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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Au pays de Sissi, on rit jaune
Rémi De Vos situe « Alpenstock » dans un pays imaginaire qui rappelle irrésistiblement l’Autriche. Comme souvent chez le dramaturge, le couple vit une crise domestique. Mais, comme toujours, les situations les plus tragiques tournent à la comédie la plus délirante. La jeune compagnie Nolens volens s’est déchaînée. Bienvenue au pays des « vrais sentiments, si si, si si ».
Au pays de Sissi, la mythique impératrice, les jeunes femmes sont blondes, portent un tablier à fleurs sur une blouse blanche décolletée à manches ballons. Elles chantonnent le Danube bleu en faisant leur ménage. Grete ne fait pas exception à la règle. Tandis que Fritz, son époux, file au bureau, en costume et chemise cravatée, la serviette avachie à la main, la douce Grete astique toute la journée. Et, quand elle a terminé, elle recommence, car la maison n’est jamais assez propre à ses yeux. Le couple Fritz-Grete, ménage hyper conventionnel, voit sa vie chamboulée par l’arrivée de Yosip Karageorgevitch Assanachu, de nationalité balkano-carpato-transylvanienne. Introuvable sur une carte. Il fait exploser la belle harmonie apparente.
Le couple, parfaitement ridicule, peut faire frémir d’horreur tant il est politiquement incorrect. Lui à la limite du fascisme, elle complètement sous sa coupe. Yosip l’étranger ne vaut guère mieux : un cuistre malotru. Plus désinvolte, on ne fait pas, le mari le chasse par la porte, il revient par la fenêtre. De Vos et ses interprètes réveillent en nous nos tendances inavouables et inavouées. Ça pourrait faire mal, mais on est dans une comédie. On ne peut prendre vraiment au sérieux cette femme esclave de son détergent, ni son mari – son guide idéologique un peu macho, qui la traite comme une simplette. On ne peut pas s’identifier non plus à Yosip, dont les résurrections à répétition tiennent du gag. À qui fera-t-on croire que dans son pays tous les hommes d’une même famille se ressemblent comme des clones et portent le même nom ?
« Alpenstock » | © Cie Nolens volens
Tout au plus rit-on jaune lorsque Fritz parle de « retourner sans cesse à la pureté des origines… les étrangers ne comprennent rien à notre pays ». Cela vous rappelle certainement quelque chose ? Une période noire de notre Histoire pas tellement éloignée. En outre, certaines féministes se sont offusquées de voir la femme réduite aux tâches subalternes du ménage. En chantant de surcroît. Soyons sérieux, tout ceci n’est pas très sérieux. On n’est pas dupe. Oui, il est question de clichés, mais notre société n’en produit-elle pas elle-même ?
La grande réussite de David Lejart-Ruffet, le metteur en scène, est d’avoir misé sur la légèreté. Le texte de Rémi De Vos, ses didascalies, invitent à une lecture sans effet. Tout est dit, parfois de manière exagérée lors des résurrections en cascade de Yosip. Surligner ou surjouer ferait sombrer la pièce dans la caricature ou dans un style café-théâtre médiocre. Ce n’est pas très évident pour les comédiens de ne pas franchir la ligne, de composer leurs personnages ridicules sans être eux-mêmes ridicules. Charlotte Petitat, Antoine Rosenfeld et Pierre-Étienne Royer ont réussi cet exercice périlleux. Ils ne sont pas dupes, eux non plus. Ils profèrent les pires horreurs avec une déconcertante simplicité, qui n’exclut pas la jubilation, le vrai plaisir de jouer. Oh oui, comme le chante Grete, « Ils ont tout pour plaire, comme Curt Jurgens et Romy Schneider ». Prochain rendez-vous avec Rémi De Vos, du 9 au 12 mars 2010, au Théâtre des Treize-Vents, qui reprend un grand succès de 2009, Occident, mis en scène par Dag Jeanneret, avec Stéphanie Marc et Philippe Hottier, éblouissants. ¶
Marie-Christine Harant
Les Trois Coups
Alpenstock, de Rémi De Vos
Compagnie Nolens volens
Mise en scène : David Lejart-Ruffet
Avec : Charlotte Petitat, Antoine Rosenfeld, Pierre-Étienne Royer
Théâtre d’O • rond-point du Château-d’O • 34000 Montpellier
Réservations : 0 800 200 165
2 et 3 février à 19 heures, 4 et 5 février 2010 à 20 h 30
Durée : 1heure
12 € | 8 € | 6 €
Tournée :
– 19 février, Cergy
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