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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 14:30

Hymne à l’acteur


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


« Artaud-Barrault » annonce une confrontation, pour le moins un dialogue. Le sous-titre, « Lettres et souvenirs croisés » évoque davantage quelque chose de plus intimiste… Avec Stanislas Roquette comme acteur unique, Denis Guénoun nous propulse au cœur du théâtre et du paradoxe du comédien.

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« Artaud-Barrault » | © Clara Gay-Bellile

Ce spectacle fait suite à Qu’est-ce que le temps ?, une mise en jeu du livre XI des Confessions de saint Augustin par le même metteur en scène et le même interprète. La raison n’est sans doute pas à chercher dans le registre économique : Qu’est-ce que le temps ? et Artaud-Barrault, malgré toutes les différences, en termes d’écriture, d’époque, de références, qui sautent aux yeux, semblent programmés dans un même élan, une même réflexion sur l’art de l’acteur…

Cette fois-ci, le sujet s’y prête de manière évidente : l’auteur du Théâtre et son double et le metteur en scène de Genet, Beckett ou Ionesco partagent la même passion du théâtre. Tous deux furent des praticiens et des théoriciens de l’art dramatique. Mais ce n’est pas là-dessus que se porte le regard de Denis Guénoun. Plutôt sur un registre plus intime et plus inattendu. Artaud et Barrault furent amis. Une correspondance de dix lettres étalées sur dix ans en témoigne. Une correspondance à sens unique qui raconte une amitié trahie, l’irrémédiable séparation à l’œuvre entre deux hommes que tout opposait sauf l’estime qu’ils se portaient.

Le sage et le fou

Le spectacle est conçu en deux parties indépendantes et distinctes : la première est la retransmission sur écran d’un montage sur Jean-Louis Barrault. Qui met en évidence le côté léger, solaire (ou lunaire d’ailleurs), joyeux et fragile du grand comédien. Elle ne prendra sens qu’au vu de la seconde partie. Celle-ci met en scène sur un plateau tendu de noir Stanislas Roquette qui sera à lui seul Barrault, Artaud, divers personnages dont Charlemagne et un cheval… Mais surtout Artaud, l’écorché dans son incontrôlable descente aux enfers. Là où Barrault ne pourra pas le suivre, là d’où le poète halluciné attend, espère, appelle son ami qui ne viendra pas. Artaud l’obscur… vu, ressenti, présenté par un Barrault qui assiste, impuissant et de loin, à cette fuite au bout du monde, puis à l’expérience, violente, du délire et de l’asile.

Dans cette seconde partie, rien d’autre qu’une correspondance, donc. Une correspondance perçue par celui qui la lit et qui imagine. Et qui nous est restituée, à nous spectateurs, comme si Stanislas Roquette, à la présence incandescente, était à la fois l’un et l’autre, l’un imaginé par l’autre. Quand Artaud raconte ses démêlés avec le théâtre, la critique, le public, Stanislas Roquette brûle la scène de cette tragédie. Quand Barrault invente une mise en scène, l’interprète reprend le rôle du grand comédien, devenant dans le même moment le mort, la mère et le cheval qui tire le corbillard… On a le sentiment qu’il est vraiment chaque personnage, dans chaque personnage, sans distance aucune, sans pourtant que cela l’empêche d’être un autre… Cette expérience, outre qu’elle est puissante, est tout à fait singulière pour le spectateur. Tout autant que du texte, que porte magnifiquement le comédien, tout autant que des hommes qui se livrent dans ces lettres et ces fragments, elle nous parle du corps de l’acteur, de sa présence qui délimite un espace scénique et discursif. Dit ainsi, cela peut sembler théorique et pourtant, il s’agit d’abord pour le spectateur d’une expérience sensible et émotionnelle. 

Trina Mounier


Artaud-Barrault, conception de Denis Guenoun

Mise en scène : Denis Guénoun

Interprétation : Stanislas Roquette

Du mardi 26 au samedi 30 mars 2013 à 20 heures

Durée : 1 h 30

Le spectacle est précédé d’un montage d’images, Jean-Louis Barrault, une vie sur scène, réalisé à partir d’images des archives de l’I.N.A. et des Grands Films classiques

Montage : Marie Déroudille

Production : Artépo

Avec le soutien de l’I.N.A., la Fondation Pierre-Bergé, la Fondation d’entreprise La Poste

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne cedex

Réservations : 04 78 03 30 00

www.tnp-villeurbanne.com

– Métro : ligne A, arrêt Gratte-Ciel

– Bus : C3, arrêt Paul-Verlaine ; bus lignes 27, 69 et C26, arrêt Mairie-de-Villeurbanne

– Voiture : prendre le cours Émile-Zola jusqu’aux Gratte-Ciel, suivre la direction hôtel de ville

Par le périphérique, sortie Villeurbanne-Cusset / Gratte-Ciel

24 € | 18 € | 13 € | 8 €

Artaud-Barrault a été créé le 11 octobre 2010 au Théâtre Marigny dans le cadre du centenaire de Jean-Louis Barrault.

Coordination : Marie-Françoise George

Une conversation avec le comédien et le metteur en scène suit chaque représentation.

Le spectacle est programmé avec Qu’est-ce que le temps ?

Dans ces deux spectacles, la collaboration entre Denis Guénoun et Stanislas Roquette tente d’explorer les ressources les plus intimes et dynamiques du jeu d’un acteur aux prises avec de très grands textes et avec l’écriture du corps dans l’espace.

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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