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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 23:39

Un « Britannicus » plein
de promesses


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


Après le somptueux « Barbe-Bleue » de cet été au château de La Roche-Courbon, Laurence Andreini nous offre un nouveau spectacle : « Britannicus ». Ce texte de Racine, assez rigide, met en avant le personnage terrible de Néron dans sa cruauté naissante. Tant de rebondissements ont ponctué l’élaboration de ce spectacle qu’il ne s’en sort pas sans anicroches, mais, soyez-en sûrs, ce n’est qu’une question de temps.

Britannicus est une pièce sur le mal, la violence, mais c’est surtout l’oppression qui tient lieu de liant. Ce sont les jeux d’alliance et de pouvoir qui poussent les personnages dans leurs retranchements au fur et à mesure de la pièce, parfois aux confins de la folie. C’est sur un mur de roche que Laurence Andreini a tout d’abord créé cette pièce. Il reste de la scénographie la via ferrata sur laquelle évoluaient les comédiens suspendus dans le vide. Dans la salle du Théâtre d’Angoulême, posée au sol et tenant autant de l’arachnée que de l’échafaudage ou de la cage, elle est du meilleur effet. Froide et dépouillée, squelette de malheur, elle grince de manière aussi inquiétante que les mots d’amour d’Agrippine pour son fils. Les lumières, par contre, ont connu une adaptation moins heureuse : projetées en rideau du dessus, elles écrasent les comédiens et rendent leur visage quasiment illisibles pour les spectateurs.

Quatre des comédiens ont endossé leur rôle en catastrophe, deux semaines avant la première, ce qui donne à la pièce, c’est évident, un aspect un peu chaotique. Il s’agit d’Agrippine, Narcisse, Juni et Albine. Si le rôle de Juni est interprétée par Clémentine Bernard avec une grâce et une précision qui feront parler d’elle, on ne peut pas en dire autant du rôle d’Agrippine. La voix de Maryline Éven, assez particulière, éraillée voire effilochée, est une pierre de touche qui lie sans aucun doute la comédienne à son personnage.

Seulement, malgré l’énergie déployée, on est déçu. Cette femme terrible et sanguinaire, redoutée de tous, assoiffée de pouvoir, ce monstre d’ambition et de manipulation, sans pitié aucune, fille de Germanicus et femme de Claudius, devant laquelle, même empereur, son fils tremble, eh bien elle ne fait même pas peur. Rien. Pas le plus léger frisson de crainte. Quand le rideau se lève, elle semble déjà battue d’avance alors qu’il s’agit de la voir sombrer, se débattre, brûler ses dernières cartouches. C’est une guerrière, elle ne s’avoue pas vaincue à la première occasion.

« Britannicus »

Narcisse et Albine, quant à eux, s’en sortent avec brio. Patrick Messe est somptueux dans ce second rôle (Burrhus), dont habituellement tout le monde se fiche. La profondeur de son jeu, la respiration merveilleuse de ses alexandrins et la force de sa présence scénique donnent à ce personnage un éclairage particulier, qui parviendrait à en faire le héros de la tragédie s’il n’y avait Éric Bergeonneau dans le rôle de Néron. Un acteur redoutable. D’une grande beauté dramatique, il évolue sur les planches comme un chat : souple, élégant, mais toujours légèrement inquiétant. Une grâce de danseur, alliée au grondement sourd d’un tigre qu’on ne voit pas toujours, mais qu’on entend.

Pour ce qui est de Florian Guichard, dans le rôle de Britannicus, on peut dire sans exagération que son jeu manque cruellement de profondeur et que lorsqu’il dit : « Dans ses égarements mon cœur opiniâtre / Lui prête des raisons, l’excuse, l’idolâtre. / Je voudrais vaincre enfin mon incrédulité, / Je la voudrais haïr avec tranquillité. », on a envie de lui lancer sur un ton péremptoire : « Tu mens ! ».

Mais jouer du Racine sans tomber dans la litanie fastidieuse, c’est difficile. Adapter en salle un spectacle créé en extérieur, c’est compliqué. Donner une représentation avec une distribution de sept comédiens, dont quatre ont été remplacés deux semaines avant la première, c’est très pénible. Les trois à la fois, c’est franchement périlleux, et je ne doute pas que patiné et rodé ce spectacle sera un vrai bonheur tragique. 

Lise Facchin


Britannicus, de Jean Racine

Mise en scène : Laurence Andreini

Avec : Éric Bergeonneau, Clémentine Bernard, Maryline Éven, Florian Guichard, Lydie O’Krongley, Patrick Messe, Laurent Prévot

Scénographie : Philippe Marioge

Dramaturgie : Gabrielle Piwnik

Constructeur décor : Le Pied en coulisse

Lumières : Étienne Dousselin

Costumes : Fabienne Varoutsikos

Mise en corps : Sophie Gérard

Régie générale : Vincent Gobert

Régie plateau : Patrick Olivier

Théâtre d’Angoulême, scène nationale • 1 bis, rue Carnot • 16007 Angoulême

Réservations : 05 45 38 61 62

www.theatre-angouleme.org

Les jeudi 5 et vendredi 6 novembre 2009 à 20 h 30

Du lundi 9 au samedi 14 novembre 2009 à La Fabrique du vélodrome (17)

Mardi 17 novembre 2009 au Théâtre de Saintes (17)

Mardi 15 décembre 2009 au Théâtre de Thouars (79)

Vendredi 12 février 2009 au centre culturel La Margelle à Civray (86)

Durée : 2 heures

25 € | 18 €| 17 €

Reprise de Barbe-Bleue du 17 au 20 décembre 2009 au Carré Amelot-espace culturel de la ville de La Rochelle

Réservations : 05 46 51 14 70

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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