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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 19:18

La fraîcheur d’un conte urbain


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Après « 4.48 Psychose » de Sarah Kane, Valérie Marinese poursuit son exploration du théâtre anglais contemporain, avec le texte « Bouh ! » de Mike Kenny. À travers sa mise en scène, présentée du 18 au 23 novembre au théâtre de l’Élysée, la jeune femme nous donne une belle occasion de découvrir un texte fort, drôle et doté d’une vraie sincérité.

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« Bouh ! » | © Geoffroy Lidvan

Dans sa pièce, véritable « conte urbain » (c’est ainsi que la définit Valérie Marinese), Mike Kenny retrace avec humour et tendresse le parcours initiatique d’un adolescent différent, parce que atteint du syndrome d’Asperger. Bouh, personnage éponyme, emprisonné dans un corps d’adulte, vit dans une banlieue ouvrière, aux côtés de son frère Benny. Isolé par son autisme, il demeure reclus dans son appartement comme à l’abri du monde extérieur peuplé de rumeurs, de brimades et d’insultes. Ainsi, Bouh ! donne à penser la question de l’altérité et l’intolérance qu’elle suscite à travers différentes figures de l’enfance.

Sur scène, quatre comédiens tiennent des rôles d’enfants et d’adolescents. Parmi eux, on retrouve Luc Chareyron en survêtement, sac-banane, raie sur le côté, poignant dans le rôle de Bouh. La difficulté consistant à éviter sans cesse la caricature est ici totalement transcendée par la justesse du comédien qui réussit à faire coexister finesse, humour et gravité. Personnage étrange et attachant, Bouh partage, en adresse directe aux spectateurs, les tréfonds de sa pensée et nombre d’anecdotes de son quotidien. Outre son attachante fragilité, c’est une violence larvée mais permanente qui se dessine dans le portrait de cet adolescent. La complexité de Bouh est portée avec un talent tel qu’il surpasse en épaisseur et en intérêt le jeu des autres protagonistes.

Une scénographie double

Côté scénographie, on retrouve une composition efficace associant simplicité et cohérence. L’univers créé est celui des banlieues ouvrières anglaises. L’espace scénique est double, composé de deux mondes en apparence imperméables. D’un côté, le petit appartement composé d’un mobilier hétérogène, de quelques éléments de cuisine et autres meubles en Formica. Ce milieu clos est le témoin de l’enfermement de Bouh, de sa vie aux côtés de son frère Benny. De l’autre côté, le parc, matérialisé par un tas de sable où jouent et s’ennuient les enfants, livrés à leur propre surveillance.

Au-delà du jeu, la fraîcheur de la pièce tient autant à son ton majoritairement drôle et décalé qu’à sa construction ponctuée d’intermèdes musicaux et chantés. Tout au long de l’intrigue, leur présence permet à mesure que la tension monte d’alléger à la fois le propos parfois difficile et le rythme composé de séquences étirées dans le temps.

Avec Bouh !, Valérie Marinese offre de bien des manières la possibilité d’une vraie découverte : le texte de Mike Kenny doté d’une dimension sociale forte, l’emploi savant de l’humour au service du propos, le tout dans une mise en scène drôle, touchante et dont la fraîcheur évite finement l’écueil du pathos. 

Élise Ternat


Bouh !, de Mike Kenny

Actes Sud, coll. « Heyoka jeunesse », novembre, 2012, 80 pages, coédition Théâtre de Sartrouville-et-des-Yvelines-C.D.N., I.S.B.N. 978‑2‑330‑01226‑7, 13,00 €

Traduit de l’anglais par Séverine Magois

L’Apodictique Ensemble

Mise en scène : Valérie Marinese

Jeu : Mathieu Besnier, Luc Chareyron, Charlotte Duran, Sébastien Hoen‑Mondin

Scénographie : Benjamin Lebreton et Valérie Marinese

Création lumière : Jonathan Brunet

Création sonore : Clément Rousseaux

Régie son : Louis Dulac

Photo-montage : Geoffroy Lidvan

Administration : Julie Allard-Schaefer

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Métro : Guillotière

Réservations : 04 78 58 88 25

www.lelysee.com

Du 18 au 23 novembre 2013 à 19 h 30

Durée : 1 h 15

Tarifs : 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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