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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 03:08

« Dépêchons-nous de vivre ! »

 

« Abraham », devoir de mémoire réalisé par Michel Jonasz pour raconter la vie et la déportation de son grand-père juif polonais est un formidable hymne à la vie. Plus qu’une histoire comme il y en eut tant d’autres, c’est un message à la portée universelle que nous livre ici ce surprenant comédien.

 

Dans l’hiver glacial d’Auschwitz où il s’apprête à se déshabiller pour aller dans les « douches », Abraham Weisberg se souvient. De la Pologne, « le pays le plus triste du monde ». De la Hongrie, où il a émigré. De Rose, la femme de sa vie, avec qui il est allé s’installer dans un petit village paisible, où ils ont eu sept enfants. De Jankel, son meilleur ami, meilleur tailleur du pays, désespérément sans le sou et sans amour. De la musique, enfin et surtout, qui a rythmé son existence nomade à l’âme tzigane.

 

Car Abraham est une pièce de théâtre qui rend hommage à la musique et au chant. Il s’agit tout d’abord de la petite musique de chacun, celle qui ne s’exprime qu’à travers l’intime, mais également de la musique comme unique solution quand les mots ne suffisent plus, quand le bonheur ou la tristesse ne sauraient se transmettre autrement. Au fil de ce spectacle, à travers un humour dévastateur, c’est tout un hommage à la culture yiddish que rend Michel Jonasz, à la recherche permanente d’un bonheur simple et au questionnement constant de la place de Dieu dans le monde. De fait, ces questions prennent d’autant plus de sens dans le contexte dans lequel elles sont posées : pourquoi avoir laissé commettre tous ces crimes ? Pourquoi avoir séparé des familles qui vivaient pourtant heureuses dans l’amour de Dieu ? « Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? » « Dépêchons-nous de vivre ! », voilà ce que semble nous dire Abraham au fil de ses chansons.

 

Auteur, metteur en scène et interprète d’Abraham, Michel Jonasz a opté pour une scénographie dépouillée, où seul subsiste le banc sur lequel Abraham passe de longues heures avec son ami Jankel, scénographie soutenue par un jeu de lumière simple et ingénieux. À ce titre, c’est un spectacle sans fioritures que le spectateur est invité à voir, où le rire laisse irrémédiablement la place à un sentiment de révolte. Devant un public entre rire et larmes, Michel Jonasz parvient à éveiller la compassion de chacun. À le voir occuper depuis si longtemps le paysage musical français, on en aurait presque oublié qu’il était comédien. À tort, car sa performance est tout bonnement époustouflante. Le texte est dit du début à la fin sur le fil du rasoir, entre émotion et humour. Chaque souffle compte, chaque pas est mesuré. En revanche, on se souvient très vite qu’il est chanteur. Et c’est un réel plaisir, car sa voix, qui a mûri, est absolument saisissante.

 

Parfois, le théâtre n’a pas besoin d’une bonne intrigue, de bons costumes et de décors à trois niveaux. Il lui suffit, comme ici, de parler de l’histoire d’un homme dans l’Histoire des hommes pour se rendre drôle ou tragique. Abraham a, semble-t-il, pour mission de transmettre une parole fraternelle, celle de la valeur de la vie humaine. L’objectif est pleinement atteint. 

 

Victorien Robert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Abraham, de Michel Jonasz

Music Machine

03 88 67 47 79

www.musicmachine.fr

Mise en scène : Michel Jonasz

Avec : Michel Jonasz

Théâtre du Petit-Montparnasse • 31, rue de la Gaîté • 75014 Paris

Réservations : 01 43 22 77 74

www.theatremontparnasse.com

Résathéâtre : 0 892 705 705

Métro : Gaîté et Edgard-Quinet

À partir du 9 septembre 2009, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 h 30, relâche le lundi

Durée : 1 h 35

43,10 € | 39,80 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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