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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Sophie Bonduelle fait vibrer ses cordes,
mais pas nos cœurs…
La musicienne-comédienne Sophie Bonduelle nous promettait un « spectacle humoristique et musical » dans un seul-en-scène en compagnie de sa harpe. La banalité démodée du titre ne vous inspire pas ? Vous avez raison : « Angela for ever » est malheureusement à ranger dans les tiroirs obscurs de l’oubli, réservés aux spectacles ratés…
L’Essaïon est un espace atypique et chaleureux, avec deux petites salles dans de très belles caves aménagées. Se servant de ce décor naturel de vieilles pierres, la
scénographie se permet d’être… inexistante. Une très belle harpe et un tabouret se dressent au centre. Un petit paravent côté cour cache quelques accessoires et sert de support à un gong, dont
la présence constante (et la présence tout court d’ailleurs) est complètement inutile. Sophie Bonduelle entre en scène dans un costume rouge orangé flamboyant. Des yeux malicieux et un immense
sourire éclairent son visage. Elle commence une chanson d’amour sur les cordes de sa harpe. Puis, comme si elle se rendait compte avec surprise de notre présence, elle cesse de chanter et
entame le dialogue, nous racontant l’histoire de sa vie et celle de son instrument, agrémentée de quelques morceaux.
L’auteure Michèle Ressi nous a concocté un texte qui présente peu d’intérêt. C’est en effet une succession de clichés et de platitudes, ponctuée de quelques clins d’œils réussis au monde des conservatoires et de la musique. En tout cas, la protagoniste ne fait que nous raconter sa vie, qui n’a rien de bien extraordinaire. Surtout, elle dialogue continuellement avec sa harpe nommée Angela, ce qui est d’abord ridicule, puis devient fastidieux, et finit par être horripilant.
Les quelques morceaux de musique offrent de très belles parenthèses, mais, même là, le choix des airs est réducteur et manque cruellement d’originalité. On ne trouve en effet que des thèmes classiques de Mozart, Haendel ou Bach, qui réduisent le génie de ces compositeurs à ces ritournelles que tout le monde a dans la tête. Cela devrait d’ailleurs confirmer les a priori négatifs sur la musique classique qu’ont les jeunes (d’ailleurs complètement absents de la salle ce soir-là).
Le metteur en scène Jean-Paul Rolin est à l’origine des succès mérités de superbes spectacles musicaux, comme ceux du célèbre Quatuor ou encore l’Ombre-orchestre avec Xavier Mortimer. De façon incompréhensible, il n’assure même pas le service minimum pour Angela for ever tant son travail est presque inexistant ici et donne l’impression que la comédienne est en roue libre : elle se contente d’être plantée devant sa harpe ou d’en faire le tour. Et ce sentiment de ridicule atteint des sommets au moment où la musicienne « se marie » avec sa harpe en lui accrochant un voile de mariée et en se coiffant elle-même d’un haut-de-forme. À la fin du spectacle, l’actrice se transforme peu à peu en un automate, au son d’une petite boîte à musique. Cette image finale, certes poétique, est en plus, me semble-t-il, un terrible contresens du metteur en scène, car la protagoniste a passé toute la durée du spectacle à revendiquer la beauté de son art et sa liberté de création et de pensée… Cette erreur commise au nom d’une pseudo-idée poétique de mise en scène a conforté notre agacement devant ce travail bâclé.
Sophie Bonduelle est une très bonne harpiste, une bonne chanteuse, et une comédienne médiocre. On le remarque particulièrement quand elle essaye de composer des personnages différents. Est-il besoin de le préciser, ce spectacle censé être humoristique n’a rien de vraiment drôle. Si l’on peut certainement sourire une fois ou deux, il n’y a pas de quoi déclencher les rires forcés qui n’ont cessé de retentir en ce soir de première, dans une salle sans doute remplie d’amis et de connaissances. Manque de naturel, manque de mise en scène, manque d’originalité, manque de rythme, manque d’intérêt… Le spectacle a beau ne durer qu’une petite heure, il réussit l’exploit de nous ennuyer. Sophie la harpiste fait vibrer ses cordes, mais pas nos cœurs… ¶
Emmanuel Arnault
Les Trois Coups
Angela for ever, de Michèle Ressi
Compagnie des Deux-Ailes • 13, rue Pascal • 78300 Poissy
01 39 65 12 40
Mise en scène : Jean-Paul Rolin
Avec : Sophie Bonduelle
Théâtre de l’Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
Du 4 au 26 novembre 2009, les mercredi et jeudi, à 20 heures
Du 2 décembre 2009 au 23 janvier 2010, du mercredi au samedi, à 20 heures
Durée : 1 heure
20 € | 15 €
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