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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 12:33

Des larmes de plaisir


Par Benjamin Janlouis

Les Trois Coups.com


Aujourd’hui, dans le cadre du festival Sept chapelles en art, le trio Canopée nous proposait un programme baroque, « Au plaisir des larmes », à la chapelle de Locmaria, à Guidel (56). Ce fut un grand moment d’émotion.

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Aline Jalliet | © Benjamin Janlouis

Né en Bretagne au cours de l’année 2008, le trio Canopée est une formation originale qui regroupe Aline Jalliet (soprano), Catherine Lucquin (violon) et Anne Le Signor (harpe). Il interprète de la musique baroque et des œuvres contemporaines. Le programme choisi pour Au plaisir des larmes va de Purcell à Rameau en passant par Gluck, Lully, Campra, Cesti, Dowland, Haendel, Bach, etc. Le concert rend hommage à cette époque où pleurer et gémir étaient un art, voire un art de vivre. Les trois artistes naviguent avec aisance dans toutes les nuances de l’intime et nous font éprouver toute la finesse et la richesse de l’écriture baroque.

Il est difficile d’effectuer un choix dans un programme homogène, dans sa composition comme dans son interprétation. On se risquera néanmoins à indiquer ce qui nous a paru recueillir le plus de suffrages du public. De ce point de vue, le Lascia ch’io pianga tiré du Rinaldo de Haendel, parfaitement adapté à la tessiture d’Aline Jalliet, nous a semblé marquer un premier pic d’émotion dans le public. Je goûtais les charmes, extrait de Gluck (Orphée et Eurydice) est une pièce tout à fait emblématique du programme choisi. Le Monologue et la Déploration d’Oriane (Lully, Amadis), si graves, si douloureux, ont été admirablement rendus par Aline Jalliet qui allie à ses grandes qualités de chanteuse de belles qualités de comédienne. Et quand elle a chanté « Ciel, ô ciel, Amadis est mort » ou « Vous mourez, je ne puis plus vivre », on a vu beaucoup de cils emperlés de larmes sans qu’on puisse déterminer si la cause en était l’émotion esthétique ou la forte charge dramatique de la musique et du texte.

Un artifice de mise en scène a donné un relief tout particulier à un air de violon également tiré de l’Orphée et Eurydice de Gluck, excellemment interprété par Catherine Lucquin, dont les qualités ne sont plus à démontrer. L’air s’élève du lointain, en l’occurrence la sacristie, tandis qu’Aline Jalliet puis Anne Le Signor disent un texte de Louise Labé, puis il s’enfle jusqu’à occuper tout l’espace sonore. Le public a fait un vrai triomphe à ce passage.

Remarquable expressivité dramatique

Un accueil similaire a été réservé aux Barricades mystérieuses de Couperin (pour harpe seule), qui ont permis d’apprécier le toucher délicat et précis, le sens du rythme et la grande musicalité d’Anne Le Signor. Le superbe et si typiquement anglais Flow My Tears de Dowland (Lachrimae) a été tellement applaudi que les artistes l’ont repris en deuxième rappel. L’émotion était très perceptible pendant le Pieta, signore de Stradella interprété avec une remarquable expressivité dramatique. Et on ne saurait passer sous silence un superbe Erbarme Dich (Bach, Passion selon saint Matthieu).

Il faut aussi noter le choix particulièrement judicieux des textes (Verlaine, Samain, Louise Labé, Éluard, Musset, la Bible, etc.) qui jalonnent le programme et lui donnent une cohérence esthétique et thématique.

Bien servi par l’acoustique de la chapelle de Locmaria, le trio Canopée a enchanté le public du festival Sept chapelles en art. Nul doute que ce concert, salué par des « merci », « bravo », des applaudissements très nourris et deux rappels, ne marque l’édition 2011. Nous souhaitons longue vie à ce trio talentueux et à ce programme magnifique. 

Benjamin Janlouis


Au plaisir des larmes, par le trio Canopée

Avec : Aline Jalliet (soprano), Catherine Lucquin (violon) et Anne Le Signor (harpe)

Chapelle de Locmaria • 56520 Guidel

Réservations : 04 97 84 78 00

Le 5 août 2011 à 20 h 45

Durée : 1 h 15

13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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