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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 18:53

Rencontre des jonglages : faire jeu de tout corps


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Du 8 au 10 avril, la 4e Rencontre des jonglages bat son plein au centre culturel Jean-Houdremont de La Courneuve : une occasion unique de promouvoir cet art du cirque, et la nouvelle création en particulier, un moyen aussi pour les spectateurs de prendre conscience de l’extraordinaire variété des jonglages. Un moment d’échanges, donc, et de découvertes.

rencontre-des-jonglages-300Tout a commencé à 18 h 30 le 8 avril 2011 sur le parvis du centre Jean-Houdremont. À l’air libre, donc, celui que respirent des mamans en promenade, de petits vieux assis sur les bancs publics, les gamins qui jouent au foot. Et la première journée du festival s’est achevée, de même, à l’air libre au milieu des bruits sages de la ville (car, à La Courneuve, la nuit semble avoir des airs de campagne avec son calme). Une telle ouverture est symbolique : Soumya Bourouaha * le rappelait dans son joli discours, le jonglage est en effet un art modeste et populaire, un art qui vit de l’air de la rue.

Mais attention, la modestie ne signifie absolument pas l’absence d’ambition. Chacune des propositions de la journée avait sa couleur et présentait une cohérence artistique réelle, soulignée souvent par la musique, l’attention portée aux gammes chromatiques dans les vêtements. Si certaines ne nous ont pas convaincues, toutes attestent d’une réflexion sur l’art du jonglage.

De fait, assister aux Rencontres des jonglages conduit à méditer sur l’essence de cet art. Du jonglage, on ne connaît généralement pas grand-chose : la discipline est cataloguée comme art de cirque, parfois réduite à un gentil folklore bobo (souvenir d’une adolescence où le fils du voisin faisait du diabolo…). Or la confrontation entre les formes si variées du jonglage sur une durée d’une journée suffit à faire éclater certains stéréotypes. Par exemple, on ne jongle pas forcément avec des balles et des massues, avec ses mains, pas forcément non plus pour crever le ciel et montrer qu’on est capable de rattraper un objet : la prouesse peut-être plus intime.

De la musique avant toute chose

Comme, en général, le cirque contemporain aime l’hybridation, le jonglage s’aventure souvent sur des chemins de traverse : une promenade vers la danse, trois pas vers les différentes formes de théâtre… Le métissage avec la musique, surtout, s’impose. On pense, par exemple, à la jonglerie rythmique de la compagnie Defracto, précise comme un métronome, où le bruit de la balle de jonglage que l’on laisse tomber joue en écho avec le rythme… Mais on pourrait aussi faire référence à Tangram, chorégraphie jonglée qui met en scène une danseuse et un jongleur dans un ballet amoureux. Par ailleurs, la musique peut aussi initier le registre : le piano de ciné-concert offre une touche comique dans Circuits fermés de la compagnie Defracto ; la musique devient cocasse dans les merveilleux duos humoristiques de Coulisses et tourne autour, impromptus insolites de la compagnie Sacékripa. La musique est parfois même celle des chants d’oiseaux et nous offre un petit tour (de force en jonglerie) en forêt… C’est le cas avec l’Eriks Solo d’Erik Äberg.

De ces quelques mots, et de ce dernier nom suédois, on déduira que les Rencontres du jonglage aiment l’ouverture sur le monde et sur la variété. Cinquante artistes, pas moins ! Trente propositions artistiques aux couleurs variées ! Des bénévoles aussi, des gens de La Courneuve et des gens d’ailleurs, des grands (parfois avec un fond d’enfance) et des enfants (au regard ébahi ou amusé), des formes courtes d’à peine cinq minutes et des plus longues de presque une heure. Trois lieux pour voir tout ça : la salle du centre culturel, un parvis devant le centre et un drôle d’endroit intime : une yourte.

Le jonglage comme la vie

Pour reprendre le discours inaugural de Soumya Bourouaha, l’art du jonglage est comme la vie : il dit le risque de chaque instant. Or, aux Rencontres, les artistes assument ce risque dans le geste et dans la création. Parfois, une once de provocation peut même se glisser… Ainsi, dans Sans titre, le spectateur en prend plein la figure (parfois au sens propre), et le jongleur (Johan Swartvagher) s’amuse à faire mentir sa définition… quitte à décevoir. Si on n’a pas été convaincu, on doit relever le courage du geste. En tout cas, ce jour-ci, on s’est amusé, étonné ; on a été heureux de voir que sur le parvis le jonglage conservait quelque chose de sa vocation séculaire à aller au-devant des gens de toutes les origines et de tout âge. Le dernier mot de cet article sera, donc, comme une balle de match pour la généreuse, amusante, intelligente proposition du Tennis, qui a su détourner les codes d’un sport élitiste pour créer un spectacle participatif et virtuose que l’on pourrait conseiller même à ceux qui s’ennuient ferme devant Roland-Garros. 

Laura Plas


* Adjointe déléguée à l’accès au droit à la culture de la ville de La Courneuve.


Le Tennis // FITC

Avec : Frédéric Lehaut, Alex Saintin, Sylvain Cousin

Tangram

Compagnie Stefan et Cristina

Avec : Stefan Sing et Cristiana Casadio

Coulisse et tourne autour

Compagnie Sacékripa

Avec : Morgan Cosquer et Étienne Manceau

Circuits fermés

Compagnie Défracto

Avec : Guillaume Martinet et Minh Tam Kaplan

Eriks Solo

Avec : Erik Äberg

Sans titre

Collectif Martine à la plage

Avec : Johan Swartvagher

Centre culturel Jean-Houdremont • 11, avenue du Général-Leclerc • 93120 La Courneuve

Accès : R.E.R. B, arrêt La Courneuve-Aubervilliers, métro ligne 7, arrêt 8-Mai-1945, puis tram direction Saint-Denis, arrêt Six-Routes

Courriel du centre : resacentreculturel@ville-la-courneuve.fr

Réservations : 01 49 92 61 61

Du 8 au 10 avril 2011

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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