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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Une « Étoile » difficile à faire briller
Karine Dedeurwaerder adapte un opéra-bouffe de Chabrier. Le concept : interpréter à elle toute seule tous les personnages, accompagnée d’un piano. Un enthousiasme évident, mais un résultat malgré tout trop minimaliste.
« ApérOpéra » | © Franck Millara
L’opérette a vraiment le vent en poupe à Avignon. Il faut dire que la forme y est particulièrement adaptée : brève et généralement fantaisiste. Ainsi, dans ce Off 2012, on trouve du Bizet, de l’Offenbach… et du Chabrier. Un compositeur français de la fin du xixe siècle, dont l’Étoile était considérée par le compositeur Vincent d’Indy comme un chef‑d’œuvre du calibre du Barbier de Séville.
Le projet du spectacle consiste donc à faire interpréter tous les rôles (hommes compris) par une seule chanteuse. Et on ajoute : avec un accompagnement des plus réduits (un piano) et une scénographie pour ainsi dire inexistante (quelques jeux de lumière et un fauteuil). Or, ce dispositif montre rapidement ses limites. Avec sa seule voix et ses jeux de scène d’ailleurs un peu limités (elle passe son temps à remonter ses bretelles), Karine Dedeurwaerder se démène joliment, mais cela ne suffit pas toujours à exposer l’histoire de façon suffisamment intelligible. On ne sait parfois plus qui est qui, et où l’on en est de l’intrigue. Une intrigue des plus débridées, d’ailleurs ! Qu’il suffise de mentionner le nom des principaux protagonistes : le Roi Ouf Ier, la Princesse Laoula et ses amis Hérisson, Tapioca et Aloès…
La mise en scène laisse la chanteuse bien seule
La mise en scène laisse donc la chanteuse-comédienne bien seule, quoi que très bien accompagnée par sa pianiste Louise Akili. Il est vraiment difficile de faire vivre des personnages et des situations de façon satisfaisante avec si peu de moyens – à moins d’être un spécialiste du genre comme le comédien-caméléon Patrick Robine qui, sans un seul accessoire, avec ses seuls mots et ses jeux de scène invraisemblables, crée de véritables épopées langagières complètement déjantées.
Mais on sent parfois tout ce que cette musique a de loufoque, et ce que pourrait donner une mise en scène plus complète, par exemple dans la scène décrivant le supplice que le roi fou entend administrer à l’un de ses sujets. « Le pal est de tous les supplices le principal… » Ce « chœur du pal » a d’ailleurs été écrit par rien de moins que Paul Verlaine. Hélas, ces moments sont trop rares pour soutenir l’attention pendant une heure vingt. Du côté du chant, Karine Dedeurwaerder s’en sort assez bien dans tous ses personnages malgré des aigus parfois un peu justes. Sa voix s’améliore au fil du spectacle, et on la sent plus à l’aise dans le registre plus grave. Enfin, on peut comprendre que cette performance vocale exigeante nécessite un court entracte pour la chanteuse, mais le spectateur, lui, ne ressent pas ce besoin, et ce moment contribue plutôt à disperser l’attention. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
ApérOpéra, de Karine Dedeurwaerder d’après l’Étoile d’Emmanuel Chabrier
Compagnie Les Gosses • 246, chemin de Huys • 80650 Vignacourt
06 88 27 41 87 11
Mise en scène : Lucile Werkin et Stéphane Piasentin
Avec : Karine Dedeurwaerder et Louise Akili
Les Ateliers d’Amphoux • 10, rue d’Amphoux • 84000 Avignon
www.theatre-amphoux-avignon.com
Réservations : 04 90 86 17 12
Du 7 au 28 juillet 2012 à 18 h 15, relâche le lundi
Durée : 1 h 20
15 € | 10 € | 5 €
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