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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 00:01

Pays des merveilles
sans malice


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


Qui ne rêve de rencontrer Alice et son pays des merveilles ? Jean-Philippe Daguerre la met en scène sur le grand plateau du Théâtre des Variétés pour un spectacle qu’il promet enchanteur. Cette « Alice au pays des merveilles » transporte bien la magie de l’histoire de Lewis Carroll, mais elle lui apporte aussi un côté soporifique, dont je ne me souvenais pas.

La petite fille s’endort et rêve. Un lapin blanc pressé passe sous son nez. Elle le suit et découvre un univers où tous les repères sont bousculés : les animaux parlent, la logique devient amorale, la folie et l’absurde sont la norme, on grandit ou rapetisse selon le besoin, on y marche sur la tête ! Alice, l’enfant rebelle, cherche alors quelque chose de raisonnable. Dans ce voyage, au contact des habitants d’un pays dont la loufoquerie est l’emblème, elle confronte son besoin de codes à son aspiration pour un monde plus fantasque. Ainsi, Lewis Carroll invente des personnages uniques qui croisent la route de la fillette, aux caractères têtus et drôles, toujours insaisissables. Ce sont eux, surtout, qui constituent le monde des merveilles, ce monde espiègle et déroutant.

Jean-Philippe Daguerre décide de monter cette histoire à un moment où « le monde [le nôtre] marche sur la tête ». Il souhaite en renouveler la lecture pour nous donner « une bouffée d’optimisme ». Ce conte nous allège effectivement le cœur, mais, pour ce qui est de l’actualisation, je trouve l’adaptation un peu désuète. Pourtant, quelques moyens dits modernes sont mis à contribution : vidéo et mélange des genres (danse, chant, musique, théâtre…).

En ce qui concerne la vidéo, sa présence est, à mon goût, gratuite. Il me semble que l’obligation qu’elle suscite d’avoir constamment un écran au milieu du plateau doit être absolument justifiée. Car cet écran, tout transparent qu’il soit, est là, et on le voit. On le sent, même, comme une fine barrière entre les comédiens et nous. Or, le décor-peinture projeté au départ aurait pu être dessiné sur une toile. D’une autre façon, les variations de taille d’Alice sont symbolisées par des images qui enflent ou diminuent, alors que l’actrice, sur scène, garde sa même mesure. Astucieux, mais la féérie ne vient pas, car les dessins sont trop grossiers. Notre œil est tellement habitué à être leurré par des images criantes de vérité, même lorsqu’il s’agit d’un univers imaginaire, qu’il reconnaît immédiatement une technologie imparfaite.

De même, l’aspect comédie musicale lasse à la longue parce que, comme la vidéo, il ne nous considère pas comme très éveillés. Il manque de force ou de conviction, et les chants ne parviennent pas à nous faire tourner la tête. Ce n’est pas assez fou. Et le comble, pour une approche somme toute consensuelle, est que le fil de l’histoire n’est pas évident à suivre. J’ai demandé leurs impressions aux deux garçons, de sept et huit ans, qui m’accompagnaient, pensant qu’il me serait sans doute utile de recueillir l’opinion de personnes « plus enfants » que moi. Et nous sommes tombés d’accord. Ils m’ont dit « long », d’abord, puis « drôle de façon de nous parler, comme si on ne comprenait rien », ensuite.

Les costumes imaginés par Vidocq, quant à eux, sont fantastiques. Beaux, poétiques, porteurs d’un autre monde, et pratiques ! Quant à ceux qui les portent, Barbara Lamballais, dans son interprétation d’Alice, me paraît un peu mièvre. Mais Virginie Bracq et Cédric Revollon sont très toniques ! Ils réussissent à nous entraîner dans leurs visions. Ils croient au monde qu’ils inventent, à son importance, et ils défendent bec et ongles ce que vivent leurs personnages. Ainsi, la magie opère, et dès que la petite souris (Virginie Bracq) fait son entrée, quelque chose d’autre se passe. Nous voilà silencieux et en attente… mission accomplie pour une menteuse en scène. 

Claire Néel


Alice au pays des merveilles, d’après Lewis Carroll

Adaptation et chansons : Igor de Chaillé, Jean-Philippe Daguerre

Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre

Avec : Virginie Bracq, Clothilde Daniault, Aldo Gilbert, Hervé Haine, Barbara Lamballais, Isabelle Turchwell, Camille Turlot, Cédric Revollon

Musique et orchestration : Petr Ruzicka

Chorégraphie : Mariejo Buffon

Décors video : Lionel Escama

Décors : Christian Gabriel

Costumes : Vidocq

Théâtre des Variétés • 7, boulevard Montmartre • 75002 Paris

Réservations : 01 42 33 09 92

www.theatre-des-varietes.fr

Du 4 octobre 2009 au 2 janvier 2010, samedi, dimanche et vacances scolaires

Durée : 1 h 20 sans entracte

28 € | 23 € | 18 € | 13 € | 10 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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