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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 14:18

 En direct d’Avignon 

 

Macaigne or not Macaigne


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


L’un des évènements de ce 65e Festival d’Avignon : Vincent Macaigne dialoguant avec Shakespeare, et plus précisément « Hamlet », dans sa dernière création « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre ». Un beau bordel aussi, disent ses détracteurs. Moi, j’ai bien aimé.

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« Au moins j’aurai laissé un beau cadavre »

© Christophe Raynaud de Lage-Festival d’Avignon

Salle comble au cloître des Carmes, dont le plateau est recouvert d’une pelouse, crevée en son milieu d’une fosse remplie d’eau, surmontée d’une croix. À gauche, un organum d’église diffuse en boucle quelques mesures. Macaigne, chemise débraillée, invite les gens à le rejoindre sur scène, où, inlassablement, il leur fait rabâcher une réplique de la pièce, je ne sais plus laquelle. Plusieurs centaines de personnes sautillent ainsi, en beuglant avec lui en chœur. On craint le pire.

Scénographie postmoderne de Benjamin Hautin et de Julien Peissel, avec ces Algeco à baies vitrées, juchés tout en haut du décor ; ce néon, pour l’instant éteint, et cette énorme bâche de plastique blanc qui recouvre la moitié de la scène. La mise en scène avoue ses influences, la plus flagrante étant celle du Hamlet de Thomas Ostermeier, les autres m’ont semblé polonaises, Warlikowski et, plus encore, Maja Kleczewska.

Première bonne surprise, les thèmes de la révolte et de la folie, intacts, qui couvent et rampent sous chaque séquence, tel un serpent venimeux. Pour une fois venimeux, je dirais même. Macaigne a beau ponctuer son œuvre de « putain, merde ! », elle est digne de l’irrespect d’origine. Ses personnages jouent le sous-texte, c’est tout. Mais Hamlet est bien ce rebelle ambigu, le roi et la reine ces amants maudits, Ophélie cette victime, son frère Laërte cet âne, et Horatio ce raseur.

Emmanuel Matte : roi délirant assez génial

Grande innovation : le roi et Polonius, promus doubles du prince, qu’ils traitent « d’enfant gâté se donnant en spectacle devant d’autres enfants gâtés ». Emmanuel Matte campe un roi délirant, travesti en banane géante, goguenard, paillard, rageur et pour tout dire assez génial. Dégoulinant du sang que son salaud de frère lui a fait verser à sa place, ce Créon danois devient l’ambassadeur des spectateurs, à qui il demande : « Qui veut gouverner ? Toi, tu veux gouverner ? Toi ? Toi ? » Et en effet la question se pose, et va se poser plus encore l’an prochain.

Quant à Polonius, c’est un père moderne qui conseille à Fifille de vite aller perdre son pucelage. Franchement, on a beaucoup de mal à croire à ce double-là, à ce père copain d’à peine trente ans, contestataire lui aussi et soucieux de l’épanouissement sexuel de sa progéniture. Surtout, on se demande, dans ce cas, ce qui peut mettre Hamlet dans une telle rogne qu’il casse tout, et débarque avec sa tronçonneuse, au lieu de copuler pépère dans son Algeco.

C’est le côté curieusement un peu boy-scout de cette entreprise de démolition, même si Rodolphe Poulain est très sympathique. Et Julie Lesgages, sans réel charisme, n’arrange pas les choses. Son Ophélie est bien fade. Combien de jeunes actrices ont dû trépigner sur leurs sièges, en l’entendant débiter platement la profession de foi que Macaigne lui a écrite ! Les rideaux étant baissés durant la célèbre scène du couvent, on n’en saura pas davantage sur ses dons de martyre. Quand à celle de la folie… elle est aussi brève qu’insipide.

Pascal Rénéric est un grand Hamlet

Nettement plus réussi, son « cauchemar ». Soudain la bâche se gonfle et fait s’ériger sur la scène un de ces châteaux gonflables sur lesquels les bambins s’amusent à sauter. Bientôt le sang y ruisselle, tandis que la jeune fille tente d’échapper au surmâle qui la poursuit sur un air de hard-rock, la rejoint et s’unit à elle. Autres moments forts : celui où Hamlet se retrouve sur le toit de l’Algeco et clame aux clochers avignonnais « Le jour du Jugement dernier est proche ! », puis celui où Ophélie et la reine se retrouvent dans le même aquarium, où l’une flotte et l’autre se noie.

Mention spéciale au tandem Gertrude-Hamlet. Laure Calamy incarne une reine incroyable de sensualité. Comme le roi, elle joue nue et convainc dans ce rôle de femme adultère folle de son amant. Quant à Pascal Rénéric, c’est un grand Hamlet. Rage, cynisme, colère, indifférence, désespoir, il endosse les couleurs changeantes du jeune privillégié révolté avec une suprême aisance. Il est le prince, l’auteur, le metteur en scène. Celui qui voulait à la fois « être Beckett, Montherlant, Sarah Kane, Céline, Faulkner, Bardamu… et ainsi de suite ». 

Olivier Pansieri


Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, de Vincent Macaigne

D’après Hamlet de William Shakespeare

Conception et mise en scène : Vincent Macaigne

Avec : Samuel Achache, Laure Calamy, Jean-Charles Clichet, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Pascal Rénéric, Sylvain Sounier

Scénographie : Vincent Macaigne, Benjamin Hautin, Julien Peissel

Accessoires : Lucie Basclet

Lumière : Kelig Le Bars

Son : Loïc Le Roux

Spectacle créé le 9 juillet 2011 au cloître des Carmes à Avignon

Réservation : 04 90 27 66 53

www.festival-avignon.com

9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19 juillet 2011 à 21 h 30

Durée : 3 h 40

27 € | 21 € | 13 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

katayoun 07/08/2011 21:58



j'aimerai dire avec les pièces de Vincent Macaigne:  même si on est con, on peut comprendre que les renards volent les poules
et bouffent les poussins,  et le pire: C quand le renard est dans la famille(chef), pour se nourrir plus, il bouffe ses propres poussins. C'est claire pour ceux
qui ne comprennent pas les démesures de Vincent et ses comédiens ? Comprenez! Vincent Macaigne prévient toujours que ses pièces sont faites des vulgarités que vous faites subir aux
innocents(enfants, femmes prises entre solitude et sentiments,le peuple subissant les pouvoirs, les pays non puissants face aux pays puissants, ainsi les pouvoirs, ...)Le travail est énorme pour
tout l'équipe , merci ,ils ont beaucoup de courages ET générosités


 


 



Anyess 04/08/2011 00:45



Quelle horreur ce spectacle.


A moins d'être maso, comment peut-on dire merci à un metteur en scène qui nous inflige autant de souffrance, de laideur, de vulgarité, d'hystérie, d'agressivité, de mauvais goût, de saleté,
d'insultes, de hurlements, de dégoût, de longueurs, de destruction, de balbutiements, de manipulation du public?


Je suis contente d'avoir vu (subi) la première partie. Au moins je pourrai en parler (d'ailleurs j'ai adoré l'Hamlet d'Ostermeier), et franchement Vincent (moi aussi je te parle, comme les
autres, tiens!) il faut se calmer un peu et continuer à réfléchir, tu as du potentiel mais pourquoi tant de haine? On t'a rien fait, hein!


Je suis contente d'être sortie de ce gourbi infâme à l'entracte. Je laisse à d'autres ce plaisir de s'en prendre plein la gueule (pour très cher quand même), et je continue à penser que Macaigne
est au théâtre ce que Joe Dalton est à la bande dessinée: un fou furieux fatigant. 



S 24/07/2011 11:42



Bravo et merci à Vincent et tout son équipe et pour toutes ses pièces,


Vincent de son théâtre donne la voix à ceux qui ne l'ont pas .


Vincent dépose les pierres pour reconstruire : pierre par pierre pour démontrer nos vies,nos sociétés ; Les pouvoirs: Pouvoirs qui détruisent la vie des innocents,(enfants...
des pays... ) 


Vincent dans son théâtre fait un lieu de combat "du mal et le bien" Vincent retourne à l'histoire et les origines.


Vincent décortique nos souffrances,


Vincent a changé le théâtre français pour nous éveiller avec les démesures sur les réalités existantes dans nos sociétés ;


J'espère pour moi : que les démesures de Vincent éveillent ceux qui nous détruisent.


Vincent est précieux


Je veux voir encore et encore du travail de Vincent dans l'avenir, oui ! dans l"avenir ,l'avenir, oui  l'avenir et enore l'avenir



clairemac 16/07/2011 21:45



Vincent l'homme qui donne la voix à ceux qui ne l'ont pas;


Vincent a trouvé le langage qu'il faut avec son théâtre pour exprimer les souffrances qu'on ne peut en parler librement...


Vincent utilise la scène en lieu de combat et règlements des...


Vincent, ses comédiens et comédiennes sont courageux et très généreux,ils insistent à nous faire passer beaucoup de messages qui sont souvent à oublier et à s'étouffer avec...


Vincent pointeles pouvoirs qui détruisent pour se valoriser...


Vincent veut dépasser les souffrances, c'est pourquoi , il met à nu pour prouver , qu'est-ce qu'il y a après ...?Donc résister pour exister et corriger: persévérance 


On peut avoir les compréhensions qu'on souhaite de ce qu'on voit de l'art de Vincent . Bravo et merci à Vincent et son équipe


 



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