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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 12:58

Lettre aux amis, aux spectateurs,

aux professionnels, aux experts,

aux tutelles…

 

Montpellier, le 11 décembre 2006


Au mois de septembre, j’ai décidé de mettre un terme aux activités de la Cie Labyrinthes. En période de création alors, j’ai tenu cette décision secrète pendant quelques semaines, n’en informant que nos principaux partenaires : le Théâtre d’O à Montpellier et le conseiller pour le théâtre de la DRAC Languedoc-Roussillon. Puis la nouvelle a circulé, de manière informelle ; je ne pense pas qu’aujourd’hui beaucoup de monde l’ignore ; mais il me reste à l’expliquer ; je le dois à beaucoup d’entre vous.


Diriger une compagnie signifie la plupart du temps construire sa vie autour d’un outil par soi-même forgé, faire de sa vie et de cet outil en quelque sorte une seule et même chose. Ranger cet outil n’est donc pas une décision légère à prendre. J’aimerais que ni l’idée d’une saute d’humeur ni celle d’un passage dépressif ne constituent une explication suffisante pour personne.


Fermer Labyrinthes représente, objectivement, un échec. Mais échec de quoi ? de qui ? Il faut, si l’on pense que cela peut avoir un intérêt, pour soi, pour d’autres, creuser, fouiller dans la mémoire, comprendre ce qu’on a fait, bien ou mal. Ce que les autres ont fait, ou pas.


Je ne suis pas sûr de parvenir en quelques lignes à tout dire des raisons qui me poussent, encore moins à bien les dire. Depuis près de trois mois que ma décision est prise, il m’a fallu du temps pour la comprendre, la formuler, et d’abord à moi-même. Les raisons se sont succédé, parfois contradictoires ; j’ai tenté de ne pas accuser le monde entier de tous les maux ; j’ai surtout au bout du compte, par les raisons que je me donnais, voulu me donner le maximum de chance de me tourner vers ce qui adviendra demain, sachant pertinemment que l’abandon de la compagnie signifie d’abord et avant tout le risque de perdre très rapidement le seul métier que je sache faire.


J’aborderai en premier lieu les raisons ; puis les modalités de cette cessation d’activités.


Raison 1 – L’échec de l’idée de lieu

D’abord, en quelques lignes, je rappelle ce que voulait être le projet de Labyrinthes : l’invention d’un lieu où serait rendue possible la rencontre des écritures contemporaines et du plateau, lieu de résidences, de travail, et d’ouverture au public.


Ce projet, nous l’avons plus largement expliqué les années précédentes ; grâce à nos résidences successives au Théâtre des Treize-Vents-CDN de Montpellier et à l’Hôtel de Lunas-Centre des Monuments nationaux à Montpellier, nous avons pu en aborder de nombreux aspects : résidences d’auteurs, commandes et laboratoires d’écriture, chantiers, éditions, rencontres et débats littéraires… et créations.


Ce projet artistique, dans son contenu, a existé ; a trouvé un public ; petit à petit, nous l’avons bâti. Il lui manquait un outil approprié, le lieu pour l’accueillir et le développer.


Refondée en 1998, Labyrinthes a pendant plus de trois ans été en résidence au Théâtre des Treize-Vents. L’ampleur de cette résidence et les moyens financiers qui l’accompagnaient ont eu une double conséquence : d’une part, la structuration immédiate de la compagnie (postes permanents) pour faire face à l’abondance du projet artistique (deux créations par an, « animation littéraire » durant toute l’année, et création d’espaces de recherche autour des écritures théâtrales contemporaines) ; mais, d’autre part, la difficulté immédiate à poursuivre ce projet après l’arrêt de la résidence, en 2002.


La première usure vient de là : pendant plusieurs années encore, m’être acharné à croire en la concrétisation de ce projet ; avoir maintenu des activités en trop grand nombre, alors que personne ne l’exigeait de nous, pour ne pas penser que nous baissions les bras.


De plus le nouveau lieu d’accueil de Labyrinthes, l’Hôtel de Lunas, s’est très vite révélé être une impasse, à cause du changement brutal de politique culturelle des Monuments nationaux (retour au patrimoine, arrêt du soutien à la création). Nous avons dû quitter les lieux au début de l’année 2005.


Ainsi Labyrinthes a fait progressivement le deuil de ce projet de lieu d’écriture et de plateau. Ni les services de l’État, ni ceux des collectivités locales, quelles qu’elles soient, n’ayant les moyens, ou la volonté, de construire avec nous ce projet.


Labyrinthes en tant que compagnie n’a pas à se plaindre du soutien qu’elle reçoit : les subventions sont réelles ; les spectacles sont créés dans de bonnes conditions ; les coproductions ne font pas défaut ; le Théâtre d’O, au long des trois dernières saisons, était devenu un partenaire amical, généreux, et exigeant. Mais Labyrinthes c’était (ça a toujours été) plus que la création et la diffusion des spectacles de la compagnie. L’échec de ce projet plus large est sans doute la première raison de l’arrêt de Labyrinthes.


Raison 2 – Le repli régional

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, je me suis installé dans la région. Fondant alors une autre compagnie, j’éprouvais la sensation que manquaient, outre des équipements professionnels en nombre suffisant, des espaces de croisement, de confrontation, d’échange, bref les conditions essentielles pour pouvoir travailler dans un esprit véritablement « critique ». Cette idée de lieu au travail, où se construit la pensée artistique, où se bâtissent les conditions de ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler « l’excellence » (et que personnellement je préfère appeler « l’exigence ») artistique, dans le côtoiement des pratiques et des regards, malheureusement n’intéresse pas grand monde, hier comme aujourd’hui.


Nous avions alors modestement, dans un village, tenté l’expérience d’un tel lieu ; puis j’ai essayé dans l’espace offert par le Théâtre des Treize-Vents d’en ouvrir d’autres ; mais il faut constater aujourd’hui que les problématiques de diffusion et de programmation l’emportent de loin sur ce type de questionnement. Et que le problème des compagnies est toujours le même, accentué maintenant par les ravages d’un protocole récent : parvenir à subsister, dans une solitude grandissante, face à des interlocuteurs dont le souci premier est de faire tourner leur boutique.


Le souci de la plupart des lieux (de diffusion, rarement de production) est de se maintenir (voire de s’agrandir) sur un territoire donné, et que l’élu soit content (ou se tienne tranquille) ; ainsi se font les programmations. Chacun pour soi, l’avenir du théâtre pour chaque théâtre, ne va pas au-delà des frontières de son canton (ou de son agglo…).


On compte ses abonnés, on en est fier, on les brandit. On a rempli à 75 %, à 95 %, à 105 %. On fait du surbooking, c’est dire ! On affiche les résidences, les compagnonnages, en fin de plaquette, pour montrer la capacité d’ouverture, de générosité ; on ne donne pas les chiffres qui vont avec. On est très content de l’intermittence, elle permet d’afficher des coproductions qui n’hésitent pas à dépasser, soyons grands seigneurs, les 3 000 €. Et on vient défiler, quand il ne pleut pas, par solidarité. On est producteur délégué dès qu’un spectacle marche, on oublie assez vite les autres.


D’autres lieux ferment : le Théâtre de Lattes, Le Chai du Terral, La Coopérative, Changement de propriétaire, Le Quaternaire, abandonnés les uns après les autres par des pouvoirs publics indifférents autant qu’impuissants. Qui s’engagent publiquement, et médiatiquement, la main sur le cœur, à sauver une situation qu’ils savent d’avance condamnée.


Les collectivités quant à elles aiment la culture : elles entretiennent le culte de l’évènement et du grandiose, le règne du divertissement-roi. La culture affiche haut et fort son logo, elle se porte à la boutonnière. Festivals et patrimoines sont les deux mamelles de nos élus. Ou bien on anime les quartiers, on fait de l’art pour tous. Parfois même, on fait venir les artistes dans les tramways. On se soucie, on se donne du mal, on démocratise à tour de bras.


Et cætera…


Les petits artistes que nous sommes sont donc tenus de faire dans le créneau qu’on leur assigne, et de rendre le lieu dans l’état où ils l’ont trouvé en entrant. Après avoir dit merci.


Je rêvais d’un théâtre dont la première tâche aurait été de susciter l’inquiétude non la satisfaction ; qui n’ait pas été coûte que coûte le lieu de l’intégration, de l’assimilation, de la consommation, mais celui aussi du refus, du questionnement ; et surtout pas le lieu unique de la représentation, pour l’artiste comme pour le public, mais celui d’une véritable critique commune.


Raison 3 – Être compagnie

On fonde une compagnie, à tort ou à raison, pour développer un langage, celui du plateau de théâtre. Celui-ci, en ce qui me concerne, se structure autour de la langue d’un écrivain. De la langue nous faisons forme ; forme des corps, forme de l’espace, forme du temps théâtral. Tout vient de là, c’est ma pratique, mon approche, ma sensibilité, comme on voudra. Je tente, bien ou mal, avec succès ou non, de mettre l’espace théâtral en résonance avec les mots employés, d’adapter la forme du spectacle, de l’objet théâtral, au souffle d’un auteur, partant du postulat que tout écrivain réinvente une forme, que l’idée même de représentation est à réinterroger à chaque texte.


Voilà pourquoi j’ai, il y a très longtemps maintenant, fondé la Cie Labyrinthes ; voilà ce qu’au fil des ans j’ai tenté de creuser, ce rapport du théâtre à la langue. Tenter d’explorer ça, de comprendre ça, l’outil Labyrinthes s’y est consacré, a été conçu pour.


Cette forme bizarre qu’est légalement une compagnie (« association à but non lucratif ») ne se justifie qu’en raison des enjeux artistiques qui la fondent.


Or les enjeux premiers d’une compagnie ne sont pas artistiques aujourd’hui. Les craintes et les contraintes sont trop nombreuses. Et le regard posé sur le travail par toutes les formes d’experts (tutelles, comités d’experts, programmateurs…) n’interroge que très exceptionnellement et très superficiellement le mouvement même de la création.


Il est donc assez normal que les compagnies en viennent elles-mêmes à perdre de vue ce pour quoi pourtant toutes ou presque ont été créées : l’interrogation artistique.


Car ce qu’on attend d’une compagnie, c’est qu’elle fasse les preuves de sa capacité d’adaptation aux cadres qu’on lui impose. Et tout d’abord qu’elle se transforme en structure de production (ou de recherche de production). Ce qui devait, me semble-t-il, revenir aux théâtres : produire des spectacles, prendre en charge l’ensemble du processus économique d’une création, est désormais le lot quasi exclusif des compagnies.


Les structures de création (compagnies) sont devenues structures de production et de diffusion d’abord et avant tout ; les structures normales de production (théâtres) sont vouées à l’accueil de produits qui circulent, magasins qui repensent chaque année l’organisation de leur vitrine, à la recherche d’une clientèle toujours plus large (mais rien à dire : c’est au nom de la démocratisation de la culture).


La question du langage progressivement s’éloigne, rognée par les devoirs et obligations multiples, et la peur permanente de ne pas durer. Une compagnie, c’est, à de rares exceptions près, une obligation de fournir de la visibilité ; une recherche permanente de moyens de production ; la dépendance totale, vu le peu de porosité interrégionale, vis à vis des rares coproducteurs possibles, qui jouent avec délices de ce surcroît de pouvoir ; et, peu à peu, l’édification dans sa propre tête des critères d’autrui ; la soumission à la pensée ambiante et l’acceptation d’une servitude volontaire.


Prétention ou pas, ce n’est pas à moi d’en juger, un metteur en scène est d’abord un artiste, pas un chef d’entreprise. Qu’il puisse cumuler les qualités est sans doute possible, ce n’est manifestement pas mon cas ; l’énergie que je dépense dans un domaine me manque quand j’aborde le suivant.


Encore une chose au sujet des compagnies : l’été 2003 nous a usés, tous. La fragilité des situations individuelles n’est plus à démontrer, cela tombe de partout. En ce qui concerne Labyrinthes, et malgré un budget en forte baisse à la sortie de résidence au Théâtre des Treize-Vents, nous avons continué d’augmenter régulièrement les salaires artistiques au fil des ans (de 1 675 €/mois en 2000 à 2 400 €/mois en 2006), ne voulant pas céder devant la généralisation de la précarité de nos métiers, et refusant le recours systématique et maximum aux ASSEDIC pour suppléer les insuffisances de production.


Nous avons bien évidemment maintenu les emplois administratifs permanents, sur la base de la convention collective. Nous n’avons jamais eu recours à l’intermittence, astuce habituelle, pour payer ces postes.


Tout cela supposait de faire des choix budgétaires. Nous les avons toujours faits. Pour autant, et malgré les directives données au niveau ministériel (ou ce qui m’en a été rapporté), je ne sache pas que nous en ayons été récompensés. Nous ne le faisions pas pour cela ; le droit du travail, la reconnaissance salariale ont toujours été des obligations que nous nous sommes données à nous-mêmes ; constatons seulement que de petits arrangements avec la légalité, comme cela se pratique partout, nous auraient permis d’améliorer nos budgets de production. Je regrette que parmi les critères nombreux pour l’affectation des subventions celui-ci n’ait jamais été pris en compte, par qui que ce soit.


Être compagnie, d’un écueil l’autre, le sens véritable s’en est perdu dans l’éparpillement de nos solitudes.


Raison 4 – Les limites artistiques

Petit à petit, au fil des ans et des spectacles, mon insatisfaction a grandi. J’en suis venu à penser que quelque chose du véritable temps du travail artistique m’échappait, non pas seulement le temps des répétitions, lié obligatoirement aux limites de la production, mais aussi et surtout celui de la gestation, du mûrissement, ce fameux temps invisible de « l’artiste » (n’ayons pas peur des mots, mais mettons quand même les guillemets, par modestie), toujours à l’œuvre, quoi qu’on fasse. Et que ni le savoir-faire ni l’art de retomber sur ses pattes ne suffisent à remplacer ce manque.


On fait, on produit ses petits spectacles là où l’on peut, bon an mal an, et le résultat n’est pas forcément infamant. Mais ça ne suffit pas. En réfléchissant, on se rend bien compte que le rêve de ne présenter un objet aux yeux de tous que lorsqu’on le sait achevé est une utopie, que la réalité du théâtre et d’une certaine manière sa qualité réside justement dans un certain inachèvement permanent ; mais il n’empêche que l’exigence de recherche des formes est tout le temps battue en brèche, dans l’urgence et l’approximation permanente qui sont les nôtres.


Il existe (on les cite suffisamment en exemple) certains lieux qui ont su s’octroyer cette exigence, ce luxe. Questions de moyens, sans doute. Mais à un moment je sais qu’attendre les moyens est une mauvaise réponse. D’une part, parce qu’on ne peut connaître la durée de l’attente ; d’autre part, parce que le luxe, cette exigence, personne d’autre que moi-même ne pourra me l’octroyer, éventuellement.


En me dégageant des responsabilités qui incombent aux compagnies, j’espère en endosser une autre, plus lourde d’une certaine manière, celle de retrouver en moi ce que je n’y sentais plus, le sentiment très artisanal, très subjectif, du travail bien fait.


C’est dire qu’en arrêtant Labyrinthes, je ne m’arrête pas. J’aimerais même réapprendre à marcher. La seule question qui se pose aujourd’hui est de savoir où.


Chronique à venir

Les activités d’une compagnie ne s’arrêtent pas du jour au lendemain. Des contrats nous lient avec des lieux, nous nous sommes engagés. Labyrinthes existera donc encore artistiquement pendant quelques mois, avec la création en janvier de le Mardi à Monoprix d’Emmanuel Darley, au Théâtre d’O ; et de janvier à juin, à l’occasion des tournées régionale, nationale et internationale des deux spectacles Ici et Une phrase pour ma mère.


Même si aujourd’hui l’équipe de Labyrinthes, amis comme salariés, assume collectivement la fin de cette histoire, il me faut reconnaître que j’ai pris ma décision sans consulter personne, que celles et ceux qui de manière permanente ou occasionnelle travaillaient au sein de Labyrinthes ont été mis devant le fait. La violence qui m’oppressait est retombée sur d’autres.


Il y a au sein de Labyrinthes des emplois permanents (CDI et CDD). Pour l’un, il y aura licenciement ; pour l’autre, non-renouvellement du contrat.


Après le mois de juin, les activités s’arrêteront définitivement, puisque les résidences ou compagnonnages de la compagnie prévus tant à l’espace Apollo de Mazamet qu’au Théâtre d’O ont été de fait annulés.


L’association Labyrinthes sera liquidée et dissoute.


Une phrase pour ma mère continuera de tourner à l’automne, mais le spectacle appartiendra désormais à une autre structure, hors région. Je voulais continuer à le jouer ; cette structure, avec qui nous collaborons depuis plusieurs années est prête à le défendre ; une certaine forme de solidarité, et d’amitié, s’exprime ainsi.


Le fonctionnement de la compagnie existera donc jusqu’au mois de juin ; les seules recettes de nos tournées ne pouvant évidemment pourvoir à ce fonctionnement, nous demandons à l’ensemble des tutelles qui nous soutiennent de nous accorder la moitié de la subvention prévue ou envisagée pour l’année 2007.


Nous renonçons bien évidemment à demander la poursuite et le renouvellement des conventionnements de l’État et du conseil général de l’Hérault.


Conclusion ?

Labyrinthes a vécu.


Résumer ce qu’aura été cette histoire est ici un peu hors de propos. Beaucoup d’entre vous la connaissent, et puis la page se tourne. Et l’histoire s’efface.


En prenant la décision d’arrêter, mon souhait n’est pas de provoquer une réaction ; ni d’attirer l’attention ; d’espérer qu’on me retienne par la manche. Je ne veux interpeller personne, ni obtenir quoi que ce soit. Encore moins donner (ou croire donner) une leçon.


Je veux juste arrêter, me retirer du jeu, essoufflé et ne comprenant plus, ou n’admettant plus, les règles.


Pour terminer cette lettre, qu’elle ne ressemble pas totalement à un faire-part, et pour faire passer le goût d’amertume qui forcément me reste, je veux juste redire l’espoir que j’ai de continuer, sans structure, et donc sans certitude, à construire des objets de théâtre, et que comédien, ou metteur en scène, nous serons amenés à nous revoir.



Jean-Marc Bourg ¶


Recueilli par

Les Trois Coups

www.lestroiscoups


Labyrinthes • 5, rue de la Raffinerie • 34000 Montpellier

Tél. 04 67 60 88 93

Télécopie 04 67 54 25 31

labyrinthes@wanadoo.fr

Direction artistique : Jean-Marc Bourg

Comédienne : Fabienne Bargelli

Administration : Sabine Armand

Diffusion : Sergio Diaz

Auteurs associés : Michaël Glück, Emmanuel Darley

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