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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 19:16

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Prof, métier d’avenir
à Avignon

 

Envie de briller dans les salons à votre retour d’Avignon ? Épatez votre famille et vos amis grâce à la « Leçon de jazz » d’Antoine Hervé.

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« Antoine Hervé, la leçon de jazz d’un pianiste débridé »

© Pierre Paturle

Les spectateurs adorent être pris par la main. S’en remettre à un expert savant autant qu’aimable, et se dire qu’on se sera diverti tout en s’instruisant. Telle est la recette des « leçons de jazz » d’Antoine Hervé, pianiste et compositeur de son état. Un parcours brillant, avec notamment deux ans à la tête de l’Orchestre national de jazz, des collaborations avec moult musiciens et chorégraphes, des albums, des D.V.D., des prestations télévisées et radiophoniques, « plus de 100 concerts en France et dans le Monde (sic), devant 40 000 personnes », une chaîne de restaur… euh, non, pas encore. Bref, ce n’est plus un musicien, c’est Superman.

À Avignon, il troque son collant rouge pour la casquette de professeur. Une formule éprouvée, qu’a brillamment mise au goût du jour son compère Jean‑François Zygel pour la musique classique. La recette est simple : prenez un spécialiste qui connaît à fond son sujet. Attention : il doit être savant mais pas rasoir. Prenez aussi un bon sujet, intéressant mais pas trop pointu. Mettez le prof sur une scène et adjoignez‑lui de quoi mener à bien sa démonstration : instrument, orchestre, bande‑son… Le cours devra avoir un aspect interactif et non pas magistral. Prévoyez environ une heure pour un public al dente. Plus, et vous risquez de le retrouver un peu ramolli.

Si c’est pas de la pédagogie, ça !

Tous les ingrédients sont donc réunis pour une bonne leçon. Au‑dessus du piano, une petite caméra filme et chacun peut ainsi voir le mouvement des mains sur le clavier projeté sur un écran. Si c’est pas de la pédagogie, ça ! Mine de rien, on a rarement vu la musique ainsi, de dessus.

Le sujet du jour : Oscar Peterson. Sur un ton décontracté, Hervé distille des éléments techniques, historiques et aussi plus personnels, qui sont autant de clés pour apprécier la musique de cet immense maître du piano jazz. Antoine Hervé revient souvent sur l’influence de la musique classique, et en particulier française, sur le pianiste québécois. Et on est tout ébaubi en entendant en effet la ressemblance frappante entre certains passages de Peterson et d’autres de Debussy. C’est « toute la richesse harmonique du début du xxe siècle » qui transparaît avec évidence en quelques notes.

Encore plus fort : Peterson a été l’élève d’un élève de Liszt ! D’où une certaine filiation. Et Hervé de poursuivre : Peterson, c’est un peu le Liszt du jazz : brillant, d’une virtuosité démoniaque… par opposition à Bill Evans le romantique, l’équivalent de Chopin, mais oui. Et Hervé d’avancer que nous, Français, aurions une préférence pour Evans‑Chopin. On note qu’il faudra vérifier.

Une musique digne d’être écoutée pour elle-même

En tout cas, tout au long de sa causerie (qui semble nettement moins mise en scène que les « leçons » de Jean‑François Zygel), Hervé fait revivre avec aisance la figure tutélaire de Peterson, le seul qui, dans les tournées monstres organisées par le producteur Norman Granz, pouvait se permettre de reprendre les autres musiciens tant il était unanimement respecté. Un musicien qui a participé à ce basculement décisif que connut le jazz au tournant des années 1940 : cette musique jouée pour être dansée devenait maintenant digne d’être écoutée pour elle‑même. Un passage obligé pour tous les styles de musique, comme le rappelle judicieusement Hervé.

Mais ne fait‑il donc que parler ? Non. Contrairement à ces moniteurs de natation qui ne mouillent jamais le petit orteil, il joint le geste à la parole, dans un curieux exercice : au son d’un enregistrement du trio de Peterson en concert, il joue à la note et au quart de croche près la partition du maître par‑dessus le son original. Impressionnant, mais peut‑être un peu vain ? En tout cas, la virtuosité d’Hervé ne fait pas de doute. Mais une petite heure a passé, et la leçon est finie. Merci Doc pour cette parenthèse rafraîchissante comme tout. L’A.J.M.I. * a bien raison : « Le meilleur moyen d’écouter du jazz, c’est d’en voir ! ». 

Céline Doukhan


* Association pour le jazz et la musique improvisée, qui accueille le spectacle à Avignon.

Les Trois Coups ont réalisé fin 2010 un entretien avec Antoine Hervé.

Voir aussi le point de vue d’Antoine Hervé sur le jazz en France.


Antoine Hervé, la leçon de jazz d’un pianiste débridé, de et par Antoine Hervé

www.antoineherve.com

Avec : Antoine Hervé

A.J.M.I. • 4, rue des Escaliers‑Sainte‑Anne • 84000 Avignon

www.jazzalajmi.com

Réservations : 06 06 74 34 20

Du 8 au 28 juillet 2012 à 18 h 30

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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