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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Comptine : « Je dorine, tu dorines… »
Et voilà la relève languedocienne. Issu du conservatoire de Montpellier, un jeune collectif vient d’affronter le vrai public pour la première fois dans un vrai théâtre. Mis en scène par Valérie Gasse, une des copines de la bande, le groupe a joué « Bouge plus ! », un texte très ludique de Philippe Dorin, pour un public familial. Les enfants se sont régalés et certains adultes aussi.
Bouge plus ! est un objet théâtral descendant direct d’Ionesco, celui de la Leçon ou de la Cantatrice chauve, de Beckett ou de Raymond Queneau, celui des Exercices de style. La pièce de Philippe Dorin, un spécialiste du théâtre pour enfants depuis plus de vingt ans, se compose d’une série de saynètes toutes plus absurdes les unes que les autres, qui peuvent être données dans le désordre ou répétées en une sorte de ronde. Elles racontent l’histoire d’une famille classique « basique », légèrement intello bobo, qui ne sait plus très bien qui elle est, ni qui est qui.
Le père, sans doute chercheur, porte barbe, cheveux longs et grosses lunettes de circonstance. La mère, sanglée dans sa jupe à carreaux et son chemisier strictement rétro, se dandine sur ses escarpins. Le pot de fleurs, après avoir raconté sa vie, devient le fils de la famille. Quant à la chaise, son dossier est remplacé par le buste d’une adorable jouvencelle. Ces personnages jouent à être eux-mêmes ou à interchanger leurs rôles. Ils réécrivent leur vie au fur et à mesure qu’ils la vivent. Chacun a sa syntaxe spécifique, le fils tordant le cou volontiers aux conjugaisons. Cette écriture alerte, vive, dynamique verse parfois dans la comptine. Dans le théâtre de Philippe Dorin les rebondissements de la langue engendrent les rebondissements dramatiques.
« Bouge plus ! » | © David Maugendre
Valérie Gasse a choisi de miser sur le loufoque, une excellente idée, qui n’empêche pas une rigoureuse direction d’acteur. Elle signe également la musique et la scénographie. Tous les personnages grimés jouent les clowns autour d’une table de salle à manger posée sur un immense damier. Ce parti pris de jeu accentue l’absurdité de la situation, la rend immédiatement perceptible aux plus jeunes, qui rient de bon cœur, et évite aux autres de se poser des questions inutiles. On est dans le plaisir du jeu, non dans la réflexion cérébrale.
Lorsque la délicieuse Maëlle Méjean, qui est la chaise, intervient dans la conversation pour donner son avis, elle emporte l’adhésion de toute la salle. On n’a qu’une envie : la poursuivre autour de la table de la salle à manger. On nage en plein délire irréaliste (surréaliste ?), on se retrouve dans un univers de tous les possibles, proche de celui d’Alice. Les trois autres comédiens, Xavier Besson (le Père), Julie Méjean (le Fils) et Anne-Juliette Vassort (la Mère) n’ont qu’une idée : s’approprier cette partenaire et, pourquoi pas, prendre son rôle dans un enthousiasme communicatif.
Ce très joli spectacle, abouti, sans prétention, convient à un public familial et à ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. Ceux qui s’extasient devant une bouche en cul de poule, devant des objets inanimés qui s’animent. Ceux qui savent distinguer entre faire semblant et faire pour de vrai, et qui ne sont jamais aussi vrais que quand ils font semblant. Et ceux surtout qui ne se prennent pas au sérieux. Une révélation. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
Bouge plus !, de Philippe Dorin
Administration : Illusion macadam
06 11 04 06 70
Mise en scène, scénographie, musique : Valérie Gasse
Avec : Xavier Besson (le Père), Julie Méjean (l’Enfant), Maëlle Mietton (la Chaise), Anne Juliette Vassort (la Mère)
Création lumière : Delphine Auxiètre
Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier
Réservations : 04 67 40 41 39
Les 14 et 16 janvier 2010 à 19 heures
Durée : 45 minutes
13 € | 10 € | 4,5 €
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