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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« 8 760 heures » : émouvants et pétillants « corps-accords » !
Premier week-end du Off du Festival d’Avignon : la troupe du Théâtre à cru fait salle comble et crée déjà l’évènement avec un spectacle-concert insolite, à la fois drôle, tendre et engagé : « 8 760 heures », ou le journal en chansons d’un certain Yvan M. On quitte la salle de la Manufacture à regret, avec l’envie de crier : Yvan, on t’M !
8 760 heures, ou une année dans la vie d’un trentenaire ordinaire, de septembre à septembre, traversée par cette question existentielle : combien de temps dure un souvenir ? Souvenir de voyage ou d’enfance, d’un deuil ou d’un amour impossible… Réponse : le temps d’une chanson, d’une photo, ou d’une page d’un journal intime.
Car la Cie Théâtre à cru s’amuse à mélanger les genres : entre musique, théâtre et arts plastiques, elle mêle chant, texte, performance, vidéo. À travers ce « concert de théâtre », elle invente sa propre forme scénique, originale et audacieuse : un art du récit déstructuré et fragmenté, au service d’une autofiction individuelle et collective. Elle nous embarque dans un voyage, réel ou fantasmé, plein de surprises sonores et visuelles, plein de ces émotions contradictoires qui hantent notre quotidien : la légèreté d’un rire de vacances, la gravité de la solitude, l’espoir d’une rencontre…
« 8 760 heures » | © Marie Pétry
Sur le plancher usé, vestige d’un petit bal perdu, un joyeux bazar accueille les spectateurs : au milieu des pieds de micro et des platines de mixage, autour du piano électro, une foule d’accessoires attendent leur entrée en scène : un vieux ventilateur évoque la moiteur exotique de l’Inde, une vidéo ressuscite Jimi Hendrix en SDF dans les rues de Londres, un zinc à néons recrée l’ambiance des nuits parisiennes.
C’est un incroyable « road-movie en chambre » que ces quatre artistes nous font vivre, avec frénésie, en mettant toute leur inventivité au profit d’un propos engagé. Car leurs textes, joués ou chantés, ne parlent pas seulement d’amour et de désillusions, ils proposent une réflexion politique, à la fois pertinente et humble, lucide et responsable, consciente de ses propres limites : « Je ne savais pas qu’il y avait un lien… », par exemple, entre l’émergence de la pornographie et le marché de neuroleptiques dans les années 1970, entre l’hypocrisie de l’ordre moral et la lente reconnaissance du sida dans les années 1980.
Sur le plateau, où des reproductions d’œuvres d’art s’animent, où un frigo sert de vestiaire, où des personnages semblent échappés de BD d’heroic fantasy, une surprenante galerie de tableaux vivants vient bousculer notre imaginaire. Comme un ultime clin d’œil à notre mythologie collective, on croit soudain reconnaître ce personnage cher à Baudelaire : un « albatros » aux ailes si lourdes qu’il décide de se faire opérer pour s’en débarrasser. Dans cet univers étrange et fascinant, bercé de rythmes pop-rock, de bruitages hétéroclites, balayé par des lumières tamisées, des anges solitaires et mélancoliques n’ont pas peur de perdre quelques plumes… pour nous consoler de nos vagues à l’âme. ¶
Estelle Gapp
Les Trois Coups
8 760 heures, de la Compagnie Théâtre à cru
Théâtre à cru • 12 bis, rue Lobin • 37000 Tours
Tél/fax : 02 47 44 02 45
Conception et mise en scène : Alexis Armengol
Interprétation : Alexis Armengol, Alexandre Le Nours, Laurent Seron-Keller, Camille Trophème
Batterie et régie son : Stéphane Bayoux
Création et régie lumière : François Blet
Scénographie : James Bouquard
Régie générale : Rémi Cassabé
Production musicale et création surround : Frédéric Duzan
Costumes et diffusion : Audrey Gendre
Production : Marie Lucet
Réalisation photo et vidéo : Franck Ternier
Administration : Isabelle Vignaud
Théâtre de la Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 12 71
Du 8 au 27 juillet 2010 à 17 h 45, relâche le 19 juillet 2010
Durée : 1 h 15
16 € | 11 € | 5 €
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