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10 juillet 1996 3 10 /07 /juillet /1996 22:18

Une haine incandescente

 

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« Longtemps nous avons haï “Madame” », pourraient énoncer les bonnes, écrasées par la douleur de l’asservissement.

 

« Longtemps, j’ai méprisé celles qui me servent », pourrait rétorquer « Madame », cyanosée par la morgue des riches.

 

Mais ce n’est pas si simple… Le texte est tissé d’un saphisme latent, d’un secret lourd et dangereux, d’une cruauté inouïe, d’une obsession du paraître, d’escalavage et de domination.

 

Les bonnes dressent, entre elles et le monde, un mur de haine. Une haine incandescente, à force d’avoir été cultivée à petit feu, entretenue dans la serre des sentiments humains. Haine qui n’empêche pas l’amour, l’amour absolu. Mais « s’aimer dans le dégoût, c’est pas s’aimer ! ».

 

Jean Genet a composé là une sonate en folie et en mort majeures. Il nous emmène de surprise en surprise comme dans un polar. Il nous entraîne aussi dans une mise en abyme très subtile du théâtre, dans le jeu terrifiant des faux-semblants.

 

La mise en scène-scalpel de Christophe Lidon – dont c’est le 6e Off d’Avignon – a l’intelligence de se faire oublier. Les lumières de Christian Mazubert sont raffinées. Mais, en définitive, le spectacle nous ravit essentiellement grâce aux trois jeunes et jolies comédiennes, Laurence Fabre, Valérie Messmer et Marie Perrin : elles sont épatantes ! 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Bonnes, de Jean Genet

Théâtre de l’Escalier-des-Doms• 1 bis rue des Escaliers-Sainte-Anne • Avignon

Du 9 juillet au 3 août à 13 h 30

Relâche le 29 juillet

Tarifs : 85 F et 60 F

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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