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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 16:02

Accentus célèbre ses 20 ans


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Le centre des Arts a reçu le célèbre chœur Accentus à l’occasion des 20 ans de cette formation d’une trentaine de chanteurs, tous de grand talent, dirigée de main de maître par Laurence Équilbey. Une très belle soirée.

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Laurence Équilbey | © Jean-Baptiste Millot

Fondé par Laurence Équilbey il y a déjà vingt ans, Accentus est un chœur de chambre spécialisé dans le répertoire a cappella, la création contemporaine, l’oratorio et l’opéra. Consacré « Ensemble de l’année » par les victoires de la musique classique à trois reprises (2002, 2005, 2008), il se produit dans les plus grandes salles de concerts, ainsi que dans des festivals français et internationaux. Ses nombreux enregistrements, avec la maison de disque Naïve, ont largement été salués par la critique. Disque d’or en 2008, Transcriptions s’est d’ailleurs vendu à plus de 130 000 exemplaires dans le monde. Pour cette soirée exceptionnelle, le programme proposait justement quelques-unes des grandes œuvres qui ont jalonné cette riche histoire du chœur.

Un tour d’Europe des répertoires a cappella

Les débuts du programme ont commencé comme une messe imaginaire. Au très animé Gloria de Francis Poulenc a succédé son lumineux Sanctus, conçu par le compositeur comme un « carillon de voix ». Mais avec le poignant Agnus Dei de Samuel Barber, les vibrations résonnaient encore plus fort. Tube du répertoire, cette transcription réalisée de la main même du compositeur, à partir de son Adagio pour cordes, est surtout un pur chef-d’œuvre ! Ce soir-là, Sergueï Rachmaninov a aussi beaucoup plu au public qui a choisi Tebe poem pour le dernier bis. Son Ave Maria a également apporté une sonorité symphonique remarquable. Pour clore l’office par un message de paix et d’espoir, le choix de Laurence Équilbey s’est ensuite porté sur un extrait de la Missa canonica de Johannes Brahms et sur Farben opus 16 d’Arnold Schoenberg, deux « grands » qui ont également composé des œuvres sacrées, on l’oublie parfois.

La seconde partie de la soirée s’est éloigné de l’univers religieux – mais pas des cieux ! – avec un voyage au sein d’un large spectre sonore et lumineux. La rêverie vespérale aux couleurs scandinaves d’Aftonen (« le Soir ») d’Hugo Alfvén précédait les Deux poèmes pour chœur de Jan Sandström et Sommarnatten (« Nuit d’été ») d’Einojuhani Rautavaara, un savant mélange d’harmonies qui mènent dans un monde d’espérances et de songes. Mais fini de rêver ! Per 24 voci bianche o adulte de Sylvano Bussotti est un intermède italien délirant. Les chanteurs se sont alors lâchés, investissant la scène en poussant des petits cris, en mimant animaux et autres créatures loufoques. Mais cette pause théâtrale a été de courte durée : l’œuvre suivante du Hongrois György Ligeti a joué sur les timbres ou les dissonances, celle de Claude Debussy a conclu sur une chaste déclaration d’amour à Dieu, tandis que la dernière, de la Scandinave Selga Mence, évoquait une histoire rigolote de poulains, clopin-clopant.

Démocratiser les œuvres

Malgré la variété de son répertoire, ce programme n’a donné à entendre que des œuvres des xxe et xxie siècles. Dommage ! Mais reconnaissons le mérite d’Accentus de vouloir contribuer ainsi à rendre populaires des œuvres parfois difficiles d’accès. D’ailleurs, Laurence Équilbey entretient d’étroites relations avec les compositeurs actuels, parmi lesquels Pascal Dusapin, Gérard Pesson, Philippe Manoury, Bruno Mantovani.

Quand il ne redonne pas vie à des pages carrément oubliées, Accentus défend aussi des œuvres confidentielles, comme celle de Selga Mence, la seule compositrice au programme à qui Laurence Équilbey a souhaité rendre hommage. Car, hormis les chanteuses, où sont les femmes dans la musique classique ?! Ni à l’écriture ni à la direction, il faut bien le reconnaître. Laurence Équilbey est l’exception qui confirme la règle. Chef de chœur, elle dirige aussi de nombreux orchestres prestigieux en France et à l’étranger, et elle a, enfin, son propre orchestre, l’Insula Orchestra, qu’elle vient de créer. C’est assez rare pour être relevé.

À 50 ans, cette femme peut être fière du chemin parcouru. Révolutionnant tout d’abord le chant choral avec Accentus, devenue aujourd’hui l’une des meilleures formations internationales, elle a su s’imposer comme une figure influente du paysage musical tout entier. Elle œuvre beaucoup pour faire bouger les choses dans le monde conservateur – et masculin – de la musique classique. Il y a donc fort à parier que de prochaines découvertes mettront de nouvelles femmes à l’honneur. Et on ne peut que s’en réjouir. 

Léna Martinelli


Best 20, direction Laurence Équilbey

E.R.D.A. (Éducation, recherche et développement artistique / Accentus • 51, rue de Chabrol • 75010 Paris

01 42 46 22 00

Site : www.accentus.fr

Courriel : contact@accentus.fr

Centre des Arts, scène conventionnée • 12/16, rue de la Libération • 95880 Enghien-les-Bains

Réservations : 01 30 10 85 59

Site du théâtre : www.cda95.fr

Jeudi 11 avril 2013, à 20 h 30

Durée : 2 heures, avec entracte

22 € | 16 € | 6 €

Tournée :

– Le 14 avril 2013 : Théâtre Jean-Vilar, Suresnes

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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