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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 16:23

Une lente conquête du public


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Après bien des péripéties sur la date de sa venue, Rokia Traoré est enfin là, au Carré Sévigné à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine). Un public très nombreux l’attendait impatiemment.

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Rokia Traoré, Saint-Nazaire 2010 | © Jean-François Picaut

Malgré une configuration assis-debout, le Carré Sévigné est plein à craquer. Tout ce monde, générations mélangées, attend l’artiste franco-malienne, Rokia Traoré. Elle fait son entrée, cheveux ras, pieds nus, vêtue d’une robe courte, façon pagne, la guitare en bandoulière.

Dounia (Tchamantché, 2008), sa première chanson, est d’abord presque murmurée, à la manière d’une berceuse traditionnelle, avant que les instruments (guitare, basse, n’goni et batterie) et les deux choristes n’entrent en action. Peu à peu, la puissance monte, mais la fin se fait douce comme une complainte lancinante. Sans un mot, échangeant sa guitare acoustique contre une électrique, Rokia poursuit avec Yandé, qui mélange le style soul et des aspects mandingues, soulignés par l’emploi du n’goni. Toujours sans un mot, on reprend la guitare électrique et l’on poursuit avec Lalla, un titre de son dernier album Beautiful Africa (Nonesuch Variete, 2013), comme presque tout ce que l’on entendra ce soir. Un morceau plutôt rapide avec un passage d’une grande délicatesse.

Le public applaudit mais sans excès. Peut-être est-il légitimement surpris que cette artiste parfaitement francophone ne présente aucun de ces titres, chantés en bambara, la langue dominante du Mali d’où elle vient et dont la langue officielle reste le français. À moins qu’il ne soit un peu désarçonné par ce début de concert qui voit l’artiste rester très statique, elle que l’on a connue très remuante à Vienne et aux Escales de Saint-Nazaire. Les quatrième et cinquième titres, Sarama et Kamounkè, seront de la même eau avec ce paradoxe que Kamounkè contient des passages en… anglais !

Une chanteuse de soul africaine

Le français fait son entrée avec un beau titre, Mélancolie. Il s’en dégage une véritable émotion et il n’en faut pas plus pour que les applaudissements deviennent nourris et chaleureux. Pour Zen (bilingue bambara-français), qui vient de Tchamantché, Rokia Traoré abandonne tout instrument, dégage son micro de son pied et se met à danser. La danse est d’abord très lente et s’accélère au rythme de la musique. Les figures ne paraissent pas tirées du répertoire africain classique. On retrouve quelques envolées vocales qui nous avaient séduits dans Bowmboi (2003). Cette fois le public semble définitivement conquis. On revient à Beautiful Africa, jusqu’à la fin du concert.

Le titre éponyme de l’album est rapide et possède une énergie que ne renierait pas le rock ! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Beautiful Africa est une déclaration d’amour à l’Afrique trilingue (bambara, anglais, français). La partie en français est proche du parlé-chanté du rap. Le rôle des choristes s’affirme dans ce titre accueilli avec enthousiasme. Il en est de même avec Tuit-Tuit qui suit. Le public bat des mains en cadence, et Rokia Traoré se déchaîne au chant et dans la danse. Sa métamorphose en chanteuse de soul africaine, amorcée depuis quelques années, est ici complète. Elle retrouve les inflexions et la faconde des griots pour présenter ses musiciens et conclut le spectacle par une sorte de scat a cappella en imitant le chant des oiseaux. Elle sort en dansant, suivie de ses choristes.

Le bis réclamé à cor et à cri sera N’téri, un très beau titre où l’influence traditionnelle dans le jeu des instruments est sensible et où l’on retrouve les qualités vocales de la première Rokia Traoré. 

Jean-François Picaut


Beautiful Africa, par Rokia Traoré

Carré Sévigné • 4, mail de Bourgchevreuil • 35510 Cesson-Sévigné

Réservations : 02 99 83 11 00

Samedi 12 avril 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

28 € | 26 € | 16 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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