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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 13:37

Nostalgie de l’Andalousie heureuse


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Dans le cadre de son programme « Divas du monde », l’Opéra de Rennes (Ille-et-Vilaine) propose des chants de l’Andalousie musulmane, juive et chrétienne. Un tel programme est une gageure. Puisse-t-il être aussi un ferment d’espoir !

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« Andaloussyat » | © D. R.

En présentant Andaloussyat, l’esprit de Grenade, Alain Surrans, le directeur de l’Opéra de Rennes, disait son émotion. Une émotion née de sa découverte de la musique classique arabe, à Fès, il y a trente ans, grâce à feu Hadj Abdelkrim Raïss. Née aussi de voir rassemblés, sur la scène de l’Opéra, des musiciens de l’Orchestre arabo-andalou de Fès, sous la direction de Mohamed Briouel, un disciple d’Hadj Abdlekrim Raïss, et Françoise Atlan, chanteuse d’origine juive sépharade qui met son talent au service des musiques judéo-espagnoles et judéo-arabes, après avoir été première soliste de l’Ensemble Musicatreize de 1987 à 1989. Ce programme illustre en effet la communauté d’inspiration musicale qui anime la musique classique arabe, l’esprit chrétien espagnol et le chant judéo-espagnol.

Sept musiciens de l’Orchestre arabo-andalou de Fès en tenue traditionnelle entourent Françoise Atlan. Le programme commence par des extraits de trois noubas marocaines. Une nouba (nûbat) désigne une séance musicale mêlant des parties instrumentales et vocales. La première, rapide, est purement instrumentale et met en valeur la virtuosité de Driss Berrada (oud). La seconde, mixte, est plus lente, quasi langoureuse. Elle met en valeur la voix de Françoise Atlan, d’une grande douceur, et comporte un passage plaintif très mélodieux au violon. La troisième, à la tonalité plutôt gaie, a l’allure d’un chant choral. On voit la variété du genre.

La deuxième partie du programme enchaîne, comme dans un même mouvement, deux ou trois pièces empruntées aux Cantigas de Santa Maria, à des chants arabo-andalous, hébraïques et judéo-espagnols. Ce procédé met parfaitement en évidence la communauté d’inspiration musicale qui traverse les trois traditions.

Un beau moment d’émotion

On voit ainsi unis Rosa das rosas (Cantigas de Santa Maria, 10), Morena me llaman, yo blanca naci (chant judéo-espagnol de Tétouan) et Ya Malih (un extrait de la nouba al-Hijaz al-Msharqî). L’esprit ne perçoit pas de franche rupture musicale entre le premier, un cantique à la mélodie très délicate, quasi précieuse, le second qui est un instrumental plutôt joyeux au rythme entraînant et le troisième qui est un poème raffiné.

On continue avec Elohim Sheba Shamain, un chant mystique judéo-espagnol, chanté a cappella par Françoise Atlan successivement en hébreu, en arabe et en judéo-espagnol, qui est suivi par Tahia bikoum koullou arrdi, une improvisation en arabe dans le style de l’École de Grenade. Françoise Atlan y est très discrètement soutenue par les cordes. Et la série s’achève avec Allahou/Hamadavil, un chant mystique dont les couplets alternent l’hébreu et l’arabe.

C’est un beau moment d’émotion de voir Françoise Atlan et Aziz Alami Chentoufi (tar * et chant solo) interpréter, main dans la main, en duo A Santa Maria dadas (Cantigas de Santa Maria, 140). Il en est de même pour l’interprétation en bis d’une formule de salut chantée en tutti successivement en arabe, en hébreu et en judéo-espagnol.

Andaloussyat est un bel exemple des qualités vocales de Françoise Atlan. Sans chercher la puissance d’une chanteuse d’opéra, elle sait mettre au service de son art une voix particulièrement ductile, mélodieuse et apte à rendre toutes les nuances d’une musique subtile. L’orchestre arabo-andalou de Fès brille par sa cohérence et la finesse de son jeu. On y distinguera, outre son chef Mohamed Briouel (violon), Driss Berrada (oud), et Aziz Alami Chentoufi qui a montré ce soir sa capacité à interpréter les trois traditions représentées. Sous l’égide de la musique, les interprètes de ce soir ont révélé ce que pouvait être non seulement une coexistence pacifique, mais une fraternité humaine qu’on aimerait voir se déployer ailleurs. 

Jean-François Picaut


* Tar : instrument de percussion arabo-andalou, une sorte de tambour sur cadre.


Andaloussyat

Avec : Françoise Atlan (chant), Mohamed Briouel (direction et violon), Driss Berrada (oud), Aziz Alami Chentoufi (tar et chant), Mohamed Arabi Gharnate (violon), Mostafa Amri (alto) et Abdessalam Amri (derbouka)

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de-Ville • B.P. 3126, • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 23 62 28 28

Le mercredi 16 avril 2014 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 8 € | 4 € avec la carte « Sortir »

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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