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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Une joyeuse comédie villageoise
La pièce à l’auteur collectif mais célèbre revient à Avignon pour le plus grand plaisir des spectateurs : promesses tenues.
« André le Magnifique » | © Bernard‑Michel Palazon
On se souvient du bruit fait, en 1997, lors de la création d’André le Magnifique, la pièce qui avait eu pour parents Isabelle Candelier, Rémi De Vos, Loïc Houdré, Patrick Ligardes, Denis Podalydès et Michel Vuillermoz, excusez du peu. L’année suivante, elle cumulait les succès aux molières : Meilleur Spectacle de création, Meilleure Pièce comique, Révélation théâtrale féminine pour Isabelle Candelier, Révélation théâtrale masculine pour Michel Vuillermoz et même Meilleur Auteur, quand on aime on ne compte pas… Après avoir été portée au cinéma avec le même succès, la voici, reprise par les Cies Aurore et Passage à l’acte, cette dernière créée en 2003 par Sébastien Bernard.
Cette chronique villageoise nous raconte comment Alexis Ader, le maire de Vigoulet, essaie de sauver le théâtre de la commune fermé depuis des lustres et menacé de destruction. Pour cela, il a imaginé de faire jouer par les habitants une pièce de sa composition, le Chevalier Sainte‑Germaine. Sa femme, Jeannine, jouera l’épouse du preux chevalier, et pour incarner le chevalier lui‑même, il a fait appel à Jean‑Pascal Faix, un acteur professionnel parisien sur le retour. Norbert, un factotum, s’occupera des décors, des costumes et de la régie. Quant à André, le jardinier municipal, un vieux garçon un peu simplet et confit dans sa dévotion à la Vierge, il gardera le théâtre et fera le souffleur. La pièce commence quand on attend l’arrivée de l’acteur parisien qui est en retard…
Une réelle part d’humanité
À la lecture de ce résumé on pourrait craindre une énième pièce sur le théâtre dans le théâtre et une pochade sans intérêt avec des personnages caricaturaux. Jean‑Pascal Faix (interprété par Claude Laucournet, qui n’allège pas le rôle) peut encourir ce reproche avec son égoïsme forcené, son cynisme et la bonne conscience de sa pseudo-supériorité de Parisien et de comédien professionnel. Tous les autres personnages ont une réelle part d’humanité, qui les rend touchants sans cesser d’être drôles.
La mise en scène de Sébastien Bernard est nerveuse, rythmée, comme il convient à une comédie. Avec la scénographie, elle donne chair à ces situations que chacun connaît où la bonne volonté, la générosité, tentent de suppléer la compétence, ce qui est souvent le lot de la culture dans ces lieux qu’on dit pudiquement déshérités. La troupe, homogène, enlève prestement un texte efficace mais sans prétention. Nous voudrions cependant distinguer Donatien Mousset, interprète d’André Lagachique. Drôle et touchant dans son rôle de jardinier bien gentil, il se métamorphose sous nos yeux quand on lui confie l’interprétation de Sainte‑Germaine : éternelle magie du théâtre !
Voici une pièce au comique de bon aloi qui vous fera passer un très agréable moment, tout en vous laissant deviner un arrière‑plan culturel et sociologique qui lui évite d’être une simple pochade. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
André le Magnifique, par un collectif d’auteurs
Cies Aurore et Passage à l’acte
Mise en scène : Sébastien Bernard
Avec : Delphine Atlan, Thierry Diez, Claude Laucournet, Donatien Mousset et Hervé Tridon
Décor et lumière : Sébastien Bernard
Théâtre de l’Étincelle • 14, place des Études • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 43 91
Du 7 au 28 juillet 2012 à 12 heures
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