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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 13:35

Beaucoup de bruit pour rien


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


On pouvait attendre de Macha Makeïeff, avec l’insolence et l’excellence artistique héritées des Deschiens qu’on lui connaît, qu’elle fasse d’« Ali Baba », ce conte rattaché aux « Mille et Une Nuits », un vrai spectacle populaire, un conte familial échevelé et éblouissant, une fresque orientale. Hélas, malgré l’importance des moyens mis en œuvre, force est de constater que la magie n’opère pas.

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« Ali Baba » | © Brigitte Enguérand

Rappelons en quelques mots le conte oriental : Ali Baba est un pauvre homme qui découvre par hasard, mais aussi parce qu’il est astucieux, la cachette où des voleurs ont caché leur trésor. Ayant assisté à l’ouverture de la fameuse caverne par le non moins fameux « Sésame, ouvre-toi », il vole à son tour les voleurs. Jusqu’à ce que son frère Qâssim, riche commerçant, se pose des questions sur la soudaine fortune d’Ali Baba, le suive, entre à son tour dans la grotte… dont il ne peut sortir et où il est surpris, exécuté et coupé en morceaux par les voleurs. Ali Baba, qui est un brave homme, récupère les morceaux de son frère pour les enterrer, se faisant ainsi repérer, etc… jusqu’au happy end. Le conte est donc riche en rebondissements et en personnages hauts en couleur. Il alterne moments joyeux et dramatiques, il y a donc matière à un véritable divertissement.

Macha Makeïeff, qui dirige La Criée à Marseille, a choisi ce conte méditerranéen à point nommé pour fêter Marseille, capitale européenne de la culture. C’est donc dans un Orient aux accents marseillais, dans un port cosmopolite où les langues se succèdent et se mêlent, qu’elle situe l’action. Elle colore la scène de couleurs chaudes, soigne les costumes et les maquillages, la peuple d’une foule de personnages bigarrés et fortement typés. Elle fait appel aux ressources de la danse, du cirque, du théâtre et même du cinéma. Elle empile les effets, comme la petite voiture électrique qui parcourt la scène et dans laquelle la femme de Qâssim (interprétée par un homme…) entasse un improbable capharnaüm, et même une bouteille de Butagaz, ou bien comme la caverne transformée en container déposée sur le plateau directement des cintres…

Mais dans le même temps, elle brouille le message en empruntant à hier et à aujourd’hui, en utilisant sur le plateau trois langues et davantage d’accents, en multipliant les anachronismes de toutes sortes, en jouant sur tous les tableaux à la fois. Elle superpose les gags, enchaîne les intermèdes dansés ou acrobatiques au point que, si l’on ne connaît pas préalablement le conte, il est impossible de se repérer et de suivre un quelconque fil conducteur. Les acteurs en rajoutent dans les pitreries et les grimaces racoleuses et bouffonnes. Rien n’est épargné pour faire rire le spectateur qui, d’ailleurs, ne rit guère (même si, bizarrement il se réveille au baisser de rideau pour ovationner la troupe, mystères et caprices des publics…). On repère ici une caricature de De Funès ou de Fernandel, là une référence à Hamlet – « Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume du Danemark » (sic) –, on entend toutes sortes de musiques dont la plus surprenante est peut-être Money Money, on assiste à des improvisations de slam… Etc. Le plus réussi est sans doute la transformation d’Ali Baba en Mamamouchi, mais ce n’est qu’un clin d’œil, un sketch parmi d’autres dans un spectacle hétéroclite d’autant plus long qu’il ne semble obéir à aucune cohérence. À la fin, concession à l’actualité, le fils d’Ali Baba refuse d’épouser Morgiane par amour pour Abdullah, qui a joué les grandes folles durant tout le spectacle.

Il convient de souligner la qualité des acrobaties des danseurs-voleurs, la palette de jeu du comédien qui interprète le rôle-titre, Atmen Kelif, la drôlerie de Thomas Morris dans celui de Qâssim. Beaucoup de qualités et de talents inutilement gaspillés par une mise en scène brouillonne et sans âme qui ne tente même pas de trouver un sens à cette fable… 

Trina Mounier


Ali Baba, de Macha Makeïeff

Mise en scène, décor et costumes : Macha Makaïeff

Adaptation : Macha Makaïeff et Elias Sanbar

Avec : Atmen Kelif (Ali Baba), Thomas Morris (Qâssim Baba frère d’Ali, Frère Zlubia le savetier, un voleur, Reinette), Shahrockh Moshkin Ghalam (Youssouf le chef des voleurs), Canaan Marguerite (Zulma la femme de Qâssim, un voleur), Aurélien Mussard (voleur acrobatique), Romuald Bruneau (voleur acrobatique), Braulio Bandeira (Abdullah, le Barbier, un voleur), Philippe Borecek (musicien ambulant, un touriste), Philippe Arestan (musicien ambulant, un voleur), Aïssa Mallouk (Aziz Baba fils d’Ali, un voleur), Sahar Dehghan (Morgiane, Schéhérazade)

Lumières : Dominique Bruguière

Chorégraphie : Thomas Stache

Assistant à la mise en scène : Pierre-Emmanuel Rousseau

Réalisateur films : Simon Wallon

Son : Xavier Jacquot

Coiffure et maquillage : Cécile Kretschmar

Slam : Aïssa Mallouk

Assistante à la scénographie : Margot Clavières

Assistante aux costumes : Claudine Crauland

Assistante lumière : Cathy Pariselle

Accessoiriste : Sylvie Châtillon

Second assistant à la mise en scène : Arthur Deschamps

Iconographie : Guillaume Cassar

Avec la participation du pavillon Bosio

Production : La Criée-Théâtre national de Marseille

Coproduction Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture / Théâtre Anne-de-Bretagne à Vannes / Théâtre Liberté à Toulon

Théâtre national populaire, salle Roger-Planchon • 8, place Lazare-Goujon • 69100 Villeurbanne

Tél. 04 78 03 30 00

www.tnp-villeurbanne.com

Du 15 au 20 novembre 2013 à 20 heures, le dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 55

24 €, 18 €, 13 €, 8 € (tarif dernière minute)

Tournée :

http://www.lestroiscoups.com/article-ali-baba-marseille-de-macha-makeieff-sur-arte-annonce-120156314.html

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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