Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 15:07

Dans les coulisses de l’Opéra de Paris

 

Le dernier documentaire de Frederick Wiseman fait un l’éloge passionné de la danse du Ballet – ô combien symbolique – de l’Opéra de Paris. Certes, ce film inspiré transmet la fascination du réalisateur pour l’art du mouvement, mais à trop vouloir célébrer la fameuse école, il finit par s’apparenter à un film institutionnel.

 

lettrine-didot-102pt-P.gif endant douze semaines, Frederick Wiseman s’installe au cœur de l’Opéra, haut lieu de la tradition occidentale. C’est une grosse machine. Grouillante de vie. Bien huilée. Très hiérarchisée. Il filme des vues panoramiques sur la capitale, ses cuisines, ses ateliers, son administration, ses mécènes, ses artistes : du peintre en bâtiment qui polit les sous-sols du glorieux monument aux danseurs, maîtres de ballet et chorégraphes qui pétrissent le corps humain dans les salles de répétition ou sur scène. Il donne très longuement la parole à sa directrice et chef d’orchestre Brigitte Lefèvre. Elle parle avec une élève, un nouveau chorégraphe, un syndicaliste, etc. Mais le film n’est pas un reportage sur le fonctionnement d’une grande institution.

 

La Danse effleure des problématiques complexes et intéressantes : les choix de programmations qu’opère la direction, la transmission entre générations, ou encore le statut singulier des danseurs, leur retraite, leur résistance au contemporain, leurs douleurs physiques. Mais le documentaire ne les approfondit pas : l’enjeu n’est pas d’enquêter – qu’on le regrette ou non.

 

Ce qui aiguille Wiseman, son objet de fascination, c’est le corps. Le corps vivant de l’Opéra, dont tous les sens sont captés (regards, odeurs, saveurs, bruits et mots). Le corps maîtrisé du danseur ou la pensée plastique des chorégraphes, tous en quête de perfection. Le réalisateur mêle donc des images très graphiques sur l’Opéra et son quotidien (ses dédales, ses terrasses, ses miroirs, ses reflets, ses costumes, ses marionnettes, ses secrétaires) à de longues séquences lyriques de répétitions : des Pygmalion de tous âges et de toutes nationalités y modèlent leur Galatée, tâchent d’obtenir de leur créature une perfection formelle ou une justesse d’interprétation. Ces moments de répétition, qui constituent le fil rouge du film, sont d’une intensité bouleversante et raviront les amoureux du ballet. Certes, les danseurs d’exception ne parlent pas, mais dialoguent néanmoins avec leur chorégraphe ou maître de ballet : leur corps cherche sans relâche, jusqu’aux limites, les meilleurs mots, accords ou figures.

 

L’éloge lyrique atteint son apothéose dans les séquences finales, éblouissantes, qui mettent en scène, devant le public de l’Opéra, les ballets Genus (Wayne McGregor), Roméo et Juliette (Sacha Waltz), la Maison de Bernarda (Mats Ek), Casse-noisette (Rudolf Noureev), Paquita (Pierre Lacotte), Orphée et Eurydice (Pina Bausch) et le Songe de Médée (Preljocaj) : un feu d’artifice de beautés classiques magistral.

 

On regrette donc que cet éloge du beau soit pollué par la prolifération des discours de communication de la directrice artistique et administratrice Brigitte Lefèvre (une sacrée femme, cela dit !) ou par les images parfois « cartes postales » de l’Opéra (sa cave, ses loges, son plafond peint par Chagall). Du coup, le parti pris esthétique du cinéaste se dilue dans les clichés, et la Danse finit par ressembler à un documentaire de communication institutionnelle. L’excès de louanges, surtout si ces dernières portent autant sur le Ballet de l’Opéra de Paris que sur « la » danse, nuit trop au film. 

 

Lorène de Bonnay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Danse, de Frederick Wiseman

Réalisation : Frederick Wiseman

Image : John Davey

Son : Frederick Wiseman

Montage : Frederick Wiseman, Valérie Pico

Montage son : Hervé Guyader

Mixage : Emmanuel Croset

Avec : (Étoiles) Émilie Cozette, Aurélie Dupont, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot, Agnès Letestu, Delphine Moussin, Claire-Marie Osta, Lætitia Pujol, Claire-Marie Osta, Kader Belarbi, Jérémie Bélingard, Mathieu Ganio, Manuel Legris, Nicolas Le Riche, José Martinez, Hervé Moreau, Benjamin Puech, Wilfried Romoli, et avec le corps de ballet de l’Opéra national de Paris, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, l’École de danse de l’Opéra national de Paris

Sortie le 7 octobre 2009

Publié dans : Île-de-France | 2009-2010 - Par Les Trois Coups - Réagir ? - Voir les 0 commentaires - Partager    
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