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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 23:01

L’art est là pour nous sauver de la médiocrité


Par Vincent Cambier

Les Trois Coups.com


La Cie Acidu, malgré son appréhension de jouer dans une salle et non dans la rue comme elle en a l’habitude, triomphe au Théâtre du Bourg-Neuf avec « la Chorale de Saint-Fulbert », spectacle éminemment rigolo.

chorale-gc.jpgL’idée de départ est assez simple : afin de récolter des fonds pour réparer le toit de l’église de Saint-Fulbert, le curé de la paroisse forme une chorale composée de ses « meilleures » ouailles. Avec l’espoir de se produire un peu partout…

La première grande qualité de ce spectacle, c’est l’écriture de Pierre Prévost. D’une part, les textes sont extrêmement burlesques, c’est-à-dire d’un comique extravagant, ridicule, absurde, bouffon et fondé sur une succession rapide de gags. D’autre part, l’auteur a soigné l’hétérogénéité des personnages. Nous découvrons ainsi, avec ahurissement et rire, le père Antoine Tricot, autoritaire et toujours en train de courir ; Geneviève Lérot, frustrée qui veut constamment être au centre de l’attention ; Camille Gatineau, coiffeur pour hommes qui a constamment le mot pour rire, même si ce n’est pas toujours d’un goût très raffiné ; Josiane Boutroux, grande timide devant l’Éternel ; Martin Fenwick, garçon gentil, sûrement simplet et accessoirement un tantinet obsédé sexuel ; Marie-Doriane de la Sainte-Falaise-des-Trois-Tas, de vieille noblesse et néanmoins bibliothécaire, qui relève un peu le niveau intellectuel de la chorale ; Élisabeth Bouvard, ancienne danseuse de petite vertu, qui fait part de ses convictions diététiques à tout bout de champ, ce dont tout le monde se fout ; Jean-Raoul Legendre, psychologue scolaire paraît-il, qui se croit supérieur et qui a l’art de balancer des vacheries sur ses petits camarades.

La seconde grande qualité, c’est la générosité et l’abattage des comédiens. Jacot Martin (le père Antoine Tricot) est très complet dans son interprétation pleine de nuances, quoique survoltée. Bénédicte Stalla-Bourdillon (Marie-Doriane de la Sainte-Falaise des Trois-Tas) apporte élégamment une touche certaine de classe et de charme à son personnage de bibliothécaire chanteuse. Louis Gatta (Camille Gatineau) compose un garçon coiffeur ébouriffant que je n’oublierai pas de sitôt. Marthe Drouin (Josiane Boutroux) apporte avec grande sensibilité la note nécessaire de fragilité, qui me laisse un sourire ému aux lèvres. Djamel Afnaï (Martin Fenwick) me stupéfie avec son rôle de garçon complètement disjoncté et bigrement attachant. Pierre Prévost (Jean-Raoul Legendre) m’enchante par sa méchanceté intermittente, crachée goulûment en giclées de venin. Isabelle Sueur (Élisabeth Bouvard) m’amuse de sa loufoquerie gaie. Virginie Bracq (Geneviève Lérot), enfin, déborde d’énergie.

On pourrait penser au premier abord que ce spectacle alimente l’envie actuelle, de plus en plus prégnante dans notre société, de rire à tout prix, surtout le plus bas. Mais, avec la Chorale de Saint-Fulbert, l’art est là pour nous sauver de la médiocrité. 

Vincent Cambier


La Chorale de Saint-Fulbert, de Pierre Prévost

Cie Acidu • 34, rue Gaston-Lauriau • 93100 Montreuil

Tél. : 01 48 58 82 00 | télécopie : 01 48 58 82 12

acidu@wanadoo.fr

www.acidu.com

Contact presse (Marthe) : 06 85 73 32 59

Contact diffusion (Jacques) : 01 48 58 82 00

Contact Avignon (Maryz) : 06 79 66 09 98

Mise en scène : Aline Duclos

Avec : Djamel Afnaï, Virginie Bracq, Marthe Drouin, Louis Gatta, Jacot Martin, Pierre Prévost, Bénédicte Stalla-Bourdillon et Isabelle Sueur

Création lumières : Pascal Noël

Régie lumières : Marine Berthomé

Photo : Pierre Ferbos

Production-administration : Maryz Archambault

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis, rue du Bourg-Neuf • Avignon

04 90 85 17 90

Du 6 au 26 juillet 2006 à 20 h 45 (1 h 15)

14 €, 10 € et 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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