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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 13:28

« Sans le chant des troubadours, n’aurions pas de cathédrales » (1)


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Mêler des chants religieux à des chansons. C’est l’idée de« Bêtes à bon Dieu », un sympathique spectacle carnavalesque qui égratigne avec tendresse l’Église. Si la mise en scène et l’interprétation ne semblent pas être ici le souci majeur, on ne boudera pas le plaisir de découvrir quelques perles et d’entendre… Anne Sylvestre !

betes-a-bon-dieu-300 Si, intrigués par la note d’intention, vous veniez écouter un spectacle qui interrogerait la misogynie des textes religieux, c’est loupé. Les quelques pointes féministes du spectacle se nichent dans les chansons d’Anne Sylvestre. Pas d’examen du répertoire religieux. Du moins, le déplacement vous aura permis de découvrir une bande de joyeux drilles irrévérencieux, dignes des carnavals. On dirait en effet ici souvent un mardi gras, au milieu d’une confrérie marotique (2).

De fait, le plateau est ici fait d’un bric-à-brac mêlant le mobilier liturgique aux instruments de musique. Le spectacle, tout aussi hétéroclite, s’apparente à un pot-pourri de chansons qu’émaillent quelques numéros d’acteurs. Les interprètes s’amusent comme des potaches à jouer sur scène comme ils se sont sans doute amusés à concocter cet étrange concert qui fait alterner les airs de messe, les chants anonymes et les textes d’auteurs (Racine, Hugo, Anne Sylvestre). On peut être sceptique sur certains intermèdes mimés (même si ceux du rappel méritent de rester). Au moins ne sont-ils pas prétentieux.

L’intérêt du spectacle réside de toute façon ailleurs, dans son versant musical. Tout d’abord, les artistes ont su redonner de la vie à des textes liturgiques à dormir debout. Comme l’Église l’avait fait, ils associent en effet ces derniers à des refrains populaires. Surtout, ils ont exhumé des textes peu connus tels que la Nonne par contrainte ou le Bon Dieu de Pierre‑Jean de Béranger. Or, ces textes sont souvent des perles. Ils ont le sel de l’ironie quand ils s’attaquent aux aberrations de la religion.

Ajoutons que les musiciens, Olivier Yvrard aux claviers et François Marillier, sont sans reproche : ils font tinter les cloches et résonner les airs avec dextérité. Olivier Hussenet, en solo ou en duo avec Anne Sylvestre, a des qualités vocales certaines. Et puis surtout, on pardonne les couacs et les facilités lorsqu’on écoute la grande Anne. Dans ses chansons, il y a tendresse, ironie et sagesse : le vrai cantique. 

Laura Plas


(1) Refrain de la chanson les Cathédrales, d’Anne Sylvestre.

(2) Confrérie de clercs ou étudiants de l’époque de Marot qui tournait en dérision les institutions et la religion dans des spectacles farcesques.


Bêtes à bon Dieu, d’Anne Sylvestre et Serge Hureau

Mise en scène : Serge Hureau, Olivier Hussenet

Avec : Serge Hureau, Olivier Hussenet, François Marillier, Anne Sylvestre, Olivier Yvrard

Arrangements : Cyrille Lehn, François Marillier

Création lumières : Jean Grison

Régie son : Tania Volke

Régie : Saïd Hidjeb

Le Hall de la chanson • parc de la Villette, cité administrative • 211, avenue Jean-Jaurès • 75019 Paris

Site du théâtre : www.lehall.com

Réservations : 01 53 72 43 01

reservation@lehall.com

Du 8 au 15 décembre 2013, les dimanche 8 et 15 décembre à 16 heures, le samedi 14 décembre à 20 h 30

Durée : 1 h 30

16 € | 13 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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