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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La flamme de Serge Abatucci
Un parc et trois SDF. On cherche Pauly qui se révèle être mort de froid. Un mort qu’on a emmené en ambulance et qu’on cherche à enterrer. J’attendais beaucoup de cette pièce au sujet douloureusement présent et m’avoue déçue. Mais tout s’efface devant le talent de Serge Abatucci.
Une fois soufflées les lumières, une musique mélancolique s’élève et l’écran s’allume : les fameuses décorations lumineuses de Noël célèbres aux États-Unis. On sent le froid et la tristesse de ceux qui ne peuvent partager la fête. Mais le moment s’éternise et l’émotion s’étiole. À cet égard, l’émotion sera souvent mise à mal par l’intrusion de la vidéo. Venons-nous au théâtre pour regarder un écran ?
Ils sont trois. Échoués dans un parc. Les chutes et les douleurs sont différentes. Les séquelles aussi. Anita vient d’Amérique du Sud, a perdu sa mère puis son emploi puis son toit ; Flee, lui, est polonais, attiré par le rêve américain, mythomane lâche et magouilleur ; le dernier, Sacha, est russe, peintre et tombé sous les coups d’une trahison amoureuse.
« Antigone à New York » | © Joël Henry
Si les deux premiers sont interprétés par des comédiens un peu ternes, le dernier (Serge Abatucci) est un miracle. Dès qu’il entre en lice, une flamme réchauffe la scène restée froide. Sa belle voix grave et sa présence, la précision charnue de son jeu, emportent mon adhésion. Bien que martiniquais comme ses deux confrères, j’ai bien cru qu’il était Sacha, juif russe émigré de Moscou, accroc à la gnôle. Je me souviendrai longtemps de sa réplique, donnée sur une chanson célèbre de Vladimir Vyssotski, le chanteur à la voix de bois brut.
L’histoire de nos SDF est souvent interrompue par une voix off, celle d’une sorte de procureur ou de préfet de police qui parle des solutions au « problème des SDF ». Légèrement cyniques, ces intermèdes se voudraient un regard politique sur les choses, mais le manque de précision dans l’écriture rend le propos flou, un peu brouillon.
De son côté, la mise en scène très simple pèche elle aussi par manque de netteté. Quelle est cette drôle de structure sous le Caddie d’Anita ? Pourquoi, d’ailleurs, occupe-t-elle cette place et pas une autre ? J’ai senti un manque d’existence physique des espaces et des lieux. Hormis ce banc sur lequel était assis Sacha et qui, par le jeu de Serge, prenait réellement corps, devenait tangible. Je ne m’interrogeais plus alors sur ce qui occupait son morceau de plateau, tout semblait relever d’une belle et vivante exigence. ¶
Lise Facchin
Les Trois Coups
Antigone à New-York, de Janusz Glowacki
Mise en scène : Ewlyne Guillaume
Assistant à la mise en scène : Michel Bourgade
Avec : Ewlyne Guillaume, Serge Abatucci, Hervé Deluge
Décors : Dominique Guesdon, Frédéric Belleuney
Design sonore et création vidéo : Joël Henry
Lumières : Dominique Guesdon
Chapelle du Verbe-Incarné • 21 G, rue des Lices • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 07 42
Du 8 au 31 juillet 2010 à 22 h 10
Durée : 1 h 15
16 € | 11 €
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