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22 juillet 1993 4 22 /07 /juillet /1993 00:00

Le malaise s’installe…

 

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Au commencement était le monstre. Incapable de proférer autre chose que des borborygmes, des éructations, des onomatopées inintelligibles. Et ça dure, et ça dure. Très vite, le malaise s’installe. Il va croître tout au long de la pièce, mais pour d’autres raisons. Ce « monstre » créé par Peter Handke en 1967 ressemble au Gaspard Hauser de 1828 qu’on avait découvert dans le film de Werner Herzog l’Énigme de Kaspar Hauser.


Comme ce dernier, « on » va essayer de le normaliser, comme un numéro de Sécurité sociale. D’une manière infiniment sophistiquée, et, donc, à la fois très insidieuse et très violente. La torture pratiquée, ô combien efficacement, est la torture verbale. La domination exercée par le pouvoir, la mise aux normes, infiltrées, inoculées par les mots. Cette éradication de l’a-normalité est programmée par la voix off omniprésente, voulue par Peter Handke dans ses didascalies.


Le metteur en scène, Pascal Dubois, a réalisé un travail au cordeau qui nous restitue les intentions de l’auteur comme une évidence, c’est dire son intelligence. De même, l’interprétation est irréprochable. S’en détache cependant Frédéric Pichon, extraordinaire.


Nous sortons de Gaspard ravagés de chagrin, écrasés de douleur, assommés de souffrance. Mais c’est un désespoir tonique, un appel au combat, un appel au « plus jamais ça ! ». « Attention ! » nous disent Peter Handke et Pascal Dubois : la bête immonde n’est pas morte, elle remue encore. 


Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Gaspard, de Peter Handke

Mise en scène : Pascal Dubois

Le Magasin à 14 heures

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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