ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Brigitte « just for fun »
Brigitte, c’est le duo pop féminin qui fait le buzz. Avec, sur scène, une bonne humeur contagieuse.
Brigitte | © Mark Maggiori
Qu’est-ce qui fait le charme de Brigitte ? Il doit bien y avoir une raison pour laquelle le groupe a remporté la victoire de la musique 2012 de la « Révélation scène ». On voit que le public du Théâtre municipal de Fontainebleau est d’ailleurs peuplé ce soir-là d’une faune plus jeune, plus bigarrée qu’à l’accoutumée – et plutôt féminine. Avec parfois une allure un poil loufoque : lunettes énormes, chemisiers à pois… Qu’est-ce donc qui attire tous ces gens ? On en a une première idée en écoutant le disque (1) : d’abord, deux beaux filets de voix joliment assortis, de vocalises aériennes en roucoulades bluesy. Du rythme, ensuite : Brigitte a la pêche. Certains morceaux feraient bondir de leur chaise les auditeurs les plus blasés. Enfin, des textes : cette pop francophone et festive raconte des histoires de nana sans mièvrerie, mais avec un humour un brin impertinent néanmoins bon enfant. Une sorte de fusion réussie entre chanson d’auteur et pop efficace. Plus pop qu’auteur, quand même.
Sur scène, l’attente est donc grande. On sent que, plus qu’un concert, c’est une rencontre qu’espèrent les nombreux fans. Arrivée époustouflante des deux chanteuses, qui, enveloppées dans de vastes capes noires, ressemblent à deux grosses fourmis. Ou deux mantes religieuses ? Vous savez, ces bêtes qui dévorent leur fiancé… Effet réussi. Soudain, les capes tombent, et les fourmis se métamorphosent en idoles disco, arborant une robe argentée fendue jusqu’à la cuisse : la salle est en délire. C’est vrai qu’elles en jettent ! Moi, certes ébranlée mais vaillante, je souffle à ma voisine : « Elles n’ont rien de plus que nous !».
On est projeté dans un style groove à paillettes très années 1970. D’ailleurs les trois mâles qui œuvrent aux guitares et à la batterie sont fringués à la Orange mécanique : chemise blanche et petit chapeau melon. Un monde de clins d’œil, donc. J’abandonne le projet de comprendre la présence de deux chèvres en carton-pâte sur le devant du plateau. Elles sont là pour le fun.
Ambiance survoltée
L’ambiance est foutraque mais pas amateur. Les enchaînements sont soignés, les éclairages itou et les jeux de scène permanents. Là aussi comme pour rire à l’instar de ces minichorégraphies exécutées presque mollement, avec un léger second degré qui rappelle l’esprit du « New Burlesque » si tendance. Plumitif au verbe poussif, je cherche les images, les mots justes pour décrire ce duo complémentaire, en extraire la substantifique moelle : Aurélie Saada, la grande blonde, lionne au sourire carnassier, hypersexy, qui met le feu à la scène, versus Sylvie Hoarau, la petite brune, sa coupe au carré et ses grosses lunettes, secrétaire miro qui aurait fumé un joint, ou bien « secrétaire foldingue », j’aime bien l’adjectif, qui ne serait pas mal ici… Mais c’est mon collègue, comptable à l’imaginaire funky, qui est frappé par le génie d’une comparaison foudroyante : Dalida et Nana Mouskouri ! Bon sang, mais c’est bien sûr !
Côté musique, le duo égrène compositions tirées de l’album et reprises plutôt réussies, comme I Want Your Sex de George Michael. Un choix, c’est le moins qu’on puisse dire, pas innocent… Et, si des morceaux lents viennent faire baisser la température du théâtre en ébullition, le ton général est quand même largement à la fête. Dans toute la panoplie de leurs refrains acidulés, le titre Battez-vous soulève instantanément le public, au propre et au figuré, toutes générations confondues. Devant moi, une dame d’un âge et d’une mise en plis fort respectables bondit de son strapontin pour battre des mains ! De mémoire de spectatrice bellifontaine, on n’avait jamais vu ça. Une sorte d’hymne des Brigitte ? Représentatif de leur style, en tout cas : paroles gentiment frondeuses – en gros, deux prétendants invités à se taper dessus – et rythmique dévastatrice. Idem pour la Vengeance d’une louve (cette fois, c’est une rivale qui va « se faire des nouilles chez les célibataires ») ou encore le dernier titre Jésus sex symbol, dans une ambiance survoltée.
D’autant plus survoltée que les spectateurs n’auront pas eu le temps de se lasser : les belles tirent leur révérence (« Brigitte se casse ! », lance avec un sourire hilare Aurélie Saada) au bout d’une heure de concert. Un peu short, quand même. On aura droit à un bis puis un deuxième, dans une salle à demi-rallumée et envahie par la fumée. Autre petit bémol : le fonctionnement du duo, qui fait tout de même apparaître un déséquilibre. On aimerait bien voir et entendre plus Sylvie Hoarau, qui se lâche davantage à la fin, mais tend à rester en retrait. Nobody’s perfect. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
(1) Et vous, tu m’aimes ?, 1 C.D. chez Troisième Bureau.
Brigitte en concert
http://www.myspace.com/brigittesisters
Avec : Aurélie Saada, Sylvie Hoarau
Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau
Réservations : 01 64 22 26 91
Le 14 mars 2012 à 20 h 30
Durée : 1 h 20
20 € | 14 € | 8 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires