Dimanche 22 août 2010 7 22 /08 /Août /2010 22:03

Marie-Laure Sénoville, « woman » sagace dopée à l’amour noir

 

Tremplin pour les humoristes de talent, la Comédie des Trois-Bornes programme en soirée un one-woman-show caustique : « Appelle-moi madame ». Marie-Laure Sénoville, « Madame » à l’humour noir, inspirée par Zouc, enlève, espiègle, cette galerie de portraits de femmes.

 

marie-laure-senoville-500 alain-briant Dans le spectacle de Marie-Laure, c’est Miraaaandâ qui chapeaute tout. Miranda fut l’égérie des matelas Moultex et l’amante de Roth Cambell. Miranda, la pétasse blonde refaite par l’éminent professeur brésilien Chico Favelas, incarne le personnage principal de l’Autoroute du désir. Car non contente d’être dramaturge, comédienne, metteuse en scène… cracheuse de feu et saltimbanque, Marie-Laure Sénoville, regard inspiré derrière des lunettes improbables et son air de Prix Nobel (non mais ! elle passe chez France Clôture, môssieur ; comprenez qu’on l’appelle madame), écrit aussi des romans. Elle pisse la copie à l’eau de rose. À côté, les Feux de l’amour c’est du Heidegger. Deux de ses trucs pour réussir : la productivité et la vacuité, n’avoir surtout rien à dire mais tout le temps. D’autres conseils pour devenir populaire ? Il faudra attendre la fin du spectacle pour apprendre comment vendre de la merde aux éditions Stuck.

 

La Sénoville, écrivain sur France Clôture, plus grande essayiste du monde (comprendre celle qui a essayé le plus sans aucune réussite), ramollie du cerveau et déroulée du bobineau, à la lisière du néant, c’est évidemment du Marie-Laure Sénoville au carré, nourrie d’autodérision donc, jouant à être ce qu’elle n’est pas : une visionnaire de la banalité. Car cette humoriste sagace, inspirée par Zouc, dresse une galerie de portraits de femmes dénuée de toute vulgarité, sensible et caustique.

 

Dans un simple tailleur, cravatée de guingois d’un tissu à pois, Marie-Laure Sénoville interprète avec une compassion amusée, piquante et jamais méchante, ces personnages tordus, pêchés au coin du quotidien. Dans son univers repeint à « l’amour noir », court Muguette, sœur échappée du couvent parce qu’in love with père Bernard et que la solitude ça l’emmerde ; boit une alcoolique irascible, jalouse de sa sœur ; rôde une petite cochonne prépubère, coiffée d’un serre-tête à oreilles de lapin : Peggy. Peggy n’est qu’Ingénuité. Mais, sous ses airs d’ado sage, avec son accent à la Birkin, Peggy pratique l’échange. Et elle a encore du mal avec le fist-fucking, qu’elle a appris dans les movies

 

Peggy est comme un modèle pour tous les personnages d’Appelle-moi madame, qui sont ainsi faits : prendre un « type » banal, le pousser au comble de l’excès, le grossir ; jouer ces « paroxysmes nerveux » avec liberté, sans arrière-pensée ou ironie ; bref, faire la part belle à « l’inconsistance de l’être », un leitmotiv (philosophique) du show.

 

Le texte pourrait encore être musclé et le rythme parfois plus soutenu ? Marie-Laure Sénoville s’y attelle. Elle ne cesse de perfectionner ses répliques, de définir ses personnages, de faire évoluer son jeu… Un ou deux portraits en sus nous combleraient ? Entendu. Mais crotte, zut… bite-couille-merde-chier (copyright sœur Muguette), ce sont là broutillo-pacotilles, car le charisme, la sympathie et l’élégance de cette comédienne balayent toute réticence et promettent à ce qui est déjà un succès – salle petite mais comble – un bel avenir. Alors on se lève tous pour Miranda, Peggy et Muguette, on est prié d’aller se gondoler aux Trois Bornes et d’applaudir celle qu’on appelle madame, la woman sagace dopée à l’amour noir : Marie-Laure Sénoville. 

 

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Appelle-moi madame, de Marie-Laure Sénoville

Step Prod

http://www.stepprod.com/bienvenue_sur_la_page_daccueil.ws

Mise en scène : Marie-Laure Sénoville avec la complicité de Rotem Jackman

Avec : Marie-Laure Sénoville

Photo : © Alain Briant

Comédie des Trois-Bornes • 32, rue des Trois-Bornes • 75011 Paris

Réservations : 01 43 57 68 29

Du 7 juillet au 28 août 2010 à 20 h 15, du mercredi au samedi

Durée : 1 h 10

16 € | 8 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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