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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 00:03

Désolants clichés

 

Dans le très sympathique Théâtre du Petit-Hébertot, le maître des lieux Xavier Jaillard présente « Après l’incendie », une pièce qu’il a écrite et qu’il interprète aux côtés de Patrick Préjean. Cet intéressant dialogue entre Sénèque et saint Paul, qui se veut un « thriller philosophique », est hélas bien loin de déclencher l’enthousiasme.

 

Xavier Jaillard choisit d’ancrer historiquement sa nouvelle pièce en l’an 64 après Jésus-Christ, au lendemain de l’incendie qui a ravagé Rome. L’empereur Néron lui-même est suspecté de cet acte de folie, mais il rejette catégoriquement l’accusation sur une « secte » étrange et dissidente qui vient de naître : les chrétiens. D’un côté, nous voyons Paul de Tarse, grand voyageur prosélyte et porte-parole des chrétiens, jeté en prison à Rome à cause de cette fonction : tout en lui respire la pauvreté choisie et l’amour de Dieu. De l’autre côté, c’est Sénèque, déjà célèbre écrivain, philosophe stoïcien, et homme politique influent récemment en disgrâce, venant visiter Paul dans sa cellule. S’ensuit une joute verbale idéologique et philosophique, avec la décadence de l’Empire romain en arrière-plan… Que va-t-il résulter de cette lutte intellectuelle entre la quête philosophique de l’un et l’évidence de la foi révélée de l’autre ?

 

© Lot

 

Eh bien, pas grand-chose, justement. L’auteur maîtrise admirablement son sujet, et on révise avec plaisir des notions d’histoire, de religion et de philosophie vues en classe. Mais il faut vraiment s’intéresser à cette période et à cette problématique de la naissance de l’Église catholique (c’est heureusement mon cas) pour ne pas glisser lentement vers le sommeil. Xavier Lemaire signe sans doute ici une de ses moins bonnes mises en scène puisqu’elle est inexistante : les acteurs ne font que tourner en rond sur cette petite scène. Patrick Préjean incarne un saint Paul convaincant, encore un peu illuminé de son flash sur la route de Damas où il reçut la révélation de la vérité du Christ. Mais il se complaît malheureusement dans de récurrents regards au loin face public. Les deux acteurs adoptent des postures théâtrales, des gestes grandiloquents… La mise en scène s’engouffre en fait tête baissée dans les quelques clichés du texte que Xavier Jaillard n’a pu éviter.

 

Le pire est peut-être la scénographie : deux faux rochers, un escalier en bois qui veut paraître en pierre, une chaîne accrochée au mur… tous les clichés de la cellule sont réunis. Le décor sent insupportablement le carton-pâte, et les costumes d’époque mettent un comble au stéréotype et sentent, eux, le neuf d’une façon terrible. Sénèque/Jaillard ne cesse d’ailleurs pendant tout le spectacle de remettre en place sa toge, qui lui est trop grande. On croit rêver, mais non : au xxie siècle, certains scénographes peuvent encore créer ce genre de choses ! Ce pseudo-réalisme de pacotille nous empêche complètement d’entrer dans la pièce. Ajoutez à cela des lumières mal réglées – inimaginable à ce niveau de professionnalisme – et le fait que les acteurs, ce soir-là, ont très fréquemment écorché les mots, que reste-t-il alors dans les ruines de cet incendie théâtral ? Une seule chose en fait : le texte, aux réelles qualités littéraires et historiques. Et comme il est en vente au théâtre, on pourrait peut-être l’acheter pour le lire chez soi, et s’éviter ainsi la vision d’un spectacle à l’esthétique ridiculement démodée, qui semble tout droit sorti des années 1960. La force du sujet méritait d’être beaucoup mieux servie. Souvenons-nous donc au moins de cette citation de saint Paul : « Ne regardons pas les choses qui se voient, mais celles qui ne se voient pas. Les choses visibles, en effet, n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles. ». 

 

Emmanuel Arnault

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Après l’incendie, saint Paul et Sénèque, de Xavier Jaillard

Production : A.C.T.E. (Association pour la création théâtrale européenne) • 45, rue Aristide-Briand • 92300 Levallois-Perret

01 55 63 91 78

www.petithebertot.fr

contact@theatracte.fr

Mise en scène : Xavier Lemaire

Avec : Patrick Préjean et Xavier Jaillard

Décor et costumes : Caroline Mexme

Lumières : Stéphane Baquet

Musique : Frédéric Jaillard

Théâtre du Petit-Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 55 63 96 06

À partir du 8 octobre 2009 à 21 heures, du mardi au samedi ; dimanche à 16 h 30

Durée : 1 h 30

25 € | 20 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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