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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La volonté sans puissance de Zarathoustra
Le Théâtre de l’Épée-de-Bois présente le premier volet d’un projet artistique ambitieux, en trois parties : l’interprétation du « Zarathoustra » (1883) de Nietzsche. Le spectacle constitue une représentation généreuse mais peu convaincante.
Friedrich Nietzsche | © D.R.
L’entrée en matière se fait sans fard : après avoir grimpé l’escalier pour accéder à la petite salle du théâtre, on est accueilli par le metteur en scène. Puis Smael Benabdelouhab (le comédien) se présente en lumière continue, il commence à réciter le prologue de manière naturelle, sans le sacraliser. Le décor est minimal : un tableau noir, une table, un portemanteau, quelques habits.
Les paragraphes du prologue s’enchaînent dans l’ordre du texte : du vieil homme qui tente de dissuader le prophète d’exercer sa mansuétude à l’égard des humains, jusqu’aux interrogations de Zarathoustra nées de l’incompréhension qui l’accueille. L’œuvre de Nietzsche est présentée comme texte : le propos est assumé comme une lecture jouée, puisque les divisions du texte sont nommées par l’acteur.
Le « chapitre deux » présente sans succès Zarathoustra en maître d’école, figure peu nietzschéenne s’il en est. La présentation du dernier homme est l’occasion d’une interprétation créative, satire assez réussie, plaisante et ludique, de notre époque. Le travail de mise en espace et l’élaboration du jeu semblent délibérément s’autolimiter.
Une intention trop modeste pour le texte
L’unique comédien endosse des costumes différents, et prend avec une certaine adresse la posture qui leur sied. Il habite certes le propos, dont la valeur est supposée, sans plus être ouvragée ni questionnée. Une mise en musique, quelques pas de danse : le travail de plateau reste rudimentaire. Pascal Guarise Alberola (metteur en scène) ne sollicite que des instruments élémentaires : de la lumière, de la musique, un masque, une boule lumineuse. Smael Benabdelouhab s’échine à prendre en charge les aspects fantastiques du texte, qu’une scénographie plus élaborée eût sans doute mieux servis.
Ce contempteur de nos tables de valeur qu’est Zarathoustra – quelles que soient la vigilance et la disponibilité qu’on lui prête ici – est présenté sous des jours bien communs, trop policés, peu enflammés. Le projet s’annonce trop révérencieux envers le texte de Nietzsche pour constituer une véritable création théâtrale. La représentation ne réalise donc pas son intention scénique : elle constitue plus une lecture mise en espace et en musique qu’une véritable œuvre de dramaturgie.¶
Christophe Giolito
Les Trois Coups
Ainsi parla Zarathoustra, de Friedrich Nietzsche
Trad. Georges-Arthur Goldschmidt, Le Livre de poche, 1972, coll. « Classiques »
Compagnies Le Théâtre de l’Éternel-Retour et L’Arène de cœur
Courriels : smael54@hotmail.fr et pguarisse@voila.fr
Mise en scène : Pascal Guarise Alberola
Avec : Smael Benabdelouhab
Adaptation théâtrale : Smael Benabdelouhab et Pascal Guarise Alberola
Création lumière : Christophe Gonord
Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
Site du théâtre : http://www.epeedebois.com/sp.zarathoustra.html
Du 17 au 19 février 2012 à 20 h 30, dimanche à 16 heures
Durée : 1 h 10
18 € | 14 € | 12 € | 10 €
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