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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 00:18

Le Pr Bardouil vous parle…


Par Nicolas Belaubre

Les Trois Coups.com


Cette année, le Théâtre Sorano a offert une carte blanche à l’artiste protéiforme Claude Bardouil. Après « Électre » et « Pas de deux », le danseur, comédien, chorégraphe et metteur en scène, nous propose « Brad Pitt et moi, portrait d’un Européen ». Un spectacle à la croisée du théâtre, de l’installation et de la performance, servant de support à une réflexion sur la condition de l’artiste et son rôle dans une société manifestement en crise.

Ce qui frappe dès le premier regard, en pénétrant dans la salle, c’est le caractère expérimental du dispositif installé sur scène : la toile blanche et tendue qui la délimite évoque l’atmosphère aseptisée d’un laboratoire. Au centre, sur une table austère, trônent deux ordinateurs portables en veille, connectés à un réseau embrouillé de matériel électronique. Outil de mesure et de contrôle, mais aussi média par excellence de l’ère postmoderne, l’informatique symbolise ici l’espace culturel, saturé d’informations, au sein duquel l’artiste devra investir la moindre fissure.

C’est dans ce décor que Claude Bardouil va battre en brèche les canons de la représentation théâtrale, entre autres son rapport frontal et unidirectionnel : il prendra la parole, d’une voix profonde et posée, depuis un fauteuil dans le public. Dès les premiers mots, la problématique est posée. Claude s’interroge sur les mécanismes de la fiction et de l’autofiction, déroulant son discours d’un ton monocorde et légèrement professoral. Nous avons la sensation d’assister à une méditation, involontairement exprimée à haute voix.

En proie aux inquiétudes de la création

Lentement, le comédien monte sur scène. Il nous propose en fait trois entrées successives. D’abord dans la peau de Brad Pitt, le sex-symbol indiscuté, ensuite dans celle d’une Catherine Deneuve à la beauté dénaturée, et enfin dans son propre rôle d’artiste en proie aux inquiétudes de la création. Manuela Agnesini, sa partenaire pour l’occasion, sort également du public pour gagner la scène. Cachée derrière des lunettes noires qui lui donnent un air de vilaine fille, elle l’interpelle, lui coupe la parole en anglais. Commence alors un jeu de superposition des discours…

« Brad Pitt et moi » | © Christophe Bergon

Les nombreuses citations dont le texte est parsemé construisent un univers éclectique qui se veut le reflet d’une culture consommée sans modération ni recul. Le spectateur pourra s’amuser à identifier ici un extrait d’Hannah Arendt, là des dialogues de Fight Club, le film culte et violent de David Fincher. De même, la bande sonore, particulièrement réjouissante, puise dans des univers apparemment contradictoires. Avec un sérieux penchant pour le rock, elle nous transporte de Nirvana à Chopin en passant par Nancy Sinatra ou d’autres succès populaires à la limite du cliché.

Mais, si la construction est dense, la mise en scène paraît trop épurée. Les comédiens se dissimulent quelque peu derrière leur dispositif et ne semblent pas donner toute la mesure du potentiel qu’ils laissent entrevoir. Cependant Manuela Agnesini, particulièrement convaincante dans son rôle de séductrice légèrement destroy et d’icône désabusée, laisse avec justesse affleurer parfois le thème de l’absence et du désir, et permet ainsi au couple de créer une tension dramatique trop souvent absente le reste du temps. On regrettera aussi qu’il y ait si peu de parties dansées, et que Claude Bardouil se cantonne trop souvent à des poses statiques, qui ne mettent en valeur que son corps impeccablement musclé.

On se contentera donc d’apprécier les chorégraphies décousues et volontairement maladroites de Claude, qui rappellent l’adolescent boutonneux et tout juste pubère, gesticulant comme un dément dans sa chambre, sur une musique hard rock poussée à fond. En définitive, Brad Pitt et moi est une pièce qui, paradoxalement, bien que très dense dans ses intentions, sonne légèrement creux sur scène. 

Nicolas Belaubre


Brad Pitt et moi, portrait d’un Européen, de Claude Bardouil

Carte blanche à Claude Bardouil avec Manuela Agnesini

Conception et interprétation : Manuela Agnesini et Claude Bardouil

Sur une proposition de Claude Bardouil

Lumières : Carlos Stavisky

Vidéo et collaboration artistique : Jean Zeid

Coproduction : Théâtre de la Digue, centre de développement chorégraphique de Toulouse, Cie Parlez-moi d’amour, avec le soutien du conseil général Midi-Pyrénées et de la ville de Toulouse

Théâtre Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 31 67 16

http://www.theatresorano.com/index2.php

Du 26 au 28 novembre 2009 à 20 heures

Durée : 1 heure

19 € | 16 € | 10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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