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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 17:02

Le festival Passe-portes : un pari réussi !

 

La première édition du festival Passe-portes s’est déroulée du 11 au 14 juin 2009 aux Portes-en-Ré à l’île de Ré. Retour sur quatre jours riches de propositions et de rencontres. Un village entier au service d’un projet, un soleil radieux, un jury de rêve…

 

Voici le résumé d’une réussite désirée, vérifiée et méritée, au travers de deux entretiens : celui de Catherine Swagemakers, créatrice et présidente du festival, puis celui de Thomas Condemine, metteur en scène et lauréat 2009 pour son travail remarquable sur la pièce l’Échange de Paul Claudel.

 

Les Trois Coups : Racontez-nous l’aventure qui a été la vôtre. Comment l’idée d’un festival est-elle née ? Comment êtes-vous arrivée à la réaliser ? Un brin petit soldat ?

Catherine Swagemakers : Il est vrai que ce fut un peu le parcours du combattant. Cette idée m’est venue il y a quatre ou cinq ans. J’ai fait un peu de théâtre en tant qu’amateur et j’ai découvert un univers qui m’a tout de suite plu. J’ai voulu que tout un tas de gens participe à cette aventure, jusqu’à la population du petit village insulaire des Portes-en-Ré. Ici, le théâtre est rarement présent et les gens n’y ont pas facilement accès. De plus, le cadre du village des Portes correspond parfaitement bien à une aventure artistique. Je trouve que c’est très intéressant de pouvoir mélanger la nature et la culture.

Donc, depuis quatre ans je réfléchis à ce projet. J’ai eu l’occasion de rencontrer le maire des Portes l’année dernière, qui a accepté tout de suite de me laisser carte blanche au village pour organiser ce festival. À partir de ce moment-là, tout s’est déclenché et on a commencé cette belle aventure. Le but de ce festival, c’est de faire connaître de jeunes compagnies et qu’elles puissent ainsi bénéficier d’un petit tremplin dans ce monde difficile qu’est le monde artistique. Pouvoir rencontrer des directeurs de théâtre, se faire connaître grâce à un parrainage, d’où l’idée d’un jury !

 

Les Trois Coups : Éminent jury !

Catherine Swagemakers : Oui, éminent jury, puisqu’on a eu la chance cette année d’avoir M. Bernard Faivre d’Arcier – qui a quand même été le directeur du Festival d’Avignon pendant quinze ans ! – comme président du jury. Il a tout de suite cautionné ce projet et a très gentiment accepté de venir. Il y a eu aussi Marc Lecarpentier, ancien directeur de Télérama, Charlotte Lipinska, critique littéraire au « Masque et la plume » entre autres, Armelle Héliot du Figaro, Gérard Hernandez, figure incontournable des Portes – car c’était important de s’ancrer dans la région, sur l’île, avec des personnalités connues, et locales –, Émilie Chesnais, jeune comédienne de talent et Philippe Delerm. Tous ont répondu présents à l’appel.

 

Les Trois Coups : Ce jury a donc observé et jugé ce que vous avez appelé les « maquettes ».

Catherine Swagemakers : Oui, six maquettes. Deux par jour. Le festival ne se déroule que sur quatre jours. Nous avons reçu des tas de propositions. Cette initiative a intéressé de nombreuses compagnies. Nous en avons sélectionné six selon différents critères. Certaines compagnies venaient de l’île, d’autres de la région, d’autres du nord de la France, du centre, de Paris. Nous voulions qu’il y ait des propositions des quatre coins de la France.

 

Les Trois Coups : Un prix a donc été attribué à une compagnie, qui sera programmée l’année prochaine dans la seconde édition ?

Catherine Swagemakers : Oui. Une des six compagnies a été primée par le jury. Elle va recevoir une somme de cinq mille euros, qui lui permettra de finaliser son travail et de revenir l’année prochaine en ouverture de festival afin de présenter le spectacle abouti, en espérant qu’entre-temps elle ait la chance de rencontrer des directeurs de théâtre qui la prennent en résidence ou qui l’aident à poursuivre son travail.

 

Les Trois Coups : Le lauréat reviendra donc en spectacle invité, c’est cela ?

Catherine Swagemakers : Oui. Il y a des maquettes, et une programmation. L’après-midi, les maquettes, le soir les spectacles, comme l’Île des esclaves, Kyoto Forever, Pour un oui pour un non. C’est une programmation un peu éclectique et néanmoins d’excellente qualité, qui s’adresse à tous les publics. C’est une première édition, donc on voulait voir un petit peu comment ça allait se passer, on voulait plaire à tout le monde ! Je sais que c’est difficile, mais on a tenté ! C’est une volonté de trouver notre chemin. Mais pour une première édition, c’est déjà un succès qui dépasse nos espérances, et on a reçu un accueil plus qu’enthousiaste de toute la population et de tous ceux qui aiment la culture.

 

Les Trois Coups : Alors, justement, parlons de la population. J’ai assisté à l’ouverture du festival. Discours du maire, du président du jury – rappelant les débuts de festivals aujourd’hui réputés… Ce que j’ai trouvé magnifique, c’est la façon dont vous avez pu engager l’ensemble de la population de la région, de l’île, du village, qui héberge gratuitement, on le souligne, les équipes techniques et artistiques du festival. Les gens ont-ils été séduits immédiatement ? Comment avez-vous pu emmener dans cette aventure le village entier ?

Catherine Swagemakers : C’est vrai que cela ne s’est pas fait en un jour, mais, dès le départ, on a ressenti un enthousiasme de la part des habitants des Portes qui désiraient participer d’une manière ou d’une autre à ce festival. Pas beaucoup d’hébergements et d’hôtels ici, donc nous avions une inquiétude quant à l’hébergement des équipes. Et comme c’est une petite association, nous n’avions pas les moyens d’offrir une chambre d’hôtel à tout le monde. Les habitants ont donc été sollicités et ont été d’accord pour accueillir chez eux les équipes. Ça a été un soulagement. Et puis, en ce qui concerne les repas, les restaurateurs se sont moblisés aussi et ont préparé gratuitement des repas qui ont été servis à la salle des fêtes de la mairie. Même les commerçants se sont mobilisés en apportant leur soutien financier.

 

Les Trois Coups : Que peut-on vous souhaiter aujourd’hui ? Que ça continue encore et encore ?

Catherine Swagemakers : Oui, avec un petit peu plus de subventions, ce serait mieux !

 

Les Trois Coups : Les institutions publiques ne se sont-elles pas engagées dans ce projet ?

Catherine Swagemakers : Nous avons eu une subvention symbolique de la communauté de communes cette année. On nous a dit que c’était symbolique, mais que ça promettait d’assurer une pérennité au festival. Donc, on le souhaite vivement, et on espère avoir l’engagement de la Région et du Conseil général, qui ont été présents pendant le festival. C’est plutôt un bon signe, et on a bon espoir d’être soutenu plus fortement l’année prochaine.

 

Les Trois Coups : Bonne chance !

 

Thomas Condemine est le lauréat de la première édition du festival Passe-portes. Il présentait une des six maquettes en compétition. Ses travaux sur l’Échange de Paul Claudel ont été remarqués, et à juste titre couronnés.

Entretien avec ce jeune metteur en scène surdoué qui n’a pas volé sa victoire…

 

Remise du prix du Jury pour « l’Échange » | © Élodie Crébassa

 

Les Trois Coups : Deux mots sur votre parcours et la construction de votre projet.

Thomas Condemine : Je viens d’Orléans où j’ai commencé des études de droit. J’ai commencé à faire l’acteur à la fac. J’ai toujours été intéressé par le théâtre et le cinéma. À un moment, le droit a laissé la place au théâtre, et je suis monté à Paris pour prendre des cours. Je suis allé au cours Florent où j’ai passé deux ans. J’y ai rencontré des tas de gens avec lesquels je travaille toujours d’ailleurs. J’ai constitué une équipe de gens qui avait envie de travailler, ce qui n’est pas toujours le cas de tous les élèves de cette grande école – il y a deux mille élèves, et certains sont là pour passer le temps, pour se distraire… On a commencé à faire des spectacles pour des festivals en plein air. Très souvent en plein air. Je dis cela parce que c’est très important comme donnée par rapport à la démarche qui est la nôtre aujourd’hui. Puis je suis rentré au T.N.S. (Théâtre national de Strasbourg), où j’ai rencontré d’autres acteurs ainsi que la collaboratrice avec laquelle je travaille aujourd’hui, Adèle Chaniolleau. Elle s’occupe de la dramaturgie.

Je suis surtout acteur. J’essaie de mener de front mon travail d’acteur avec celui de metteur en scène. La mise en scène m’apporte énormément dans le jeu, et, inversement, être acteur me permet d’avoir la sensation du plateau quand je mets en scène.

En tant qu’acteur, j’ai joué cette année avec Stéphane Braunschweig sur le Tartuffe de Molière qu’il a monté au Théâtre de l’Odéon et avec Alain Françon dans la Cerisaie de Tchekhov au Théâtre national de la Colline.

 

Les Trois Coups : Vous avez mis en scène l’acte I de l’Échange de Paul Claudel – qui n’est pas la pièce la plus simple du repertoire ! Pourquoi l’avez-vous choisie ?

Thomas Condemine : Ça a démarré il y a trois ans, lorsque j’avais commencé à la travailler au T.N.S. Claudel l’écrit lorsqu’il est en poste de diplomate en 1893, je crois. C’est la première fois qu’il quitte la France. Il est au consulat de Boston, il est déraciné. Dans la première version, puisque je me suis intéressé aussi à la première version, je lis une vraie transition entre la jeunesse et l’âge adulte. C’est un passage. Comment compose-t-on avec ses idéaux et la réalité du monde tel qui s’ouvre à nous ? Et je pense que Claudel, lorsqu’il est aux États-Unis à ce moment-là, est confronté à une certaine violence ou tout simplement à une certaine réalité. Il a la tête pleine d’envies, pleine de rêves, et je crois qu’il s’est rendu compte que ça n’allait pas être aussi facile qu’il l’imaginait.

La première fois qu’on a travaillé cette pièce, nous étions à cet endroit-là. Nous avions envie de raconter plein de choses, mais est-ce que les idéaux du collectif, travailler ensemble, est-ce que ça allait être possible ? Claudel pose aussi cette question dans la pièce, mais au travers du couple. Même si on a envie d’être dans un partage absolu avec quelqu’un, est-ce que la réalité de la vie ne rend pas cette chose dificile ? Que peut-on essayer de faire pour conserver ses idéaux, est-ce que c’est possible ? L’Échange me semble être une pièce qui pose toutes ces questions.

 

Les Trois Coups : J’ai assisté à ce premier acte – puisque vous avez travaillé sur ce premier acte –, et j’ai vraiment eu la sensation d’être une spectatrice privilégiée. Je crois que je n’ai pas été la seule à avoir l’impression de vivre un moment unique, rare. M. Faivre d’Arcier, président du jury, a rappelé lors de l’ouverture de ce festival le début du Festival d’Avignon. Il a raconté comment à l’époque certains ont vu la naissance de futurs grands acteurs, de futurs grands metteurs en scène. Nous étions trente ou trente-cinq spectateurs lors de la présentation de votre maquette et nous avons compris cette chose-là. Une éclosion, une révélation, rien que pour nous. Avez-vous ressenti cela ?

Thomas Condemine : Nous ne pouvions penser cette chose-là ! Nous, nous étions en recherche. Nous avons dialogué sans cesse, travaillé ensemble. Nous étions d’accord sur ce que nous voulions sans savoir si nous pouvions y arriver. Et je crois que, oui, ce jour-là, quelque chose s’est produit. Alors, le travail n’est pas terminé, il faut que nous continuions sur les deux autres actes. Mais nous étions très surpris de la réaction du public. Tout le monde semblait suspendu au destin de chacun des personnages.

 

Les Trois Coups : Vous avez donc gagné le prix. Vous revenez l’année prochaine, avec les trois actes, en ouverture de festival ?

Thomas Condemine : Oui ! Et en plein air aussi, j’espère. En tout cas, essayer de travailler comme si nous étions en plein air ! Pas dans un théâtre où on se pose. Jouer le plein ciel. Faire avec les éléments. Et puis, ici, il y la mer, le vent… Tout ce qu’il y a dans la pièce. Et ne jamais perdre cela de vue, même si nous jouons un jour entre quatre murs. Se charger de cela, que ça s’inscrive, qu’on en soit plein. Ce serait vraiment bien que l’année prochaine nous puissions jouer le spectacle entier dans la petite chapelle, un des lieux de représentations du festival.

 

Les Trois Coups : Depuis ce prix, avez-vous été contacté ? Avez-vous plus de facilités ? Des portes s’ouvrent-elles ?

Thomas Condemine : Déjà, ça donne envie de continuer. Parce qu’il est vrai que lorsqu’on recherche on n’est jamais sûr de ce que l’on va trouver. Là, l’engouement des gens fait qu’on se dit que ça vaut la peine de continuer. Ça donne confiance. C’est une merveilleuse impulsion. Et puis, oui, il y a quelques retombées. Nous avons été contactés. Mais, rien de sûr encore. Nous sommes à la recherche de partenaires, car à l’heure d’aujourd’hui, nous avons encore très peu de moyens. On va voir !

 

Les Trois Coups : Quoi qu’il arrive, la création de cette pièce se fera lors de la seconde édition du festival Passe-portes en juin 2010 ?

Thomas Condemine : En principe, oui. D’ici à là, nous allons tout de même essayer de montrer notre travail afin de trouver des partenaires financiers. Mais il sera présenté dans son intégralité à l’île de Ré, l’année prochaine.

 

Les Trois Coups : Bonne chance à vous aussi alors !

 

Recueilli par

Astrid Cathala

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Que sera et T.N.P. Théâtre ont reçu le prix du Jury pour leur présentation de l’Échange de Paul Claudel – mise en scène de Thomas Condemine – et une mention spéciale a été attribuée à Carole Le Sone (auteur et interprète) pour l’Immatérielle Technicienne de surface (Cie La Roulotte des fous).


Festival Passe-portes

Association Comed’île • 32, route du Fier • 17880 Les Portes-en-Ré

Pour toute question relative au festival, nous vous invitons à contacter :

Présidente-coordination générale : Catherine Swagemakers

cs.kamako@orange.fr | 06 80 02 41 21

http://www.festival-passe-portes.fr

Photos : Élodie Crébassa

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