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31 juillet 1992 5 31 /07 /juillet /1992 16:50

L’artiste et le public : droits et devoirs

 

Attention : spectacle costaud ! On est ici dans du théâtre digne, ce qui ne veut pas dire « coincé ». De quoi s’agit-il ? Il s’agit de Friedrich Nietzsche, soi-même. Et il cause d’un sujet fondamental : l’art et l’artiste. Et il en cause très très bien, le bougre ! Ce texte est une merveille d’intelligence, d’humour et de dérision, et balance des vérités toujours bonnes à dire.

 

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La fameuse inspiration, tant célébrée par les romantiques : foutaises ! Car « tous les grands hommes étaient des travailleurs infatigables ». Quand nous avons tendance à nous extasier sur les capacités de l’être humain, la réplique fuse, cinglante : « Toute activité de l’homme est une merveille de complication, mais aucune n’est un miracle. » Et même si nous atteignons parfois une certaine hauteur, méfions-nous parce que « Chaque fois qu’apparaît la grandeur, la décadence suit, notamment dans l’art ».


Nietzsche nous rappelle aussi que l’autocritique n’est pas notre fort : « Comme nous avons une bonne opinion de nous-mêmes ! » Et si nous sommes trop indulgents avec l’artiste, l’avertissement est clair : « Trop le complimenter, c’est comme le perdre de vue d’en haut ! » Quelle admirable formule ! (Eh oui ! le texte vole à cette altitude-là !) Pourtant, l’homme de l’art n’a pas la tâche facile. En effet, « peindre un grand petit » est relativement aisé. En revanche, il est « beaucoup plus difficile de peindre grand un petit » !


Cela n’empêche pas que l’artiste a des droits et des devoirs. Il ne doit, en particulier, pas caresser le public dans le sens du poil, « car lorsque l’artiste n’élève plus son public, celui-ci retombe ». À l’inverse, le public doit prendre soin de ceux qui le font rêver, sinon « dans l’artiste, on ne verra plus qu’un immense vestige ».


Le travail de Clause Esnault est parfaitement cohérent si l’on sait qu’il met en scène, salle Roquille, le Fusil de chasse de Y. Inoué, Menus propos de Pogge, Phantaisie de Sigmund Freud et Très près et très loin de Friedrich Nietzsche. Ce choix n’est évidemment pas l’effet du hasard. Ce sont tous des auteurs qui, sans ennuyer pour autant, nous posent les vraies questions. Il est à souligner, d’autre part, que Claude Esnault, faisant fi de toutes les modes, poursuit ce travail de fond, à Avignon et ailleurs, depuis de nombreuses années. Il fallait que ce fût dit.


La mise en scène, la scénographie, les lumières s’accordent parfaitement avec les tiroirs de la pensée de Nietzsche. Claude Esnault a réalisé là une très belle chorégraphie sans « tutus », réglée au millimètre. Les deux comédiens pince-sans-rire, Sylvie Boutley et Jacky Boiron affichent une sobriété exemplaire. 


 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Très près et très loin, de Friedrich Nietzsche

L’Actelier-Tréteaux du Perche

Mise en scène, décor : Claude Esnault

Avec : Sylvie Boutley et Jacky Boiron

Lumières : Dominique Gevrin

Salle Roquille •3, rue Roquille • Avignon

Du 11 juillet au 3 août, à 19 heures, jours impairs

Durée : 1 h 20

70 F et 50 F

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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