ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Je suis venu, j’ai vu, j’ai été déçu
« L’Histoire nocive de Jules César » est une pièce adaptée du conte surréaliste de l’auteure égyptienne Joyce Mansour, « Jules César ». Comme son titre ne l’indique pas, ce spectacle aborde les tourments affectifs, physiologiques et libidinaux d’une nourrice noire, au patronyme d’empereur romain, et des deux jumeaux qu’elle a à sa charge.
C’est après une bonne tranche de rigolade devant l’apéritif cabaret-concert offert en première partie de soirée que nous sommes invités à entrer dans la petite salle du Théâtre du Grand-Rond. Trois comédiennes y attendent le public, gloussant, se faisant des messes basses et ricanant, agenouillées sur la scène. À peine les consignes préliminaires et le traditionnel petit speech prononcés, les trois jeunes femmes nous entraînent dans un univers perturbant.
Notre histoire commence par un accouchement irréel où se mêlent les cris, les larmes et les rires. Au centre de la scène, la table de travail est vide. Autour, les comédiennes s’agitent frénétiquement, interprétant collectivement et sans distinction les sages-femmes et la mère en devenir. Au milieu des cris et des bribes de phrases, elles plongent des torchons dans de grandes bassines pleines d’eau qu’elles claquent ensuite en rythme sur la table, produisant de généreuses éclaboussures, qui arrosent le plateau comme le public. Presque immédiatement, le ton est donné. Les instances théâtrales et narratives vont être malmenées afin de laisser place à une mise en scène privilégiant la musicalité et l’esthétisme.
© X D.R.
Certes, l’ingéniosité d’un dispositif somme toute assez sobre permet quelques effets surprenants et visuellement réussis, comme l’apparition au bout d’une corde d’un poupon et d’une peluche monstrueux simulant la naissance de jumeaux. Mais l’absence de repères et la nature du texte laissent le spectateur dans un état de perplexité qui a beaucoup de mal à se résoudre. À mi-chemin entre performance et pièce de théâtre, la construction de ce spectacle s’inspire des canons de la postmodernité : collages, fragmentation et principe du patchwork. Le résultat obtenu m’a semblé quelque peu artificiel. La dimension symbolique et la forme intellectuelle prennent en effet le pas sur l’émotion.
Par ailleurs, et c’est sans doute surtout là où le bât blesse, les comédiennes adoptent un jeu volontairement affecté et outrancier qui ne s’affranchit que rarement de lourdes simagrées pleines d’effusions et parfois à la limite de l’hystérie. En outre, l’interprétation polyphonique des différents personnages, mêlée à l’écriture surréaliste du texte d’origine, frise parfois la cacophonie. Le texte, que j’ai trouvé surfait, chaotique et pesant, finit alors de nous noyer dans un flot d’oxymores et de métaphores incongrues, qui tiennent parfois plus de l’exhibition que de l’évocation poétique. On finit par perdre le fil de l’histoire, voire par s’en désintéresser.
Toutefois, je me demande encore, à l’heure d’écrire, si ce n’est pas moi qui n’ai pas su en saisir toute la poésie. Sûrement me suis-je heurté à des partis pris auxquels je suis a priori insensible. Peut-être, également, n’ai-je pas admis toute la dérision et l’autocritique qu’impliquait une telle mise en scène ? Toujours est-il que je n’ai à aucun moment, et je le déplore, souffert avec les personnages. Ceux-ci se voient pourtant dramatiquement confrontés à tout ce qu’il y a de plus dur et de passionnel dans la vie : l’amour maternel, la sexualité, l’abandon, la jalousie, la douleur des corps, Dieu, et enfin, la mort. Je ne peux donc que regretter que la sincérité des sentiments et le désir de tendre vers une réalité de l’émotion, qui dans ma vision certainement trop étroite du théâtre sont essentielles, aient été manifestement mis de côté, ici.
Enfin, cette pièce a au moins eu le mérite d’avoir suscité chez moi une réflexion critique sur mes attentes en tant que spectateur de théâtre, bien que ce soit en prenant la plupart de celles-ci à contre-pied. Malheureusement, cette remise en question s’est opérée bien trop tôt à mon sens. Pour tout dire, avant même la fin du spectacle. ¶
Nicolas Belaubre
Les Trois Coups
L’Histoire nocive de Jules César, d’après l’œuvre de Joyce Mansour
Compagnie du Spirale 8 • 18, rue du Pic-du-Midi • 31130 Saint-Fonsegrives
06 72 22 41 27 | 06 61 76 67 40
Mise en scène : Hélène Dedryvère
Assistante à la mise en scène : Bénédicte Rossignol
Avec : Lise Avignon, Sarah Cousy, Hélène Dedryvère
Lumières : Jean-François Langlois
Théâtre du Grand-Rond • 23, rue des Potiers • 31000 Toulouse
Réservations : 05 61 62 14 85
Du 29 septembre au 10 octobre 2009 à 21 heures, relâche le dimanche et le lundi
Durée : 1 h 15
12 € | 8 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires