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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 13:05

L’effet Sarkozy ou le nettoyage technique

 

Madame, Monsieur,

Nous vous transmettons un communiqué de presse suite à un incident survenu à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse) lors de la venue du candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy. Dans une campagne hypermédiatisée, il serait bon de jouer la transparence, aussi nous vous demandons de diffuser ce communiqué fort instructif pour les millions d’électeurs qui vont se prononcer ce dimanche 22 avril 2007.

 

Nous accusons !

« Demain les gens de la police refleuriront sur le trottoir, fiers de leurs états de service et le pistolet en sautoir. Sans pain, sans travail et sans armes, nous allons être gouvernés par des mouchards et des gendarmes » chantait Clément, rendant hommage à la Commune dans son célèbre Chant de la Semaine sanglante. Hier les gens de la police et les gendarmes fleurissaient sur les pavés de Châteauneuf-du-Pape, pourquoi ? Est-ce que ce paisible village provençal s’était tout d’un coup transformé en une de ces prétendues zones de non-droit de la banlieue parisienne ? Non, il y avait seulement un candidat en campagne et pas n’importe lequel : Nicolas Sarkozy. Il était 16 heures, sa venue était fixée dans une demi-heure et la petite place du village était déjà pleine. Nous avons appris quant à nous la venue de Nicolas Sarkozy un jour avant, juste le temps de s’organiser, et nous étions une douzaine pour l’accueillir comme il se devait. Précisons seulement que cette venue entrait dans le cadre de la surenchère extrémiste qui endeuille notre département depuis une dizaine d’années.


En effet Sarkozy était invité sur les terres de Bompard (maire d’Orange […]) dans la circonscription d’Orange, dans une zone où les candidats de la droite extrême et de l’extrême droite se plaisent à être en compétition permanente pour savoir qui fera régner la loi du plus fort.


Sur les centaines de personnes présentes, il y avait donc la présence « massive » de douze personnes venues crier le mécontentement de la politique du « Berlusco-Bush » sans banderoles ni signes distinctifs. Et pourtant les quelques autocollants que l’on avait en main ont suffit à avertir le M.I.L. (service d’ordre de Sarkozy) et les R.G. disséminés dans toute la foule.


Dix minutes après notre arrivée, il y avait pour chacun de nous deux gardes du corps un peu trop attentionnés, nous suivant partout et nous incitant finalement à ne pas faire de bêtises. Un ami qui vous veut du bien, comme dirait l’autre. À tel point qu’ils se sont apparemment sentis obligés de nous dénoncer pour éviter les « bêtises ». Nous n’avons pas compris tout de suite pourquoi tout d’un coup une dizaine de policiers nous sont tombés dessus sans que l’on n’ait rien fait, et [que nous avons été] obligés de les suivre pour un « contrôle d’identité », sous les quolibets de la foule (« racailles », « en prison », etc.). Nous avons été rejoints par un autre groupe d’opposants arrêtés pour « port de tee-shirts suspects ». Rapidement la police municipale nous met entre les mains des gendarmes, qui nous invitent à monter dans leur fourgon en nous promettant qu’il s’agit simplement d’un contrôle de cinq minutes.


En réalité, on est emmené dans le local des services techniques de la mairie, où l’on découvre 5 ou 6 cars de gendarmes mobiles. Nous sommes donc détenus par une unité de l’armée, sans motif et ce pendant une heure et demie. On sera bientôt rejoint par deux autres personnes arrêtées également : le premier dans un bar alors qu’il avait été auparavant molesté par le M.I.L., car il distribuait des autocollants « anti-Sarkosy » à des jeunes ; le second alors qu’il était tranquillement en train d’écouter Sarkozy. En tout, il y aura huit personnes encadrées par des militaires en tenues anti-émeutes durant toute la tenue du meeting, tandis que pendant ce temps-là Sarkozy appelle « les électeurs en Vaucluse à ne pas se faire confisquer le débat » (France Info, « Flash info » du 14 avril 2007) ! Sans commentaire ! Les cinq minutes ont depuis longtemps été multipliées quand on nous annonce qu’un problème technique est survenu et qu’il faut attendre, car les gendarmes ne peuvent enregistrer pour le moment nos identités. Comme par hasard, le problème de transmission informatique se terminera en même temps que le meeting et quand le mot « avocat » sera abordé par un des détenus.


Qu’est-ce que cela signifie ? Bien sûr, c’est un accident mineur, sans conséquence, mais qui pose quand même de nombreuses questions :

1º Pourquoi et comment est-il possible en démocratie de se retrouver en garde à vue à l’occasion d’un meeting public en extérieur sans avoir en rien troublé l’ordre public ?

2º Pourquoi seul un candidat déploie quantité de forces de l’ordre quand il ne s’agit même pas d’un meeting présidentiel ?

3º Comment est-il possible que la Gendarmerie nationale soit aux ordres d’un candidat en campagne électorale, alors que, encore une fois, aucun trouble à l’ordre public n’a eu lieu ?

4º L’armée est-elle autorisée à intervenir dans ce genre de situation ?

5º Quel peut être le rôle des R.G. dans de telles arrestations et existe-t-il une collusion entre M.I.L., R.G., police et gendarmerie ?


Un premier élément de réponse s’impose : le candidat Bové n’a pas eu le loisir de profiter le soir même à Avignon du moindre gendarme (que Sarkozy avait dépêchés exprès de Gap) ou d’un seul policier, pourquoi ? Où sommes-nous : en démocratie ou en monarchie, quel est ce déni de démocratie permanent quand rien n’autorise d’empêcher des gens d’assister à un meeting ? Nous irions bien adresser ces questions au local de l’U.M.P. à Avignon, mais leur réponse est annoncée dans la rue où il se trouve : rue Thiers. Thiers ? Le massacreur de la Commune parisienne, l’auteur de la semaine sanglante où 30 000 communards, poètes, intellectuels, ouvriers et artisans périrent dans ce qui fut la page la plus sombre de la répression du peuple par son gouvernement. C’est ce que chantait Clément : « Le peuple au collier de misère. Sera-t-il donc toujours rivé ?… Jusques à quand les gens de guerre tiendront-ils le haut du pavé ?… Jusques à quand la sainte clique nous croira-t-elle un vil bétail ?… À quand enfin la république de la justice et du travail ?… »

Un siècle et demi plus tard la question est toujours d’actualité.


Les 8 « mis au secret » à Châteauneuf-du-Pape.


Avignon, le 16 avril 2007

 

Recueilli par

Les Trois Coups

www.lestroiscoups

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