Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 20:42

Amours en miettes


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Le désamour en guise d’obsession thématique et l’autodérision comme politesse ultime face à tant de noirceur. Sur scène, Alex Beaupain maîtrise la cruauté sentimentale et le second degré, comme il l’a démontré lors de sa prestation à l’Ubu samedi dernier.

alex-beaupain-615 aurore-krol

« Alex Beaupain» | © Aurore Krol

Alex Beaupain écrit des chansons d’amour, exclusivement. Des chansons tristes, faut-il le préciser. Endeuillées, sexuelles, éphémères et urbaines, ces histoires ont le goût de la perte, la couleur du déclin et la justesse de l’expérience. On y sent l’alcool, les souvenirs peu glorieux, les sentiments désenchantés à creuser jusqu’à l’épuisement pour ne pas faire fuir le souvenir. Chaque morceau semble ciselé pour nous atteindre le plus intimement, et les premiers rangs retiennent leur souffle dans une écoute religieuse.

Costume près du corps, chemise blanche parfaitement taillée et silhouette aiguisée comme un symbole, Alex Beaupain avait ce soir-là l’élégance à fleur de peau. Une présence étudiée qui épousait un sens de la formule qu’on sentait travaillé et dont ressortait une prestation subtilement théâtralisée. Car le garçon sait amener ses démonstrations magistrales de détresse avec une malice toute irrévérencieuse, se créant un personnage odieusement drôle dont il joue avec talent. Un décalage presque obligatoire pour apporter du baume à ses amours en miettes.

Ainsi, on sent que l’artiste se plaît à grossir le trait, à s’emparer avec ironie d’un parisianisme et d’une mélancolie dont il devient impossible de lui faire le reproche. Complices, les musiciens se prêtent de bonne grâce à cette mise en scène faussement mégalomane, qui respire surtout l’admiration réciproque. Valentine Duteil en tête, cette violoncelliste somptueuse qui enrobe de douceur des paroles qui sont comme autant de coups de poing au cœur.

Dans le trouble de l’après

Chez Beaupain, les amants sont imparfaits et cruels, jamais ils ne fusionnent ni ne s’accordent. Et ces dialogues de sourds sont le terrain d’une langue accidentée, pleine de pièges et de double sens. La voix est de velours, l’éclairage chaud et brumeux, le regard incroyablement pénétrant. La peine est belle, mais elle est lourde et irrémédiable. Les textes s’aventurent alors dans le trouble de l’après, quand tout est terminé et qu’on ne voit plus que les restes. Parfois, les mélodies s’immiscent pour faire violence à ces sombres humeurs, venant les percuter et les contrecarrer par des rythmiques pop aux accents plus joyeux. Mais c’est pour mieux revenir à un piano-voix sans appel, triomphe doux-amer de la mélancolie.

Entre les titres de son dernier album et ceux extraits des films de Christophe Honoré [ici, ici, ici et ici], Alex Beaupain se permet une reprise. Une version acidulée du délicieusement suranné Chacun fait (c’qui lui plaît). Souvenez-vous, le groupe s’appelait Chagrin d’amour. Ça ne s’invente pas… 

Aurore Krol


Alex Beaupain en concert

Ubu • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Tél. 02 99 31 12 10

www.ubu-rennes.com

Le 15 novembre 2013, à 21 h 30

Durée : 1 h 30

25 € | 23 € | 20 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher