exhumer deux pièces méconnues de Labiche et les monter dans une continuité cohérente, voilà un défi à la hauteur de Gloria Paris, artiste associée au Théâtre du Nord, dont la science comique a été admirablement démontrée dans son exaltante mise en scène des « Amoureux » de Goldoni, présentée à Lille en 2007. Pourquoi alors rit-on si peu devant « C’est pas pour me vanter… » ?

Le propos n’est pourtant pas sans intérêt, les deux textes présentant une caricature du bourgeois fin de siècle, inculte et veule, qui cherche à justifier sa position sociale grâce à l’instruction : celle qu’il prétend avoir – en soudoyant son entourage – et celle qu’il vend à la société – en achetant ses bonnes grâces… La Grammaire nous présente le cas épineux du notable Caboussat, qui rêve de se faire élire à la présidence du comice agricole de son village. Seul problème : il ne maîtrise ni l’orthographe ni la grammaire… 29 degrés à l’ombre est une histoire plus classique d’épouse séduite et de ménage à trois, triangle résolu dans la bonne humeur grâce à une souscription de l’amant en faveur de la « maison d’école ».

Alors, d’où vient le mal ? Une première chose, flagrante dès le début, pose problème : c’est la scénographie. Dans une volonté d’actualisation des propos de Labiche (il n’est en effet pas difficile de trouver dans la société civile – voire dans le gouvernement ! – des avatars de Caboussat et de Pomadour), Gloria Paris monte ces deux pièces dans un décor ultra-stylisé, fait de panneaux de bois mobiles troués de « portes » et de « fenêtres », créant un espace nu, soit pièce à vivre doublée d’un invisible jardin pour la Grammaire, soit cour caniculaire pour 29 degrés à l’ombre. Même si ce choix est comparable à celui qu’elle avait fait pour le décor des Amoureux, grandiose et mystérieux espace de jeu burlesque, le résultat est ici bien différent. La froideur et l’aridité de la scénographie sont malheureusement peu propices à l’imagination, et les comédiens semblent très seuls entre ces hauts murs qui ne leur offrent que bien peu de ressources de jeu.

« C’est pas pour me vanter » | © Pidz

Et c’est dommage pour eux et pour le spectacle, car ces acteurs sont excellents. À l’aise dans la gymnastique comique, ils ont en plus le mérite d’interpréter deux rôles différents dans le spectacle. Parfois, cela relève du grand écart. Comme la double composition d’Anne-Laure Tondu, qui passe en un tournemain du « type » de la jeune fille niaise et exaltée à celui de la femme mariée qui s’ennuie en ménage, et donc séduite par le premier venu (interprétation qui offre un savoureux pastiche de celle de Bardot dans le Mépris).

Malgré leur abattage et malgré l’intervention musicale de Django Reinhardt (d’ailleurs, pourquoi choisir la Marseillaise ?), le rythme s’épuise, surtout à partir de 29 degrés à l’ombre. Le vide terrifiant du plateau y est sans doute pour quelque chose. Surtout, ce thème assez jouissif du bourgeois inculte, donnant lieu à quelques scènes vraiment drôles dans la première partie, est beaucoup plus métaphorisé dans la seconde, qui met en vedette le traditionnel couple adultère sans vraiment en renouveler la vision. Le fil rouge s’effiloche, hélas, et le sens originel, fort et critique, se perd… 

Sarah Elghazi


C’est pas pour me vanter…, deux pièces en un acte d’Eugène Labiche

La Grammaire et 29 degrés à l’ombre, tous deux édités à la Librairie théâtrale

Mise en scène : Gloria Paris

Avec : Bruno Fleury, Stephen Szekely, Pascal Ternisien, Anne-Laure Tondu et Serge Tranvouez

Collaboration dramaturgique : Yannic Mancel

Scénographie : Laurent P. Berger

Son : Christophe Delforce

Lumières : Gilles Gentner

Costumes : Axel Aust, assisté de Camille Penager

Maquillages, perruques : Cécile Kretschmar, assistée de Marie Messian et Rujimete Karunayaghaj

Régie générale : Bruno Lequenne, François Gauthier Lafaye (Chant V)

Régie lumière : Hugues Espalieu

Électriciens : Serge Salban, Patrick Duquesnoy, Cathy Nowak

Régie son : Arnaud Pouzin

Régie plateau : Jean Daniel Coussement

Accessoiriste : Saïd Azni

Machiniste : Frédéric Honoré

Habilleuses : Évelyne Prengarbe, Claire Villermaux, Emmanuelle Geoffroy

Coproduction : Chant V, Théâtre du Nord, Théâtre de Vienne, Arc en ciel Théâtre de Rungis, L’Avant Seine-Théâtre de Colombes

Production exécutive : Prima Donna, avec le soutien du Crédit du Nord

Théâtre du Nord, grande salle • 4, place du Général-de-Gaulle • 59026 Lille

Réservations : 03 20 14 24 24, de 13 heures à 18 h 30 et sur www.theatredunord.fr

Du 20 novembre au 3 décembre 2009 à 20 heures, sauf les jeudis à 19 heures et les dimanches à 16 heures

Durée : 1 h 45

23 € | 20 € | 16 €| 10 € | 7 €

Tournée

– Les 11 et 12 décembre 2009 au Théâtre de Rungis

– Le 18 décembre 2009 à L’Avant-Seine de Colombes

– Le 12 janvier 2010 au Théâtre de Saint-Germain-en-Laye

– Le 30 janvier 2010 au Théâtre de Dourdan

– Les 4 et 5 février 2010 au Théâtre de Vienne

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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