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26 juillet 1992 7 26 /07 /juillet /1992 15:41

Soleil noir

 

C’est incontestablement une pièce sombre, désespérée peut-être, désespérante sûrement pas.

 

theatre2-reduit.jpg

 

Tout arrive parce que le héros s’avance masqué et veut se faire aimer des siens sans être reconnu (il a quitté sa famille il y a vingt ans). Il revient donc dans son village natal et se présente comme un simple voyageur à l’hôtel que tiennent sa mère et sa sœur, sans dire qui il est. Ça finira mal, évidemment.

 

Pourquoi passe-t-on notre vie à tout compliquer, à louvoyer, à mentir, à tricher, à ne pas être nous-mêmes, à croire que les autres n’aimeront qu’une image de nous-mêmes ? Pourquoi, pourquoi ? Voilà le cri que pousse Albert Camus, qu’il poussait déjà, en 1943, alors que notre pays était encerclé.

 

Pourtant, le voyageur aurait dû se méfier. Car sa mère et sa sœur avaient déjà tué. Et elles y sont accoutumées : « L’habitude commence au second crime. » Même si, tout compte fait, « tuer est terriblement fatigant ! ».

 

Mais pourquoi tuent-elles, alors ? En ce qui concerne la sœur : pour l’argent. Pour en faire quoi ? Partir. Partir vers « ce pays où le soleil tue les questions ». Pour échapper à la fatalité ? En tout cas, il lui faut beaucoup d’argent parce que « la tranquillité ne se paie jamais assez cher ! ».

 

Et la mère ? D’abord parce qu’elle est vieille, fatiguée. Elle soutient sa fille par réflexe maternel, mais elle n’a plus d’illusions. Elle sait que « les vieilles femmes désapprennent même d’aimer leur fils ». En tant que femme, elle a appris que « les hommes ne savent jamais comment il faut aimer tandis que nous (les femmes), nous savons qu’il faut nous dépêcher d’aimer ».

 

Cette belle pièce de Camus est jouée avec beaucoup de conviction par de jeunes comédiens, dans une mise en scène efficace de José Renault. Il y a un réel travail. Ce qui m’a agacé, c’est le parti pris « survolté » de certains passages et le manque de chaleur. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Malentendu, d’Albert Camus

Mise en scène : José Renault

Avec : Catherine Krajewski, Catherine Lafont, André Parisot, Vincent Parrot

Scénographie : José Renault et Thierry Robert

Son : François de Bortoli

Costumes : Jean-Marie de Baecque

Lumières : Thierry Robert

Espace La Luna • 1, rue Séverine • Avignon

Du 10 juillet au 3 août à 16 heures

Durée : 1 h 30

70 F et 50 F

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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