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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Sylvie Guillem, danseuse d’exception
Accueillie à plusieurs reprises aux Nuits de Fourvière, la danseuse Sylvie Guillem honore une nouvelle fois le festival de sa présence avec « 6 000 Miles Away ». Nom choisi en référence à la population japonaise victime d’un tsunami au moment où l’artiste travaillait à Londres à la création de ce triptyque dont les volets se suivent, mais ne se ressemblent pas : à l’inquiétant « Rearray » succède l’incandescent « 27’ 52 », puis l’intimiste « Bye ».
« Bye » | © Bill Cooper
Grand nom de la danse, Sylvie Guillem bénéficie d’une remarquable renommée acquise tout au long d’une carrière à la fois riche et diversifiée. Cette danseuse d’exception ne cesse encore aujourd’hui d’être saluée pour son incroyable énergie et ses qualités physiques uniques. C’est dans cette lignée que s’inscrivent les trois pièces chorégraphiques de 6 000 Miles Away. Cet ensemble aux tonalités multiples témoigne également, à l’exception de 27’ 52 de Jiri Kylián (Sylvie Guillem n’en est pas l’interprète), des nombreuses collaborations de la danseuse avec des chorégraphes tels que William Forsythe, ou encore Mats Ek.
Rearray, tout d’abord, marque le début du triptyque par son univers, inquiétant et sombre. La musique de David Morrow donne une belle épaisseur à cette ambiance digne des films d’Alfred Hitchcock où les crissements et autres sonorités stridentes du violon s’associent aux notes du piano. Cette alliance entre la musique expérimentale du compositeur et la danse néoclassique de William Forsythe donne lieu à une tension tout à fait inattendue. Dans un univers « ton sur ton » oscillant du gris au noir, les corps de Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche s’enlacent ou font mine de s’ignorer ; leurs mouvements de bras et de jambes sont précis et énergiques, parfois sautillants. La gestuelle, d’une invraisemblable fluidité, fait de ces deux danseurs des archétypes de la tradition classique, frôlant la perfection, qui semble ici aller de soi.
Une dimension proprement charnelle
Cette première pièce chorégraphique d’une vingtaine de minutes est suivie d’un second moment : 27’ 52. L’ambiance, qu’elle provienne des éclairages, de la scénographie ou de la partition sonore, est ici nettement plus tranchée. Les corps des deux interprètes, Aurélie Cayla et Luká Timulak sont à demi nus ou recouverts de vêtements rouges. Associés à la gestuelle et aux sonorités électroniques de la musique, ces éléments donnent une dimension proprement charnelle à l’ensemble. Et tandis que les tapis de danse acquièrent une place scénographique réelle, les corps des danseurs serpentent sur le sol. Dotée d’une grande sensualité, la danse se fait reptilienne avant de devenir, à l’instar de l’ambiance musicale, de plus en plus solaire.
Enfin, c’est au terme de vingt‑cinq minutes d’entracte que Bye commence. Un écran disposé au centre de la scène accroche d’emblée le regard. On y distingue un gros plan sur un visage. Les traits de celui‑ci sont ceux de Sylvie Guillem, qui se détache peu à peu de l’écran pour faire son apparition sur scène. Le dispositif est certes ludique, mais déstabilisant par rapport aux ambiances des chorégraphies précédentes. La dernière sonate de Beethoven, qui rythme la pièce, lui donne une dimension intimiste. Néanmoins, c’est une vraie dynamique qui se crée à travers les mouvements de la danseuse. Tout au long de la pièce, Sylvie Guillem ne cesse, dans l’exigence apparente de ses gestes, de mettre le corps à l’épreuve. Et au‑delà de sa dimension divertissante, la pièce est surtout touchante, dotée d’une belle charge émotionnelle.
Entre contraste et continuité, 6 000 Miles Away est le triptyque d’une belle étoile, offrant une nouvelle fois l’occasion d’apprécier la remarquable Sylvie Guillem, grande artiste classique aux multiples talents. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
6 000 Miles Away, de William Forsythe, Jiri Kylián, Mats Ek
Rearray
Chorégraphie : William Forsythe
Musique : David Morrow
Costumes : William Forsythe
Lumières : William Forsythe
Lumières réalisées par : Rachel Shipp
Danseurs : Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche / Massimo Murru (en alternance)
27’ 52
Chorégraphie : Jiri Kylián
Musique : Dirk Haubrich (nouvelle composition d’après deux thèmes de Malher)
Costumes : Joke Visser
Lumières : Kees Tjebbes
Duo interprété par : Aurélie Cayla et Luká Timulak
Bye
Chorégraphie : Mats Ek
Musique : Ludwig Van Beethoven, Piano sonata op. 111, Arietta ; enregistrement joué par Ivo Pogorelich
Décors et costumes : Katrin Brännström
Lumière : Erik Berglund
Vidéo : Elias Benxon
Danseuse : Sylvie Guillem
Coproduit par Dansen Hus Stockolm
Festival Les Nuits de Fourvière • Grand Théâtre • 69005 Lyon
Site du festival : www.nuitsdefourviere.com
Réservations : 04 72 32 00
Du 12 au 16 juin 2012 à 22 heures
Durée : 1 h 40
32 € | 27 €
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