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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Un bonheur de rôle-titre
Lancé à la poursuite du bonheur, Alain Timar s’entoure de deux comédiens, d’un philosophe et d’une grande palette de couleurs pour tenter de s’en approcher, d’en dessiner une esquisse.
« Bonheur titre provisoire » | © Vincent Marin
Bonheur-titre, provisoire. Bonheur, titre‑provisoire. Bonheur (titre). Provisoire (sous‑titre). On ne sait trop. Un ticket pour le bonheur, ou un titre de travail ? Dans les pas du philosophe Robert Mizrahi, Alain Timar s’attelle, à la force du poignet, des mots et des gestes, à cerner ce concept fuyant. Qu’est‑ce que le bonheur ? Bien aise celui qui pourra le dire. Plus, bien malin celui qui pourra se dire heureux. Heureux, à l’instant, heureux, un moment, soit. Mais heureux durablement, bienheureux ?
Le bonheur, est‑ce offrir des fleurs à l’aimé ? Recevoir ces fleurs, savoir que celui qui les a offertes, était heureux de les offrir… Une suite de saynètes plus ou moins heureuses – certaines franchement tristes, d’autres longuettes, des joyeuses aussi, des colorées, des qui se passent de mots, des qui se payent de mots – dessine les contours flous et fluctuants d’une idée instable. « La vocation de l’être humain, c’est d’être dans la joie et l’accomplissement. » C’est du moins ce dont se convainc Robert Mizrahi, optimiste, vitaliste. Alors, Alain Timar se lance. Il peint. Du bleu, du vert, du rouge. Il écrit : « bonheur ». Il raye. Il reprend. Le tout sur la toile de l’existence, grande toile blanche en guise de scène, dressée comme un ring au centre du plateau.
Alain Timar ne prononce pas un mot
Les deux comédiens se faufilent entre les aplats bleus quasi Klein et les jaunes éclatants. Ils zigzaguent entre les taches rouges et le lignes vertes, dans un décor à la Gauguin. Très théâtral, soutenant une diction parfaite tout au long de la pièce, Paul Camus (un nom pas franchement prédestiné au bonheur mais fort philosophique) souligne les longueurs didactiques du spectacle, qui l’amollissent, l’allongent inutilement. Alain Timar ne prononce pas un mot. Il met les couleurs, comme d’autres les formes. Et vingt fois sur le métier reprend la question : le bonheur ?
Pauline Méreuze esquisse la réponse, par son jeu. Quel bonheur de la voir jouer ! Ravissante comédienne, elle excelle au plus près de la tristesse comme de la joie, fragile et rebondissante, elle se glisse dans les flux du désir et de la joie. Les yeux gros gonflés du désespoir lui viennent aussi vite que le rire de l’exaltation. Pauline Méreuze tient le bonheur‑titre. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Bonheur titre provisoire, d’Alain Timar, Pauline Méreuze, Paul Camus
Pièce inspirée de l’œuvre de Robert Misrahi
Mise en scène et scénographie : Alain Timar
Avec : Pauline Méreuze, Paul Camus, Alain Timar
Lumière et son : Hugues Le Chevrel
Théâtre des Halles • rue du Roi‑René • 84000 Avignon
http://www.theatredeshalles.com/LES-SPECTACLES/ete/164-Bonheur-titre-provisoire
Réservations : 04 32 76 24 51
Du 7 au 28 juillet 2012, à 16 h 30, relâche le 17 juillet 2012
Durée : 1 h 30
22 € | 15 €
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