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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 20:21

Manipulation tranquille


Par Sarah Elghazi

Les Trois Coups.com


« Blé » est le deuxième volet d’une trilogie sur « l’(a)normalité » commencée avec « Pré ». C’est un spectacle réjouissant sur la déconstruction du féminin. Mais, malgré une idée originelle et un dispositif techniquement très pointus, il n’atteint pas la force de frappe de son prédécesseur.

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« Blé » | © Clinic Orgasm Society

Iconoclaste, le collectif belge Clinic Orgasm Society nous a habitués, avec des spectacles tels que DTC (On est bien) * ou J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie, à détricoter les codes classiques de la représentation, dans un questionnement politique de la notion d’observation et de spectateur qui n’oubliait jamais d’être ludique.

Ici, c’est la virtuosité technique et la désincarnation qu’elle crée qui est tout entière le prétexte du spectacle : cinq interprètes amateurs, recrutés sur place au hasard de la tournée, recréent une cellule familiale composée du père, de la mère, de la grand-mère paternelle, du fils et de la fille adolescents. Tous ont un lecteur mp3 relié par un casque qui leur donne des informations, voire des ordres, sur leur jeu, leur position dans l’espace, les répliques et les interactions qu’ils et elles doivent avoir avec les autres. Tout leur est indiqué… Vraiment tout ? Le doute est toujours permis puisque le public n’aura jamais droit à l’intégralité de la bande-son de chaque interprète.

Deux personnages, sans lecteur – les « vrais » parents de l’histoire –  sont en marge : ce sont eux qui orchestrent la reconstitution familiale, dont on comprend qu’elle a déjà été rejouée maintes fois. Les interprètes diffèrent chaque soir dans le but de comprendre le drame, l’effrayant enchaînement logique des faits, la normalité perdue de ce tranquille dimanche en famille… Les deux survivants remettent en scène sans se lasser, manipulant des marionnettes qui finissent, par leur froideur, leur manque d’investissement, leur jeu mécanique, leur manque de tension charnelle vraie, par les dépasser.

On sent la tension sous les phrases toutes faites, les réactions attendues, les expressions faciales apprises devant un miroir et retranscrites par cœur. Le décalage entre les prises de parole montre que, surtout en famille, tout est affaire de contrôle…  Du dépiautage d’un lapin au meurtre de sang-froid de toute une famille, la frontière est mince.

Malgré ou justement peut-être à cause de l’intelligence du dispositif, on ne sait jamais vraiment ce qui cherche à être démontré par cette mise en avant presque trop évidente de la manipulation familiale. La machine finit par tourner à vide, l’émotion en étant quasiment exclue. Le propos voulait viser la question de l’instrumentalisation et de la soumission aux ordres, à travers la docilité des cinq comédiens amateurs qui jouent la partition qu’on attend d’eux. Mais ce qui se passe sur scène, n’est-ce pas une version caricaturale de tout jeu d’acteur ? La crise est palpable, mais la révolte n’advient jamais ; la forme reste trop tranquille pour le propos… Attendons le troisième et dernier volet de la trilogie pour nous faire une idée globale. 

Sarah Elghazi


* Voir aussi DTC (On est bien), critique de Jean-François Picaut


Blé, par Clinic Orgasm Society

Conception et direction artistique : Ludovic Barth, Mathylde Demarez

Interprétation : Ludovic Barth, Mathylde Demarez et cinq inconnus

Collaboration à l’écriture et regard extérieur : Marielle Pinsard

Assistanat à la mise en scène : Julie Tremouilhe

Lumière : Marc Lhommel

Son : Benjamin Dandoy

Production : Clinic Orgasm Society

Coproduction : Wallonie-Bruxelles, Manège.Mons-centre dramatique, Le Grand Bleu-E.N.P.D.A. Lille-région Nord - Pas-de-Calais, Théâtre La Balsamine-Bruxelles, palais des Beaux-Arts-Charleroi

Avec les aides de la S.A.C.D., Centre des arts scéniques (C.A.S.), du Conseil de l’Aide aux projets théâtraux (C.A.P.T.)

La compagnie Clinic Orgasm Society est en résidence artistique au Théâtre Varia à Bruxelles et au Grand Bleu-E.N.P.D.A. Nord - Pas-de-Calais à Lille

Le Grand Bleu • 36, avenue Marx-Dormoy • 59000 Lille

Réservations au 03 20 09 88 44 et sur www.legrandbleu.com

Du 11 avril au 13 avril 2013 à 20 heures, séance supplémentaire le vendredi 12 à 14 h 30

Durée : 1 heure

13 € | 11 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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