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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Faire la fête en oubliant les règles
La compagnie « To R Mansion » : cinq artistes japonais un brin déjantés au Théâtre de l’Étincelle. Une série de petits sketchs fantaisistes avec personnages typés et loufoques. Un peu dingos et poétiques, ces cinq-là.
Break O, c’est une expression japonaise. C’est faire la fête en oubliant les règles. On peut dire qu’ils s’amusent et que leur imagination suscite le rire. Ils nous proposent un univers comme les aiment les petits ou les adultes qui souhaitent se laisser prendre par le coq-à-l’âne de leur enfance. On joue de la surprise, de l’étonnement. C’est d’abord leur tenue, toute d’extravagance. Kayo Nozaki porte des couleurs criardes, le violet contrastant avec le jaune, boa à plumes autour du cou et collant à losanges noirs et blancs. Comme si cela n’y suffisait pas, une poitrine et un arrière-train démesurés. Takuma Suzuki a un pantalon à vaguelettes, du dernier cri, n’en doutez pas. Haruko Matsumoto, et sa perruque d’un blond rose, joue la belle plante, en tenue légère, en hôtesse de l’air ou en policière. Yujiro Marumoto est seyant dans son beau kimono rouge ou sa chemise, dont une manche seule est à damiers. Enfin, Hanabi Uwanosora est la belle ingénue, avec froufrou, jupe brillante, joli minois et yeux candides.
« Break O »
L’ensemble est toujours empreint de beaucoup d’humour et de légèreté. Un mannequin sans tête et en costume gris est posé face au public. Ô surprise, soudain, il se meut, se met à se lever et réclame une cigarette. Le mime opère avec magie, la fumée sortant par la bouche de ses quatre comparses. Rien de tel pour gagner la complicité du public. Les gags se succèdent. Celui de laroulette rouge annonce le jeu avec la mort. Ainsi, quatre verres sur un plateau et une petite fiole bleue – le poison – que l’on verse dans un verre. Sur un air de saxo, le plateau tourne. Alors, l’un fera semblant de mourir, l’autre de vider son verre dans celui de sa voisine… C’est encore le gag du passage à la douane avec la « wanted » criminelle, prête à toutes les excentricités : se débarrasser d’un poulet en plastique, se faire passer pour le Petit Chaperon rouge… Les artistes savent gagner leur public par la connivence culturelle. Ils tiennent à montrer qu’ils connaissent ceux pour qui ils jouent. Et la chanson Couleur café en fera rire plus d’un. Le gag de la bassine japonaise – le tarai – est cocasse en cela que, mêlé à une scène de vaudeville, on en oublie l’avertissement initial : « Le tarai tombe, l’histoire tombe ».
Le talent de la troupe tient en son inventivité. Cela rappelle la concaténation – vous savez, la chanson Chapeau de paille . Toute image première est transformée pour dériver sur une nouvelle, inattendue, poétique et juste. Ainsi de la belle scène du décollage avec les éventails et la maquette de l’avion, volant à bout de bras de la jolie hôtesse de l’air, coiffée d’une perruque de coton figurant les nuages moutonnants. On l’aura compris, le spectacle est fort sympathique. Il y a un côté juvénile et jovial. De la gaieté, tout simplement. ¶
Fatima Miloudi
Les Trois Coups
Break O, de To R Mansion
Directrice artistique : Hanabi Uwanosora
Avec : Hanabi Uwanosora, Kayo Nozaki, Yujiro Marumoto, Takuma Suzuki, Haruko Matsumoto
Lumières et son : Takehiko Maruyama
Scénographie : Aoi Noguchi
Production : Phoenix Kojima
Théâtre de l’Étincelle • 14, place des Études • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 43 91
Du 6 au 31 juillet 2010 à 12 h 20, relâche les 13, 20 et 27 juillet 2010
Durée : 50 min
14 € | 10 € | 7 €
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