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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 16:23

Vulcano, un clown
qui se voulait roi


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Ça frémit, ça rit, ça sursaute dans les entrailles du Théâtre des Déchargeurs. Attention, phénomène sismique et critique : le clown Vulcano fait « éruption » pour jouer les tyranneaux drolatiques dans « C’est moi qui décide ». Un petit spectacle qui s’apparente au café-concert sans grande mise en scène, donc, mais plein de pépites de rire et d’une saine colère.

cest-moi-qui-decideC’est moi qui décide est une petite forme, un solo niché dans une toute petite salle, et cela contribue à son cachet. C’est une petite forme parce que le spectacle dure une heure et cesse juste avant de vraiment s’essouffler. Parce que, aussi, comme beaucoup de clowns, Vulcano n’a pas besoin de grand-chose pour dessiner son monde : une valise-trône-marchepied ou maison, un nez rouge carmin et comme verni, un costume aux verts mordorés.

C’est un solo parce que souvent les clowns sont seuls. Même quand ils sont en bande, ils restent enfermés dans le petit monde de leurs obsessions comiques. Ils nous racontent ainsi la solitude de l’homme confronté aux regards critiques des autres, les « normaux », nous les spectateurs. Or, le bouffon partage cette solitude avec le despote, et Vulcano est à la fois l’un et l’autre. Seul, il l’est vraiment : il hurle à la lune pour avoir un ami ; il cherche l’amour, fût-ce celui d’une vache gonflée à l’hélium ; il ne veut pas partir, il a besoin de nous. Ainsi, le public, tour à tour assemblée de citoyens passifs ou cour adulatrice, est désespérément sollicité par le petit tyran…

Comme au café-concert

Enfin, le spectacle a lieu dans un petit espace au bas d’un escalier (presque un passage dérobé). On aurait presque l’impression d’être dans un passage qui mène à une cave à vin. Mais il y a des chaises et des banquettes recouvertes de velours, au premier rang, des tables de bistrot, et encore plus avant un minuscule rectangle vide avec un piano noir qui ne servira pas. Au plafond sont suspendues des loupiotes rouges, qui annoncent une fête ou préfigurent le nez du clown. De cette exiguïté naît une proximité entre l’artiste et la salle. De ce lieu de fortune, Vulcano fait une matrice d’improvisation (jouant avec les murs, ses décorations et anfractuosités). Par ailleurs, la présence des tables libère peut-être le spectateur (beaucoup moins discipliné) et instaure un peu une ambiance de café-concert.

Or, justement, c’est bien l’esthétique qui nous est proposée. On cherchera en vain une vraie mise en scène. On trouve en fait des éclats et des morceaux de rire rapportés. En effet, si le propos de Vulcano porte sur les errements du pouvoir, il s’autorise parfois des digressions très amusantes en elles-mêmes, tel un délire sur les Pages jaunes, mais dont le lien avec le propos semble un peu artificieux. Si on prend le même exemple, le morceau sur le Bottin est amené par l’identification de ces pages aux papiers que l’on exige des étrangers, mais ensuite le numéro n’a plus de rapport avec cette thématique brûlante.

Entre le dictateur et le président

En outre, Vulcano ne voulant se passer d’aucune ressource comique propose pêle-mêle des jeux de mots, et des jeux de mains, un portrait universel de vilain despote et les pointes d’une satire beaucoup plus actuelle (référence à Carla réduite au statut de vache-chien, aux pseudo-consultations de dirigeants à l’ego surdimensionné, à la politique de chasse aux étrangers, avec le fameux « cas par cas »). Conséquence : on rit beaucoup dans la salle, mais on perd une cohérence qui rendrait la critique plus forte. À coup sûr, la genèse du spectacle, les improvisations de Vulcano expliquent cette caractéristique : on passe ainsi d’un Vulcano descendant de Chaplin et de son dictateur (au début du spectacle) à un Vulcano plus sarkozien… Mais cette hésitation fait peut-être seulement écho à l’hésitation que le personnage éprouve entre le caprice de l’enfant en quête d’amour et le goût du pouvoir de l’adulte ?

En tout cas, il est un moment où la critique porte et où le spectacle est particulièrement grinçant, c’est quand il évoque la complicité de chacun à la tyrannie. Le règne de Vulcano commence avec le spectacle et s’achève avec lui. De la royauté à la démocratie bling-bling, il n’y a pas eu beaucoup de différence, mais surtout le public-peuple est resté assis. On ne se lève pas de sa chaise pour prendre la place du clown, comme on croit impossible de se lever aujourd’hui pour détrôner un bouffon. Vulcano ne cesse de le dire. En ce sens, il continue à assumer ce rôle dangereux du clown : l’appel à la conscience… 

Laura Plas


C’est moi qui décide, de Catherine Dubois et François Pilon

Compagnie In extenso 93

09 50 70 51 28

Site de la compagnie : www.inextenso93.net

Courriel de la compagnie : inex93@free.fr

Mise en scène : Catherine Dubois

Avec : François Pilon

Création d’accessoires : Bonnie

Création costumes : Olga Papp

Musique : Mauro Coceano

Création lumière et scénographie : Bruno Teutsh

Théâtre des Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Site du théâtre : www.lesdechargeurs.fr

Réservations : 08 92 70 12 28

Du 3 au 12 mars 2011 à 20 heures du jeudi au samedi ; le mercredi à 20 heures du 16 mars au 15 mai 2011 (relâche le 13 avril 2011)

22 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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