Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 18:49

Artdanthé : quelques fausses notes au final


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Festival pluridisciplinaire existant depuis 1998, Artdanthé continue chaque année d’explorer les champs chorégraphiques et dramaturgiques contemporains, tout en agissant comme révélateur de jeunes talents. Samedi 31 mars 2012, la scène de Vanves offrait un final festif intitulé « Lagon bleu » à cette édition. Une première soirée étant déjà venue saluer, la semaine précédente, la fin du cycle dédié au Québec. Et si lors de la clôture, de l’ensemble du festival cette fois, cinq spectacles étaient à l’honneur, ce final s’est malheureusement déroulé en demi-teinte.

united-c-615 dr

« Broken Glass » | © D.R.

On débute avec Broken Glass, une forme courte venue des Pays‑Bas, où quatre femmes nues et huilées, vaguement sirènes, se contorsionnent au sol au milieu de centaines de verres à pied ébréchés. Une musique aquatique, semblant venir des profondeurs marines, se superpose aux entrechoquements cristallins des verres, à chaque mouvement des interprètes. Il y a du verre cassé et des peaux nues : cela aurait pu pousser très loin la tension en termes de contraste et de blessure potentielle. Au lieu de cela, on assiste à une lente progression lascive et excessivement esthétisante. C’est joli. Mais déjà vu. L’œuvre ne nous atteint pas, comme s’il lui manquait une dimension, une perspective. S’inscrivant dans une recherche plus large sur le thème de la nudité féminine et de la vulnérabilité du corps, peut‑être faudrait‑il replacer ce fragment dans la série qui lui est consacré pour en trouver toute la pertinence…

La soirée se poursuit avec un solo, Laisser venir, chorégraphié par Éléonore Didier et interprété par Karol Tyminski. Une danse décalée entre un homme et un escabeau, qui ne sera jamais utilisé dans sa fonction initiale. Scénographie dépouillée jusqu’à l’austère pour une succession de mouvements presque sans âme, sans le soutien d’une musique ou d’une création lumière particulière, cette danse laisse le spectateur sur sa faim. Certaines situations prêtent à sourire. L’interprète n’est pas dénué d’autodérision et sa sortie finale est, par exemple, une trouvaille assez amusante. Mais, là aussi, on aurait aimé plus, bien plus que ce qui ne semble qu’un avant‑propos.

Re : Montre-moi (ta) Pina, est la reprise d’une commande autour de Pina Bausch. Une drôle d’œuvre lubrique et désinhibée, autour d’une chanteuse de cabaret à la voix éraillée et de ses deux hommes‑objets. Après l’ascétisme des deux premières propositions de la soirée, cette forme où germe la folie et l’irrévérencieux est un vrai bonheur, une petite trouvaille d’humour et de non‑sens. Les interprètes s’en donnent à cœur joie dans un show jouant sur les codes d’un glamour fatigué virant au vulgaire, autour d’une star sur la fin qui aurait filé ses collants et fait couler son maquillage. Une star qui aurait trop fumé, trop bu, trop pris les scintillements de pacotille pour des diamants. C’est drôle et pathétique comme une étoile qui vieillit sans trop se prendre au sérieux.

S’autoproclamer chanteuse

La suite de la soirée est musicale, avec l’enchaînement d’une proposition expérimentale et d’un concert de jazz. Il ne suffit pas d’être une muse pour s’autoproclamer chanteuse : Joana Preiss en fait l’expérience douloureuse dans ce qui se voulait un duo lyrique et n’est qu’un récital sonnant faux. Les vocalises qu’elle propose dans Hiroyuki ont certes une jolie fragilité, mais ils dénotent surtout d’une voix non maîtrisée, sans technique ni justesse. On croit assister à une improvisation sous acide, en forme de bad trip plus que de coup de génie. Les crissements métalliques du guitariste qui l’accompagne n’arrangent rien à l’histoire. S’ils veulent rappeler les sonorités japonaises, ils le font d’avantage sous les traits d’une caricature qu’avec subtilité. Dans le silence suivant la chute d’une chanson, un homme dans le public crie « C’est nul ! » avant de quitter son siège. L’hémorragie se fait tout de suite sentir, et c’est par rangées entières que le public rejoindra progressivement le bar. Les rangs clairsemés applaudissent par politesse, raides sur leurs sièges, gênés pour les deux artistes en plein fiasco. Joana Preiss essuie discrètement une larme, on est mal.

guillaume-perret-615 dr

Guillaume Perret & The Electric Epic | © D.R.

Heureusement, un autre groupe occupe vite la scène, faisant sobrement oublier cet échec en offrant un beau moment de jazz sous influences hybrides. Guillaume Perret & The Electric Epic est un groupe au son puissant, plein de trouvailles et de virtuosité. Le groupe se paye le luxe d’une Kaori Ito en guest, venant collaborer sur un morceau pour une danse désarticulée et ondulatoire autour de la figure de Circée. La danseuse arrive par reptations au sol, au son d’une étrange musique ininterrompue, pour venir s’enrouler autour du leader du groupe. Envoûtant final.

Cinq œuvres, cinq ambiances, dont certaines assez maladroites, ont ainsi habité la scène de Vanves le temps d’une soirée. Sans enthousiasme fou, mais sans tout jeter non plus d’emblée, on ressort mitigé face à des propositions inégales et sans réel fil conducteur. Mais l’on garde en mémoire de beaux instants faits de proposition excentrées et excentriques. L’honneur est sauf. 

Aurore Krol


Broken Glass, de United-C

Création artistique : Maarten Van der Put et Pauline Roelants

Mise en scène et concept : Maarten Van der Put

Musique : Ralph Timmermans

Créé avec et dansé par : Charlotte Goesaert, Hanne Schillemans, Marleen Kleinstapel, Diane Gemsch

Direction technique : Rick Hendriks, Raoul Baeten

Lumière : Maarten Van der Put et Rick Hendriks

Production United-C

Assistance générale : Judith Teunissen

Diffusion internationale : Line Rousseau – A Propic

Laisser venir, d’Éléonore Didier

Interprétation : Karol Tyminski

Re : Montre-moi (ta) Pina, de Cédric Charron
et Annabelle Chambon

Créé en collaboration avec : Gael Depauw, Kurt Vandendriessche

Interprétation : Cédric Charron, Gael Depauw, Kurt Vandendriessche

Hiroyuki, de Joana Preiss et Frédéric Danos

Chant : Joana Preiss

Guitare : Frédéric Danos

Sonorisation : Erik Minkkinen

Guillaume Perret & The Electric Epic

Basse électrique et effets : Philippe Bussonnet

Saxophones amplifiés, effets, composition : Guillaume Perret

Batterie, sampler : Yoann Serra

Guitare, effets, voix : Jim Grandcamp

Avec la participation de : Kaori Ito

http://www.theatre-vanves.fr/artdanthe.php

Théâtre de Vanves • 12, rue Sadi-Carnot • 92170 Vanves

Réservations : 01 41 33 92 91

billetterie@ville-vanves.fr

Samedi 31 mars 2012 dès 19 h 30

18 € | 13 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher