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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 21:31

Spectaculaire anniversaire


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Avec le week-end « Ça va ? » du 27 au 30 mars 2014, Les Subsistances soufflent leurs dix bougies, soit autant d’années de découvertes et surprises en cirque, théâtre, danse, performance… L’occasion d’un nouveau temps fort conjuguant créations d’aujourd’hui et évènements d’hier, « workshop’ brunchs », ateliers et autres concerts participatifs parmi lesquels le dernier spectacle du Big Dance Theater et une performance de Gilles Pastor.

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« Alan Smithee Directed This Way » | © Julieta Cervantes

Plus la peine de présenter le Big Dance Theater, régulièrement accueilli aux Subsistances. À l’instar de leur précédente création, Comme toujours, Here I Stand inspiré du film Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, le travail de la compagnie américaine repose cette fois encore sur un savant mélange entre danse, théâtre, extraits de films et bande sonore. Dans cette nouvelle création, Anni-B. Parson et Paul Lazar sont partis du « concept d’Alan Smithee », nom de code employé aux États-Unis pour parler d’un film dont le réalisateur insatisfait choisit d’abandonner les droits.

Dès lors, la pièce repose ici sur le dépeçage de plusieurs films dans une intrigue croisant l’ambiance de l’Amérique des années 1970 et l’atmosphère d’une Russie d’après guerre froide. À cet égard, la scénographie et les tenues des interprètes sont significatifs des deux époques. Parquet imitation marqueterie au sol, store à bandes verticales en fond de scène et chaises de jardin se partagent la scène, tandis que les comédiens arborent pantalons évasés, robes à fleurs et autres manteaux de fourrure.

À partir de séquences cinématographiques s’opèrent des procédés de déconstruction du scénario, d’exploration chorégraphique et d’ajouts de textes inspirés entre autres du Docteur Jivago de Boris Pasternak. En outre, divers extraits de films, dont le Cercle rouge de Jean‑Pierre Melville, sont projetés et rejoués simultanément par les comédiens qui se superposent de manière tout à fait ludique à l’image. Intrigues politiques et histoires pathétiques alternent avec des séquences théâtrales, chorégraphiées ou chantées.

Bien que la compréhension de ce qui se joue sur scène ne soit pas toujours au rendez-vous, la cohérence esthétique des spectacles du Big Dance Theater est indéniable. Dans chacune de ses créations, la compagnie prouve un peu plus sa capacité à esthétiser et rendre palpables des univers, au point d’inviter les spectateurs à un véritable voyage dans le temps. Ajoutez à cela le chant folk et envoûtant de Cynthia Hopkins et vous obtenez une ambiance feutrée et un brin nostalgique.

Lady Pastor

Autre moment très attendu : Lili, coq à boches de Gilles Pastor, artiste soutenu depuis de longues années par Les Subsistances. Conçue en 2005 dans ce même lieu, lors de l’anniversaire de la Libération, cette performance réactive la force des propos de Marguerite Duras dénonçant l’horreur vécue par les femmes accusées d’avoir aimé l’ennemi par temps de guerre.

Dans cette forme de vingt minutes, l’artiste emploie la vidéo pour servir de manière tranchante le propos. Seul en scène, fardé, vêtu d’un maillot de bain aux motifs « léopard » et de ballerines, Gilles Pastor est Lili. Ciseaux de coiffeur puis tondeuse à la main, il revient sur le choc, la honte de celles qui ont subit l’irréparable. S’opère ici un parallèle on ne peut plus tranchant entre les poules que l’on déplume après en avoir coupé la tête et les femmes tondues de l’après-guerre. Cruelle et pittoresque, attachante et troublante, cette performance créée dix ans auparavant produit un effet toujours aussi percutant. Maître en la matière, Gilles Pastor excelle une fois de plus dans cette performance qui n’a pas pris une ride.

Deux formes donc, non exhaustives mais néanmoins révélatrices de dix années de découvertes, prises de risques et engagements forts en faveur de créations qui le sont tout autant. Que souhaiter de plus aux Subsistances si ce n’est une longue vie de bonheur et de spectacles à venir ?

Élise Ternat


Alan Smithee Directed This Way, de Big Danse Theater

Codirection : Paul Lazar et Annie-B. Parson

Chorégraphie : Annie-B. Parson et le Big Dance Theater

Interprètes : Tymberly Canale, Elizabeth DeMent, Chris Giarmo, Cynthia Hopkins, Paul Lazar, Aaron Mattocks, Kourtney Routherford

Vidéo : Jeff Larson

Décors : Joanne Howard

Régie son : Tei Blow

Régie lumières : Joe Levasseur

Costumes : Oana Botez

Direction musicale et arrangements vocaux : Chris Giarmo

Cofondatrice de la compagnie : Molly Hickok

Production : Aaron Rosenblum

Chargé de production : Brendan Regimbal

Chorégraphie des combats : Ellen Saland

Création vidéo déléguée : Keith Skretch

Coach de dialecte : Amanda Quaid

Traduction : Mathieu Éveillard

Réalisation des costumes : Glenda Beck, Bevan Dunbar, Karen Boyer, Talla

Texte : Annie-B. Parson, inspiré du film Terms of Endearment

Texte additionnel inspiré du roman le Docteur Jivago de Boris Pasternak

Durée : 1 h 30

Lily, coq à boches, de Gilles Pastor

Cie Kastôragile

Avec : Gilles Pastor

Vidéo de famille : Gilles Pastor

Montage et régie vidéo : Vincent Boujon

Collaboration artistique : Catherine Bouchetal

Musiques : Georges Bizet, les Pêcheurs de perles, Marlène Dietrich, Lili Marlene

Photographies : Thierry Chassepoux

Durée : 20 minutes

Alan Smithee Directed This Way et Lily, coq à boches on été programmés à l’occasion du week-end Ça va ?

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

Site du théâtre : www.les-subs.com

Réservations : 04 78 39 10 02

Du 27 mars au 30 mars 2014

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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